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Apprendre à nager – un film qui bouscule les idées reçues - EPS & Société

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Apprendre à nager – un film qui bouscule les idées reçues

Marc Begotti, Sandrine Favrot - 22 mai 2019

Marc Begotti, professeur de sport, élève de Raymond Catteau, a conçu un film qui décrit les étapes par lesquelles un débutant doit passer pour apprendre à nager. L’expérimentation s’est faite avec Sandrine Favrot, professeure des écoles. Il en ressort un bel outil didactique à l’usage de tous les professeurs d’école et professeurs d’EPS.

fiche d’accompagnement du film

*Ce film est une production de la ligue de natation Auvergne Rhône Alpes, avec le soutien de la DRDJSCS Auvergne Rhône Alpes.

Marc Begotti, a conçu ce film dans la lignée de « Digne dingue d’eau  » (1977) de Raymond Catteau, film qui a marqué des générations d’enseignants d’EPS et de formateurs. « Je voulais montrer qu’avec une progression simple à comprendre, une professeure des écoles, non spécialiste en natation, pouvait apprendre à nager à un groupe d’enfants en une dizaine de séances massées sur une semaine ». Mais il faut d’abord s’entendre ce que veut dire « apprendre à nager » ! Et sur le sujet, Marc Begotti s’attaque à nombre d’idées reçues et pratiques dominantes.

Dans l’apprentissage classique, on apprend des gestes de brasse, de crawl…, et on commence dans un bassin en petite profondeur. Ici, il s’agit d’abord de « construire le corps flottant », première étape du savoir nager, qui permettrait d’éviter bien des noyades. Les élèves sont donc confrontés d’emblée à la grande profondeur qui va imposer de transformer un fonctionnement de terrien qui ne convient plus à ce nouveau milieu. Le film illustre bien la façon de franchir les obstacles aux apprentissages (psychologiques, physiologiques…) et les transformations successives nécessaires.

Il présente toutes les étapes nécessaires à la construction de ce « corps flottant », précise et décrit les comportements caractéristiques qui témoignent des acquisitions. Cela donne ainsi des repères précis de lecture de ce que font, ou non, les élèves.


Dans l’apprentissage classique, on utilise également du matériel de flottaison (brassards, ceintures, planches…). Ici, « pas de prothèses et pas d’aménagement du milieu ! » nous dit Marc Begotti. Mais une succession de buts à atteindre avec des critères de réussite clairs et précis qui supposent une transformation du fonctionnement des élèves pour être atteint. Marc insiste sur ce point : « Souvent on infantilise les élèves. On leur dit : « le but est de ramener un objet ». Non, sur le plan didactique, le but est de toucher le fond. C’est extrêmement important que l’élève par l’action modifie ses représentations, qu’il constate que l’espace est limité et que c’est difficile de le toucher à cause de la poussée d’Archimède, donc difficile de couler »

Aspect important : les séances sont menées par une enseignante Sandrine Favrot bien que l’expérience n’ait pas eu lieu sur le temps scolaire. Marc Begotti y tenait : « c’est la professeur d’école qui est responsable de l’enseignement. Bien sûr, elle peut bénéficier de l’aide d’un MNS, mais je pense que c’est l’enseignante la mieux placée. Il y a un contrat didactique implicite entre elle et ses élèves, qu’il n’y a pas avec un MNS. De plus, elle connait ses élèves, sait comment les solliciter, les faire travailler ensemble. Elle est attentive à leurs émotions inhibitrices ou stimulantes. La chronologie de construction que nous proposons consiste à passer d’une étape à l’autre seulement quant le but fixé à été atteint. En suivant ce cheminement didactique, on constate que les progrès sont rapides  ».

Nous avons donc rencontré l’enseignante, Sandrine Favrot, pour en savoir plus sur l’ensemble du processus. Professeure des écoles, elle n’est pas une enseignante banale puisqu’elle est « officielle » à la fédération Française de Natation et élue au comité Auvergne Rhône Alpes (ARA). C’est par ce biais qu’elle rencontre Marc Begotti. Elle n’est cependant ni MNS ni entraineure. « C’est avec grand plaisir que j’ai mené ce projet avec 10 enfants (dont 8 de mon école) à la piscine pendant une semaine, à raison de 2 séances par jour. La première étape du travail a été de prendre connaissance de la progression, de façon à ce que je puisse mener les séances le plus possible en autonomie. Ensuite, on a défini la notion de « débutant » pour pouvoir communiquer avec les parents et choisir les enfants qui feraient le stage : « Est débutant un enfant qui ne peut pas aller dans le grand bain sans matériel de flottaison ». Aucun enfant n’était donc autonome au départ, mais le groupe était tout de même hétérogène avec certains qui avaient une réelle appréhension de l’eau. Ensuite, pour chaque séance, Sandrine a suivi la progression proposée dans le film. A chaque fin de séance, elle faisait le point avec les élèves et avec l’’équipe de tournage. « Dans l’ensemble, je n’ai pas eu besoin de beaucoup de conseils entre chaque séance, j’ai réussi à réguler à partir des éléments d’observation donnés dans le document accompagnant le film ».
Elle a cependant constaté que les étapes définies théoriquement avaient des durées très différentes.
Les 4 premières étapes sont allées vite (déplacements le long du bord, mettre la tête dans l’eau) et les étapes 4,5, 6 ont duré plus longtemps (aller au fond de l’eau, entrer dans l’eau en boule...). « Ce qui m’a le plus frappée, ce sont les progrès des élèves. Ils ont bien plus progressé qu’habituellement, lorsque j’y vais avec ma classe ». Pour elle, ce qui change fondamentalement, c’est d’une part l’absence de matériel de flottaison et d’autre part la façon de solliciter les élèves. « Dans mon secteur, sur le temps scolaire, le projet pédagogique (partagé avec les MNS) fait que les enfants ont dès le début une frite (voire deux) et les gardent pendant un certain temps. Ils arrivent d’ailleurs que des enfants s’ennuient ». L’autre changement concerne le rapport à l’apprentissage. « A l’école, le projet propose des parcours, et les élèves sont plus centrés sur le fait de « faire le parcours  » (aller chercher des objets au fond, passer sous la ligne …) que sur les apprentissages qu’ils font avec leur corps. A la fin de chaque séance du film, on a pu discuter de leurs ressentis, leurs progrès. Je peux bien sûr faire cela dans ma classe, mais le fait de les avoir centrés sur un dispositif (le parcours, le matériel) rend plus difficile la réflexion sur leurs apprentissages, ce qu’ils doivent faire pour transformer leur façon de faire ». Elle a pu cependant- dans le cadre qui lui est imposé - réinvestir avec sa classe ce qu’elle a appris grâce au film : limiter au maximum le matériel de flottaison, faire travailler ses élèves tous en même temps et ensemble (par exemple : la coopération pour descendre au fond (avec les mains, les fesses) de la piscine en s’aidant de l’autre, se laisser remonter sans impulsion sur le sol, se mettre en boule). Je leur ai aussi proposer un cahier de natation pour les focaliser sur leurs apprentissages.

Nous conseillons donc à tous les enseignant.es, profs d’école ou professeurs d’EPS, de visionner ce film. Ils et elles y trouveront tous les éléments pour la première phase d’enseignement de la natation : « construire le corps flottant ». Les étapes suivantes : « construire le corps projectile » et « construire le corps propulseur » sont en préparation. Marc Begotti, espère que le CREPS de Auvergne-Rhône-Alpes obtiendra les financements pour qu’il voit le jour.

En attendant, vous pouvez trouver une mine d’informations sur le site de Raymond Catteau « La natation de demain »

Entretiens réalisés par Claire Pontais

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