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Cirque : Créateur, je suis garant du style de « Plume » - EPS & Société

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Paroles

Cirque : Créateur, je suis garant du style de « Plume »

Bernard Kudlak - mai 2012

Bernard Kudlak, en tournée à Lyon pour « L’atelier du peintre » du cirque Plume, retrace avec beaucoup de simplicité, son cheminement vers la création définitive du spectacle : depuis l’imprégnation du sujet jusqu’au choix de la musique, en passant par les règles de composition, le tout dans l’ambiance magique du chapiteau.

Comment fais-tu pour créer un spectacle ?

Pour créer il faut être vacant, tranquille. Je vais me balader, je marche... j’essaie d’être ouvert aux choses. Et il y a des déclenchements. Pour « L’atelier du peintre », je me suis plongé dans l’histoire de la peinture, j’ai regardé peindre un ami, j’ai crée moi-même un atelier.
Ensuite, j’ai construit une trame. Je fais des listes. Par exemple, je cherche tous les possibles autour du mot « cadre », ça crée des envies : le sujet du tableau, sa représentation … je fais des dessins, des story-boards. Quand j’ai fini d’écrire ma structure, on travaille en improvisation : on sort du cadre, on monte dessus, etc. Pareil avec les chiffons, la toile, les pinceaux, les journaux…C’est génial, on fait des boules de papier, on jongle avec, on fait des chapeaux, de la musique. 
Cela m’intéresse que les artistes soient les plus créatifs possible, les plus proposants possibles. Donc on fait des allers-retours permanents, ils montrent des trucs, je dis ce que je vois et à partir de ce qu’ils font, je dis : reprends ça.
Le processus en jeu est un processus de regard. Il faut un regard extérieur qui trie les propositions de jeu. Sans ce regard on ne peut pas engager de travail d’improvisation sur des séquences auxquelles on ajoute de la musique, des éléments spectaculaires…
La création peut partir dans plein de directions. La difficulté, c’est de choisir. C’est compliqué, des artistes n’arrivent pas à choisir et leur processus n’aboutit pas.
C’est le metteur en scène qui choisit. Parfois, c’est un collectif. J’ai la décision de prendre ou pas prendre. Les artistes eux ont une très grande liberté mais je suis garant du style de Plume et de la cohérence.

Une fois le processus enclenché, comment l’enrichissez vous ?

Dans le cirque, l’acrobate doit apprendre l’excellence du mouvement et l’artiste de cirque doit apprendre le jeu qui accompagne l’excellence du mouvement. Bien sûr, il faut apprendre à faire un salto sans se casser la figure, mais le jeu est vraiment très important. On travaille sur regarder l’autre, faire quelque chose en étant attentif à ce qui se passe autour de soi pour acquérir une souplesse dans la tête et le corps, une écoute à l’autre. C’est peut-être ça le chemin vers l’artistique.
La performance est indispensable. Mais c’est ce que va montrer la performance qui compte. Pour moi, le cirque c’est la nostalgie du paradis, dans cette possibilité où il n’y a plus d’impossible. Quand un trapéziste vole, bien sûr il faut qu’il ait les pointes de pieds tendues, c’est un minimum. Mais ce qu’on doit apercevoir, c’est le désir humain de voler. Il vole plus qu’une mouette parce que son désir de voler est là, infini. Il est grand comme la mythologie. Je recherche ça. C’est dans cette envie de montrer des choses réussies qu’on va chercher le profond désir d’être.

Y a-t-il des règles de composition à respecter ?

Il y a des règles d’or, mais il y aussi des choses qu’on sent, des forces … A quel endroit placer un personnage pour équilibrer le groupe : ça ne se voit peut-être pas, mais moi je le vois. Si je distribue 8 personnes, deux ici, deux plus loin, 4 là ou si je les aligne toutes, ça raconte autre chose ! On intègre les règles petit à petit. Par exemple, un spectacle se lit toujours de jardin à cours. Le spectateur ne sait pas qu’il le lit comme cela mais il le fait. Un personnage qui rentre à jardin est dans le sens, s’il rentre de l’autre côté il est à contresens. C’est signifiant de rentrer d’un côté ou de l’autre. Le code n’est pas obligé d’être rigide, mais on sait que cette lecture est comme cela. Pour l’espace, un tiers deux tiers est plus beau qu’un espace de quatre quarts, un triangle est plus joli qu’un carré… mais je ne connais pas LA règle !

Comment choisissez-vous les musiques ?

Pendant les répétitions notre musicien-compositeur regarde, compose. On en parle ensemble. Il a des stocks de musique, parfois, il prend des bouts de thème d’une musique et en fait une autre. Il y a plein de processus !
Associer danse et musique est indispensable. On ne peut pas être circassien sans être musicien. Mais on n’est pas obligé d’être musicien, c’est l’idée d’être dans la musique. Au cirque, on fait des choses avec la musique et dans la musique.

Quand décidez-vous qu’un spectacle est prêt ?

Parfois, le spectacle n’est pas fini et on est obligé de jouer, alors on le construit avec le public. Qu’il manque 10 jours, 2 jours ou juste 1 heure, on sait ce qui n’est pas prêt ! Le spectacle change d’une représentation à l’autre, avec débriefing après la première et après le filage. Nous circassiens faisons notre boulot, mais c’est le spectateur qui construit le spectacle, qui projette son imaginaire, ses envies, sa lecture avec tout ce qu’il est, avec son inconscient.

Cet article est paru dans Contrepied - C’est quoi ce cirque ? - Hors-série n°3 - mai 2012

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