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Construire la passion d’une vie sportive et artistique en EPS - EPS & Société

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Controverse

Construire la passion d’une vie sportive et artistique en EPS

Didier Delignières, professeur des universités. Montpellier. Président de la conférence des directeurs d'UFRSTAPS - 29 septembre 2016

Débattre du rapport EPS/santé et faire des propositions pour l’EPS met toujours en jeu une certaine représentation de la santé, de l’EPS aussi sans doute.Celles-ci restent dans la plupart des cas implicites, rarement exposées. Vers quel type de pratiques souhaiterais-tu entraîner l’EPS ? Didier Delignières répond.

Il semble bien que persiste dans la société une conception de la santé très organique, médicale, caractéristique de l’entre guerre, celle du silence des organes... Cette définition reste dans les faits et implicitement, légitime, c’est ce qui surprend. Ceci alors qu’en 1947 l’OMS a fait œuvre de courage, de modernité, de pertinence en proposant une définition large de la santé dans la quelle effectivement je me reconnais.

Bien-sûr dès qu’on élargit le champ de la santé au psychologique, au social on complexifie, on s’approche du réel même si on court toujours le risque d’une approche totalisante de l’objet, d’un tout insaisissable.

Si l’organique reste incontournable, je trouve dommage qu’on ait aujourd’hui à se justifier de retenir cette définition pourtant universelle de la santé. D’autant que si nous vivons dans un pays où l’état sanitaire est encore de bon niveau, où l’espérance de vie s’accroît, nous savons toutefois, au travers d’une littérature abondante, qu’au-delà de la sédentarité qui se développe, les questions centrales du bien être psychologique et social, donc de la santé psychique des populations, en particulier au travail (ou le non travail), sont d’une brûlante actualité.

Je pense qu’il faut se battre pour cette conception de la santé et faire qu’elle soit légitime.

Partir de cette définition m’amène à poser la question du comment l’EPS peut la faire vivre.
D’abord, les pratiques sportives et artistiques sont pour moi des pratiques de référence légitimes. Je considère qu’elles sont l’expression sociale même de la santé telle que je la conçois, de la capacité qu’ont les gens « physiquement » à se projeter, à se fixer des objectifs de progrès, à les atteindre.
Mais c’est aussi et j’y tiens, la condition d’un bien être psychologique, du renforcement du sentiment de compétence, le moyen de rebondir sur d’autres objectifs, parfois insoupçonnés, d’entrer dans une sorte d’aventure sans fin et essentielle.
Comme activités de loisirs, ces pratiques sont les seules qui permettent hors travail d’aborder la questions de la construction personnelle et puis surtout, le plus important, elles sont des aventures collectives. C’est le club, le groupe, la troupe de gens qui s’assemblent, se mêlent, s’entraînent pour un but partagé. Quand j’évoque une « APSA », (ce sigle que je déteste) je ne pense pas d’abord mise en jeu du corps, même si c’est essentiel, j’ai en tête l’aventure humaine qu’elle promet. C’est ma vision de l’accès aux pratiques de référence et je pense qu’il faut refonder l’EPS autour d’un projet de ce type : faire en sorte que les élèves puissent avoir collectivement des projets de performance, d’accomplissement collectifs.

Ma conception de l’EPS n’est pas la plus facile, par exemple quand je dis que pour enseigner les APSA, il faut les connaître, les maîtriser. Un enseignant doit donc enseigner un nombre restreint de pratiques, celles dans lesquelles il se sent capable d’entraîner les élèves vers de hauts niveaux de réalisation, vers une exigence, de faire qu’ils-elles aient des ambitions. Et l’ambition, c’est du temps ajouté à du contenu, c’est apprendre longuement, c’est creuser profond, pas large, c’est permettre l’accomplissement. Quand j’ajoute en plus que s’impose surtout d’être en capacité d’apprécier leur pertinence, leur épaisseur culturelle et donc d’opérer en permanence un double choix. D’abord retenir les pratiques les plus prometteuses pour nos élèves, ensuite pour chacune d’elles, identifier les savoirs les plus pertinents pour les apprentissages. Récuser ces principes constitue pour moi un déni de toute approche culturelle en EPS. Et je suis de ce point de vue horripilé par exemple par la place qu’occupe l’acrosport dans l’EPS contemporaine. Cette question de la pertinence culturelle est centrale et ça vaut pour toutes les disciplines, la littérature, les mathématiques... Notre ami Maurice Portes disait qu’une APSA devait au moins avoir trente ans de vie institutionnelle, de pratique sociale, d’expérimentation didactique avant de pouvoir être retenue pour l’Ecole.

On n’est pas là pour occuper de manière plaisante nos élèves, pour qu’ils-elles se comportent bien, qu’ils-elles éprouvent un plaisir éphémère... On vise leur éducation.

Une APSA, n’est pas un « support », si c’est d’abord une aventure humaine extraordinaire, (j’y reviens),une passion, le progrès technique en est le moteur. L’éducation sportive et artistique que je prône n’est ni au service de la santé, ni encore de la citoyenneté, elle est santé, citoyenneté, elle n’est pas là pour développer les ressources, elle est le développement des ressources !

Tu viens d’évoquer le terme « passion », comme ce mot résonne aujourd’hui dans la profession, peux-tu en dire un peu plus ?

Oui je viens de m’exprimer publiquement sur le sujet et finalement l’on ne change pas de débat.

Pour faire avancer la réflexion on a toujours besoin d’idées chocs, de concepts qui perturbent la pensée convenue. Tu sais, je ne suis pas un politique, on me dit même provocateur... Quand j’ai mis en avant l’idée de plaisir en EPS, je n’imaginais pas le trajet de cette proposition. Et quand je vois ce qu’elle est devenue, récupérée, « mal traitée », instrumentée par beaucoup, je m’interroge sur sa pertinence et son devenir.
Certes la notion était polysémique mais quand même, je crois qu’à l’époque j’ai commis une erreur en ouvrant cette boite de pandore. La question de la passion en éducation nous vient des canadiens, elle a ses référents théoriques ((voir notamment Brunelle & Brunelle, 2012). ). Elle peut à mon sens devenir un axe de réflexion sur le devenir de l’EPS, sur son rapport à la santé et permettre par exemple d’avoir une approche « totale » de la santé.

L’EPS n’est pas là pour installer la santé, elle est là pour construire « ici et maintenant » les conditions « expérientielles » d’une vie en bonne santé. Construire la passion d’une vie sportive et artistique en EPS, cette expérience là me semble devoir être l’objectif prioritaire de l’Ecole d’aujourd’hui. Et cela concerne toutes les disciplines.

L’EPS n’est pas là pour installer la santé, elle est là pour construire « ici et maintenant » les conditions « expérientielles » d’une vie en bonne santé.

Il s’agit, en faisant attention à ce que l’on fait, de mêler la passion des professeurs pour ce qu’ils enseignent à celle à venir des élèves pour ce qu’ils.elles apprennent .
C’est dans cette perspective que l’idée de programmes exhaustifs, disant tout, précisant tout hors des réalités humaines matérielles des établissements, des conditions concrètes de l’exercice de l’EPS, ne me parait pas tenable.
La passion ne pouvant s’exprimer que dans l’exercice singulier d’une EPS singulière. C’est ce qui m’a fait spontanément voir dans les nouveaux programmes la réduction du carcan pédagogique qui pèse sur nos collègues.

Bien-sûr un cadre national doit être préservé, je plaide pour un retour à des IO. La passion en EPS a besoin de liberté pédagogique, je ne supporte plus de voir la discipline EPS réduite à des « niveaux », des « finalités », des « ressources », des « pourcentages », de voir les programmes devenir l’alpha et l’oméga des savoirs, de la culture professionnels.
Bref je veux pouvoir la redécouvrir passionnante pour nos élèves. Comme je voudrais pouvoir résister et faire que mes étudiants, souvent naïfs, peu armés idéologiquement, résistent au corpus programmatique, aussi à cette sorte d’approche « sociologisante » de nos contenus qui fait des modes corporels trop souvent surdéterminés des contenus légitimes pour l’Ecole.

... Je parle et je m’entends, cela me fait sourire, dans mon autre métier et comme président de la conférence nationale des UFRSTAPS, je me bats pour un cadre national fort pour un certain jacobinisme... Alors disons que sans rien abandonner, ni regretter, tout devrait pouvoir être mis en discussion, débattu passionnément...

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Avec les autres et comme les autres ?

Jean-Pierre Garel - 28 avril 2015

Aux directives d’accueillir l’élève en situation de handicap à l’école ordinaire, selon le principe du mouvement inclusif, certains répliquent qu’érigée en dogme l’inclusion scolaire est un leurre, « un mensonge » [1] même. Les arguments avancés concernent surtout les moyens, jugés insuffisants, et le traitement des différences, que l’on banaliserait. C’est sur ce dernier point que J.-P. Garel s’interroge, concernant l’EPS : quelle est la pertinence des adaptations privilégiées par les enseignants pour prendre en compte les différences liées au handicap ?