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En septembre, j’inscris ma fille au foot - EPS & Société

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En septembre, j’inscris ma fille au foot

Yann Imine, Oriane Marcon, professeurs agrégés EPS à l’université d’ Orsay - 12 novembre 2019

“En septembre, j’inscris ma fille au foot” : quelles évolutions dans les choix de loisirs extra-scolaires pour les enfants, persistance ou modération des stéréotypes ?

Quand dans un tweet du 29 juin, le président de la République mentionne : «  Malgré leurs efforts et leur talent, la compétition s’arrête ici pour nos Bleues. Mais elles ont définitivement gagné le cœur des Français !  », la sélectionneuse Corinne Diacre précisait, lors de sa conférence de presse d’après match : « J’espère que cela va aider notre discipline à franchir encore un cap. »

10 ans après la campagne très controversée de 2009 où certaines internationales posaient franchement dénudées et interrogeaient les médias de ce qu’il fallait faire pour obtenir un regard médiatique, quelles sont les évolutions ?

Ainsi, comme l’évoque Charrier "de nombreux travaux (...) attestent de la diversité des effets des grands événements sportifs. Qu’ils soient politiques (notoriété accrue, construction d’une image positive pour la collectivité locale ou pour les élus, etc.), économiques (production et consommation de richesses, création nette d’emplois, aménagement du territoire, etc.), sociaux (cohésion sociale, valorisation du territoire et de ses habitants, animation, prévention ou insertion de publics spécifiques, etc.), sportifs (découverte et développement d’une pratique sportive, consolidation des structures de l’offre, etc.) ou encore médiatiques, ils renvoient tous à la même question de la « rentabilité espérée »."
Spécifiquement à la coupe du monde féminine de football, nous pouvons penser que le football féminin doit briser un plafond de verre : changement de regard sur la pratique, davantage de pratiquantes... C’est pourquoi la Fédération française de football (FFF) adjoint à la coupe du monde un plan « Héritage 2019 » qui « doit permettre de laisser une empreinte durable pour le développement du football féminin en France ». 

En septembre j’inscris ma fille au foot !

Comme en témoignent les chiffres clés de la FFF, nous pouvons noter un accroissement réel du nombre de licenciées : un peu plus de 50 000 il y a 10 ans, un peu plus de 100 000 il y a moins de 5 ans, avec une augmentation réelle dans les catégories jeunes. Le dernier recensement en mai 2019 porte le nombre à un peu plus de 180 000 licenciées.

Ainsi, briser le plafond des 200 000 pour se rapprocher des grandes nations européennes, est un objectif tout à fait acceptable pour que le terrain ne symbolise plus « à lui seul le pré carré du masculin dominant. Aux hommes les grands stades, aux femmes les endroits périphériques." (Saouter Anne, 2015), et ainsi en se penchant sur la structuration des clubs, le développement de la formation et l’amélioration des infrastructures, nous pouvons penser qu’ « inscrire sa fille au foot » deviendra une chose plus simple… Pourtant…

Est- ce aujourd’hui réellement si simple ? Pouvons-nous penser un engagement désormais plus facilité dans les activités historiquement à forte connotation sexuée ? Sommes-nous face à une persistance ou une modération des stéréotypes ?

Les médias, les différentes fédérations, et parfois même le système scolaire au travers certaines de ses actions telles que « le football des princesses » (action clôturée désormais) ou la « Girly Cup » destinées à promouvoir le football féminin dans le cadre de l’UNSS, ne s’orientent-ils pas vers un débat qui peut se desservir à lui-même ?
Vouloir rendre le foot plus « féminin » en modulant les affiches, en cherchant à montrer que qu’on peut avoir les cheveux longs tout en jouant en football, n’est-ce pas se tromper de débat et rester dans un enfermement binaire et classique avec deux conduites genrées majoritaires, et qui font souvent office de normes ?
Et mon garçon à la GR ?

Ainsi, si inscrire sa fille au foot pourrait devenir moins « exceptionnel », plus « parmi les normes possibles » au lendemain de la coupe du monde 2019, à l’autre bout du continuum, cela ne règle pas forcément l’engagement des garçons dans certaines les activités historiquement et majoritairement pratiquées par les femmes.

Comme le met en évidence Caroline Chimot au sujet de l’engagement des adolescents garçons en gymnastique rythmique « Par leur pratique sportive peu conventionnelle, ces jeunes se situent en rupture avec leurs modèles familiaux qui respectent la division sexuelle des pratiques sociales. (…) Conscients qu’ils ont choisi un sport caractérisé comme « féminin », les pratiquants de GR se définissent comme des garçons ou des hommes sans toutefois adopter une identité virile, « macho ». (…) Si certains garçons gèrent, plus ou moins violemment, les conflits avec les autres, d’autres ont préféré arrêter leur pratique de GR pour ne conserver que d’autres sports plus « masculins » ».

Ainsi, sortir de cette dichotomie « sports masculins », « sports féminins », qui reste par ailleurs historiquement et géographiquement située, (en témoigne la pratique du football européen essentiellement pratiqué par des hommes, et la pratique du soccer américain majoritairement pratiqué par des femmes), nous semble aujourd’hui une priorité afin d’atténuer les marqueurs genrés attribués aux APSA ; cela dans l’optique de faire retrouver une liberté de pratique, indépendante du genre et du sexe du pratiquant.

Garçon manqué pour faire du foot : Persistance ou modération des stéréotypes ? 

Alors donc, « inscrire ma fille au foot », ferait d’elle un « garçon manqué » ? Dans une étude récente, Ruchaud, Fontayne & Chalabaev mettent en évidence « qu’il ne semble pas nécessaire d’avoir une identité de genre « inversée » pour pratiquer une activité sportive contraire aux stéréotypes de sexe. Plus précisément, il apparaît qu’étudier les liens entre les stéréotypes de sexe, la personnalité des sujets et le choix des pratiques physiques est bien plus complexe que le sens commun ne le relève(…). »
Accepter de parler de seulement deux genres « majoritaires » en le reliant à une activité semble pouvoir limiter le débat et le champ des possibles pour les futur(e)s pratiquant(e)s… et ainsi permettre une certaine persistance des stéréotypes ?

Ainsi, nous pouvons envisager la nécessité de dépasser cette vision duelliste vers une vision plus tolérante et souple, sans chercher à mettre en relation systématique une activité sportive, un sexe, et un genre particulier faisant office de référence, et ceci quelle que soit l’activité sportive support.

A l’heure où la question commence à investir le grand public, en témoignent les récentes sorties cinématographiques des Crevettes pailletées, du Grand Bain ou encore « Sélection féminine » chantée par Juste Shani, il semble également intéressant de considérer cette problématique en la resituant dans un ensemble plus large, où se croisent plusieurs paramètres d’ordre culturels, religieux, contextuels, familiaux… Le penser à partir de différents points de vues féminins, mais également masculins…

Pourtant, ce chemin semble encore long à parcourir dans les médias et l’opinion, quand on considère les différents retentissements d’une célébration d’Alex Morgan, meilleure buteuse de la coupe du monde 2019, qui préfère boire le thé, aux allusions clairement sexuellement explicites d’un Diego Simeone à quelques mois d’intervalle…

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Sport et cohésion sociale

Yvon Léziart - septembre 2012

Cohésion, inclusion, intégration… les mots et les politiques qui se cachent derrière eux se valent-ils ? Quand on sait que le terme cohésion signifie « unité et harmonie » on se prend à douter que rapportée au social, il ait socialement un sens… Le social étant par excellence le champ de la diversité, des contradictions, des tensions, sociales, justement. Qu’est-ce donc que la cohésion sociale par le sport ? Au-delà de cette question difficile mais déterminante, un constat s’impose : les structures traditionnelles du sport peinent à rassembler les populations. Et ce n’est pas pour autant que les nouveaux modes d’organisation des sports répondent aux attentes nouvelles des pratiquants et encore moins aux besoins de ceux qui n’accèdent pas au « sport ».
Jean-Philippe Acensi (agence éducation par le sport), William Gasparini (Staps Strasbourg), Thierry Long (Staps Nice) ont donc débattu du sport et du social lors d’une table ronde. Yvon Léziart en rend compte ici.

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