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Au delà de l’hyper-sport, l’alter-sport est-il possible ? - EPS & Société

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Au delà de l’hyper-sport, l’alter-sport est-il possible ?

Y. Renoux - novembre 2007

L’ autre foot est-il un précurseur de l’altersport ?
L’auteur cherche à ’attirer l’attention de ce qui pourrait être précurseur de ce que, faute de mieux, on peut qualifier pour le moment d’altersport, au sens de transformations culturelles s’inscrivant dans le mouvement de l’altermondialisation.

Je ne développerai pas ici une énième critique d’un sport que je qualifierais « hypersport » par dérision. Plus sérieusement on voit bien le développement excessif de certains composants d’un système pouvant conduire à l’autodestruction de celui-ci.

La seule évocation de l’agonie perpétuelle du tour de France cycliste et des innombrables faits de violence qui ont émaillé la dernière saison de foot pro ou amateur suffit pour nous rappeler l’ampleur de la crise systémique que connait la culture sportive.

Cette implosion des valeurs du sport dominant devrait motiver les enseignants à reconsidérer le rapport de l’EPS aux pratiques sociales de référence, et à ne pas sous-estimer la contribution de l’EPS aux mutations culturelles et refondations qu’appelle la situation. Mon propos est d’attirer l’attention de ce qui pourrait être précurseur de ce que, faute de mieux, on peut qualifier pour le moment d’altersport, au sens de transformations culturelles s’inscrivant dans le mouvement de l’altermondialisation. Repérer, donner du sens, comprendre et, bien entendu, participer à ces transformations nourrira et rassemblera les dynamiques de résistances créatives qui font pour le moment défaut.

Le cas du foot auto-arbitré à sept joueurs semble être une des expériences les plus probantes et prometteuses de cette alternative culturelle. Cette innovation aux effets durables, partie des « pratiques dites sauvages » des années 70 s’est organisée, affinée et développée avec la FSGT à tel point que de marginales au début, elles sont devenues un vecteur essentiel du développement de pratiques auto organisées et fédérées.1 Les transformations en profondeur des règles, règlements et organisation de la saison sportive produisent des changements des comportements individuels et collectifs très significatifs.

Les changements essentiels et leurs effets. Un sport collectif sans arbitre.

Il ne s’agit plus de tromper la vigilance et de se jouer de l’arbitre mais de s’autoréguler pour que le jeu se déploie. Les joueurs vivent le principe de réciprocité et de responsabilisation. Les palabres et les simulacres sur le terrain s’arrêtent rapidement au profit de la continuité du jeu qui redevient l’enjeu premier. Comme l’exprime Philippe Couvidou, un des joueurs/militant de cette mutation, « ce système fait appel à la part d’honnêteté en nous qui est pourtant la plus importante pour chacun ». « C’est plus qu’un projet sportif, c’est un projet de société » Et ça marche rapidement.
Contrairement aux pronostics des sceptiques, il ne faut que deux à trois rencontres chez les adultes et les enfants pour que l’autorégulation fonctionne, comme l’ont encore démontré les rassemblements foot-enfants et la tournée de l’équipe de foot à 7 en Palestine cette année.
Ainsi contrairement au sens commun, ce foot auto-arbitré démontre que la personne et le rôle de l’arbitre ne sont pas consubstantiels du respect de la règle et de la fonction éducative du sport.

Quelques exemples Terrain réduit avec un nombre réduit de joueurs de champs

Cela produit plus de buts, plus de jeu, moins de violence et six fois plus de pratiquants. Le jeu est beaucoup plus ludique, rapide, collectif, c’est un jeu de mouvement car les joueurs touchent beaucoup plus la balle, doivent la passer rapidement, sont toujours en action de défense et en attaque (effet positif sur les qualités d’endurance) et les contacts sont moins violents (espace réduit donc vitesse moins grande).

L’utilité sociale d’un équipement est multipliée par six, avec par exemple sur deux heures, trente pratiquants concernés en foot à 11 et cent vingt pratiquants en foot à 7.

La durée moyenne d’une rencontre à 7 est de deux fois vingt minutes et il y a deux terrains de foot à 7 en travers sur le terrain classique.
C’est la porte ouverte à une associativité renouvelée car il est beaucoup plus facile de constituer et déplacer les équipes. C’est l’accès au foot pour une multitude de petites associations majoritairement issues du monde du travail, mais aussi de groupes de copains, de quartiers, ou de centres sociaux. Par ailleurs cela a permis à des clubs de foot à 11 en difficulté pour effectifs insuffisants de maintenir la continuité d’une activité.

Foot sans hors jeu

La suppression de cette règle assainit le climat en réduisant massivement les contestations possibles. Elle ne nuit pas à la dynamique de la partie, compte tenu des dimensions réduites du terrain.

Remplacement tournant

Sept joueurs sur le champ certes mais un joueur peut entrer et sortir plusieurs fois en se faisant remplacer.
Effets : possibilité pour les équipiers de reprendre en main un des collègues qui perd son sans froid. Jeu adapté à la condition physique du chacun.
Au total donc, tout le monde joue, moins de frustration et plus de convivialité dans les équipes.

Du foot sans tacle... au foot santé

Conséquences : régression du climat de violence, prévention des blessures donc protection de la santé. Les joueurs se sentent en sécurité et peu-
vent poursuivre une pratique de qualité bien au-delà des trente cinq ans, en phase avec les mutations démographiques en cours.

Signalons une autre innovation intéressante
La création d’une poule sans résultat ni classement. (Dans le Gard, l’Isère, l’Ardèche ...). Ces formules connaissent beaucoup de succès pour toutes les équipes de plus de 40 ans et pour les équipes de débutants qui savent à l’avance que la pression, la violence tendront vers zéro.

La face cachée d’une nouvelle conception de la saison sportive et de l’institution sportive

Exemple du système des procédures mise au point en Seine-Saint-Denis :
● suppression des matchs aller-retour, ce qui réduit d’autant les matchs « revanche ».
● La saison est structurée en deux phases.

Première partie de saison, brassage : sur la base des résultats de la saison passée, des poules hétérogènes sont constituées avec la même proportion d’équipes de bon, moyen et petit niveau ou entrant dans la compétition.

Phase deux de classement, jouer à son meilleur niveau : sur la base des résultats de la phase du brassage, les équipes sont regroupées en poule de niveau homogène.

Ces dispositifs garantissent à chaque équipe la possibilité de réaliser le maximum de rencontres et de jouer à son meilleur niveau sans tomber dans le piège des matchs couperets où les équipes sont prêtes à tous les extrêmes sur le terrain pour gagner leur montée en division supérieure ou éviter leur relégation en division inférieure. Elles vont dans le sens de la stabilité des équipes et réduisent les tentations d’un joueur de bon niveau de quitter son équipe pour accéder au niveau supérieur.

Par ailleurs, l’épreuve reste ouverte à l’entrée de n’importe quelle équipe nouvelle en cours de saison que ce soit dans la phase 1 ou 2. Il suffit qu’elle accepte de démarrer avec un compteur à zéro.

Pour ceux qui s’interrogent sur la contradiction entre le développement des pratiques auto-organisées et la logique d’une pratique fédérée, on peut observer pour l’instant que ce système d’organisation où les joueurs autogèrent leur match propose un sport de qualité qui tend à fédérer de plus en plus d’équipes. Sur la base de cette structuration de la saison, chaque équipe peut prendre l’initiative d’organiser des petits rassemblements sur des terrains et à des dates à leur convenance. Les équipes sont responsabilisées avec des assemblées générales mensuelles ouvertes, consacrées à la validation des résultats, la gestion des conflits par les pairs, la définition des orientations des championnats pour les saisons à venir.

À propos des critères, principes et visées de l’alter sport

● Tout le monde doit jouer et réussir à atteindre son niveau optimum.
● Chacun joue en responsable et dans la reconnaissance de l’autre.
● Priorité santé et tendre vers le « zéro violence »
● Priorité convivialité, associativité.
Aujourd’hui, ça parait inimaginable et pourtant ça marche très bien. Entre l’enjeu centré sur les résultats et le profit ou l’enjeu centré sur le jeu et le développement humain, il est donc possible de choisir.
L’altersport cherche à créer les conditions effectives de pratiques authentiquement démocratique et citoyenne des APSA.

Affirmer la rupture entre un alter sport et le sport dominant

L’enjeu central dans le « sport actuel productiviste » issu du 19e siècle, c’est la production des résultats et leur gestion en vue de leurs retombées financières.

Sur la base du mythe Coubertinien, toute l’institution et organisation sportive s’est soumise à l’impératif du : toujours plus de profits, symboliques, politiques et économiques. Cette logique du sport qui se regarde dans lequel chacun se projette est toujours plus performante pour vendre du spectacle. Elle s’impose dans toutes les sphères et surdétermine le sport qui se pratique.

Dans l’altersport, l’enjeu c’est le jeu, l’enjeu différé c’est le développement humain des pratiquants qui peuvent s’apprécier en termes de convivialité, d’éducation continue, de santé, de fraternité, de démocratie réelle et de contribution à la culture de non violence et de paix.

Le moment est venu d’affirmer une autre politique et d’engager la rupture du consensus mou sur la pseudo complémentarité entre le sport de masse et le sport d’élite. La question posée à tous c’est le choix des priorités entre deux logiques, celle du sport pour la pratique du plus grand nombre ou celle du sport qui se regarde pour produire des profits.

Des éducateurs, les enseignants comme Arnold, Naismith ont joué un rôle déterminant dans le processus de création culturelle, dans l’invention du sport moderne au 19e siècle.

Dans le contexte de mutation de l’humanité, le moment est venu pour nous, éducateurs de l’éducation physique initiale dans le cadre des services publics, mais plus largement pour nous les citoyens acteurs de l’éducation physique permanente 2, à travers nos pratiques associatives, nos pratiques familiales, nos pratiques autoorganisées, et nos activités professionnelles, d’inventer les formes neuves.

Il s’agit de rendre visible et partager la contribution des « modestes de l’éducation physique » à la création d’une culture physique alternative à l’hypersport sélectif et médiatisé. Une culture physique consciente de son rôle de bien commun de l’humanité en terme d’éducation, d’accomplissement, de santé, du vivre ensemble ici et sur la planète...

La « haute performance » n’a jamais eu le monopole de la création culturelle, il est temps de résister à l’intimidation médiatique, de décomplexer les éducateurs du champ de l’EPS, au sens large, pour développer une création culturelle qui participe des transformations sociales et politiques dont notre société monde a besoin.

Rêvons un peu, pourquoi ne pas s’engager dans l’organisation d’un forum de l’altersport pour faire l’état des lieux des pratiques culturelles, pédagogiques, des politiques alternatives. Il nous faut forger de nouveaux concepts pour penser et agir, pour dégager un nouveau dessein pour les APSA du XXIe

(Cet article est paru dans Contrepied n°21 - EPS, des choix politiques quotidiens.)

Pour continuer ...
Horizon

Sport et paix : dépasser le slogan

Bruno Cremonesi - septembre 2012

Pour les anti-sportifs, le sport c’est la guerre ! La preuve par la triche, par les violences de certains matchs notamment dans les quartiers populaires. A l’opposé, pour de nombreux dirigeants politiques, le sport constitue un moyen au service de la paix sociale ou de la paix formelle en réunissant le temps d’une rencontre deux pays qui sont en conflit.
Pour Alain Jeunehomme, co-président du comité FSGT 93, « le sport a besoin de la paix ». « C’est plus un enjeu d’éducation dans un projet de société que de prétendre que le sport peut participer à la paix entre les pays, je ne crois pas à cette option ». C’est dans cette optique que ce comité a réfléchi à l’œuvre de culture de paix à laquelle peut contribuer le sport. Voici un projet global associatif et politique atypique dont l’ambition est d’éduquer à la paix et qui prend la forme de trois défis sportifs

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