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En Handball, un plus un peut faire plus que deux ! - EPS & Société

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En Handball, un plus un peut faire plus que deux !

Olivier Krumbholz et Claude Onesta - 25 septembre 2017

Le sport de haute performance traduit le niveau le plus élaboré de la création technique et tactique à un moment donné. C’est un bon indicateur de l’évolution d’un sport.
S’il n’est pas question de le copier il est bon d’en connaitre le sens.
Olivier Krumbholz, entraineur de l’équipe de France féminine, et Claude Onesta de l’équipe masculine, pointent les évolutions et limites des joueur (ses) confrontés aux exigences du jeu actuel.

Comment caractériseriez-vous le jeu de handball d’aujourd’hui ?

Claude Onesta. Le très haut niveau est caractérisé par la performance individuelle. Chacun doit emmener sa performance maximale, à partir de là si on est capable de la lier à un projet collectif avec un état d’esprit fait de solidarité et de coopération, on peut gagner. C’est un élément déterminant du handball français, il y a un sens donné au projet. Certains joueurs ont des motricités très fines et de nombreuses qualités mais ne sont pas capables de s’associer au joueur d’à côté, ils ne gagneront jamais rien. La réussite du handball français, au-delà des apprentissages et des projets stratégiques, c’est le sens donné au projet qui conduit à ce que les joueurs soient capables de s’associer.

Olivier Krumbholz. Le jeu est en adaptation permanente au regard de l’évolution des joueuses. La professionnalisation a permis aux joueuses d’augmenter la charge de travail et par conséquent de progresser considérablement, particulièrement dans la maîtrise du ballon. Le tir est l’un des domaines qui a le plus évolué, notamment dans les capacités de dissociation, de préhension du ballon et de l’utilisation des leviers. Les joueuses sont capables d’être plus précises, plus rapides et meilleures dans la contre-information. De nouvelles formes de tirs sont apparues, les tirs avec effet par exemple.
Ces transformations dans des motricités de plus en plus fines sont la conséquence d’une augmentation de la quantité de travail, de l’amélioration constante de la détection, mais aussi de l’évolution du matériel, notamment la résine et les ballons. De fait en attaque les joueuses sont de plus en plus fortes dans la capacité de dissociation, et deviennent de plus en plus performantes pour déjouer les pièges défensifs, les tirs au travers du rideau défensif en étant le parfait exemple.

Cette transformation du jeu d’attaque, induit de façon dialectique une transformation de la défense afin de contrer ce potentiel offensif. Les défenseurs sont de plus en plus rapides, ils se déplacent presque aussi vite que la balle. L’idée que la défense c’est « attaquer l’attaque » devient encore plus évidente qu’hier. Les organisations défensives deviennent plus audacieuses, et ne sont pas seulement sur une protection de cible simple, mais sur une recherche de « destruction des stratégies offensives », voire d’une récupération du ballon pour créer les conditions d’une balle offensive.
Par contre le fait que les joueurs soient de plus en plus forts individuellement peut leur donner le sentiment de pouvoir se libérer de tous les principes de jeu. Ils sont moins « plastiques » pour construire des organisations collectives.

Comment expliquez-vous cette évolution de manque de plasticité des joueurs ?

Olivier Krumbholz. Je relierais ces questions à des questions sociétales plus générales. J’ai le sentiment que le recul de la croyance dans un certain nombre de valeurs et de principes influence les modes de jeu. Par exemple la valeur du collectif, pourtant prônée par les joueuses, n’est pas toujours déclinée avec l’engagement nécessaire de la part de tous les acteurs. L’individualisme, représenté par toutes les nouvelles technologies de plaisir non partagé, est un exemple frappant des mentalités modernes. Il n’est pas toujours facile de penser collectivement quand tout pousse les athlètes, dans leur environnement, à la recherche du plaisir personnel. On constate que les joueuses sont énormément tournées vers le jeu avec la balle au détriment du jeu sans ballon. Dès lors l’utilisation du travail du partenaire, en exploitation des espaces libérés par celui-ci, est moins efficace. La force des sports collectifs c’est de montrer que 1+1 peut faire plus que 2, elle réside dans sa capacité à dépasser l’addition des compétences individuelles. Ce n’est que dans ces conditions que le petit peut battre le gros, l’inversion du rapport de force étant l’acte collectif le plus jouissif du sport-co.

N’est-ce pas contradictoire d’exiger d’un joueur de haut niveau qu’il respecte davantage les principes de jeu, là où l’une de ses caractéristiques est l’invention et la création ?

Olivier Krumbholz. Il ne faut pas opposer les principes de jeu à l’inventivité et à la création à l’intérieur de ces modes de jeu codifiés, ce n’est pas contradictoire, au contraire… Plus l’art est travaillé, plus il est libre.
Un joueur doit apprendre à maîtriser les grands principes de jeu pour s’en émanciper par moment au plus haut niveau. Pour moi certains principes de jeu comme l’occupation de l’espace, on attaque un intervalle et non le joueur, la répartition des joueurs sur le terrain, doivent permettre une utilisation du terrain optimum et, donc de fait, placer le joueur et l’équipe en position efficace dans la recherche des solutions.

On constate qu’actuellement les attaques sont essentiellement au centre avec beaucoup de puissance. Le principe d’écartement du jeu n’est plus suffisamment recherché.
Cela induit un jeu plus agressif dans le secteur central, qui pour le moment, continue d’être bénéfique à l’attaque. Je pense que dans quelques temps, on devrait avoir un jeu qui retrouve plus d’espace et d’écartement, car la percussion en secteur central va trouver ses limites là où la défense est la plus solide…

Dans les joueurs que vous voyez arriver, est ce que vous identifiez des ruptures comparativement à ces 10 dernières années ?

Claude Onesta. Un entraineur de haut niveau a la charge du renouvellement des élites et doit imaginer ce que sera le joueur de 2025 en analysant le handball d’aujourd’hui. On est sur des cycles qui peuvent durer 10 ans ou un peu plus. Lorsque qu’une organisation défensive prend le pas sur l’attaque, en conséquence, les entraineurs vont former des joueurs capables d’attaquer ces nouveaux systèmes défensifs. Les scores sont un bon indicateur de ces évolutions. Il y a 20 ans c’était du 19 à 17 aujourd’hui c’est plutôt 32 à 30.

Dans les années 90/2000, les dispositifs défensifs étaient peu mobiles, constitués de très gros gabarits. On avait un affrontement face à un mur le plus massif et le plus compact possible. Progressivement émergent des joueurs capables de tirer à travers ce mur avec des habilités motrices du type tirs à la hanche, tirs désaxés ou des grands qui tirent par-dessus. Progressivement ces défenses ont été de plus en plus malmenées et se sont réorganisées pour aller chercher les joueurs plus loin, pour les empêcher de courir… Emergent alors, des défenses plus agressives et étagées pour contrer des handballeurs plus mobiles, capables d’enchainer des actions, plutôt que de réaliser des actions uniques (course/tir à 9 m par-dessus).

Ce type de joueur, de jeu, est devenu inadapté, comme celui de grande taille qui ne pourra pas marquer à 12 m ou 15 m par-dessus son défenseur qui est venu le chercher.

Dans le handball des années 2000, un avantage se gagne sur 2m pour dépasser l’adversaire et résister à sa poussée éventuelle sans être totalement déséquilibré pour pouvoir affronter le deuxième défenseur et crée un avantage pour son équipe. Pour être capable de réaliser ces enchainements d’action, cela induit un autre développement des capacités musculaires. Là où dans les années 90, la musculation était surtout de la force, aujourd’hui les handballeurs vont surtout développer le gainage pour pouvoir résister à ce premier duel sans être déséquilibré et en continuant à être dangereux pour la défense. C’est le cas d’un joueur comme Karabatic qui ne sera pas déséquilibré suite au contact et conserve la totalité de ses moyens pour pouvoir mobiliser un premier ou un deuxième défenseur pour aller marquer ou faire marquer ses partenaires.

Toutes ces analyses, nous emmènent progressivement à dire, et nous faisions déjà ce constat en 90, que les grands joueurs répondant au profil de jeu décrit précédemment sont inadaptés aux formes modernes du jeu et à la transformation défensive de plus en plus mobile et étagée.

Comment expliquer que la création technique du jeu par les joueurs, émerge surtout dans le duel avec le gardien ?

Claude Onesta. Il y a eu deux évolutions très importantes. La première, c’est la modification de la règle de la remise en jeu au centre. Cette dernière a permis l’engagement rapide : dès qu’un joueur est positionné au centre du terrain ballon en main, et qu’aucun de ses partenaires n’a passé la ligne médiane, l’arbitre siffle la mise en jeu même si l’équipe adverse n’est pas dans son camp.

Cette transformation règlementaire a fait évoluer l’entre jeu et le jeu rapide. Les joueurs montent vite le ballon, s’ils ne parviennent pas à prendre la défense de vitesse, ils vont jouer dans la transition et marquer des buts dans le moment où la défense est repliée mais pas totalement organisée. Ce jeu rapide représente plus de 30% des buts et des tirs qui mettent les joueurs dans des situations de duels favorables.

La deuxième évolution est la transformation défensive vers une défense plus étagée évoquée ci-dessus, qui libère de l’espace et permet aux joueurs de tirer à 6m dans un véritable duel contre le gardien. Précédemment, le mur défensif mettait rarement les joueurs dans des situations de duels véritables sans défenseurs.

La dimension dont vous parlez d’une création technique dans les duels contre les gardiens, a beaucoup évolué à partir de ces évolutions règlementaires et des stratégies collectives. Ces adaptations techniques sont liées aux organisations collectives qui ont généré des situations nouvelles.

Propos recueillis par Bruno Cremonesi et parus dans Contrepied HS N°6 - Handball

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