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L’approche technologique au coeur des STAPS. - EPS & Société

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repère

L’approche technologique au coeur des STAPS.

Daniel Bouthier, Professeur des Universités, STAPS Rennes - 6 avril 2007

Qu’est-ce que « l’approche technologique » dans les APSA ? Daniel Bouthier explique le sens d’une démarche qui a été initiée dans les années 80 pour répondre aux questions posées par l’intervention dans la logique universitaire des STAPS.

Article paru dans Contrepied n°20 - Former les enseignants. (Avril 2007)

Tu as développé il y a quelques années, avec en particulier Alain Durey, l’idée d’une approche « technologique » dans le champ des APSA. Nombre d’intitulés de cours en STAPS et à l’IUFM se nomment désormais « technologie des APSA ». Quel en est le sens exact ?

Le point de vue que nous avons avancé part de la conception de la rénovation des techniques que l’on peut resituer dans un courant historique, à partir de gens comme Mauss,Leroi-Gourhan, Haudricourt...
On trouve chez ces auteurs une forme de réhabilitation de la technique. Dans notre champ, la technique était vue essentiellement dans ses aspects extérieurs, avec comme repère le geste du champion. Pour cette raison cela a débouché sur la critique légitime du « technicisme ». Dans les années 80 se produit une réhabilitation de la technique qui renvoie alors à l’ensemble des procédés que les hommes élaborent, accumulent et transmettent pour réussir dans des tâches concrètes. Cette notion élargie de la technique recouvre aussi bien les techniques de prise de décision, de gestion de son potentiel athlétique, de maîtrise de soi en situation de stress... que d’exécution gestuelle.

Cette conception enrichie et rénovée permet mieux de s’interroger en EPS, avec par exemple les écrits de Garassino, Vigarello et Vivès, Goirand et Metzler... sur l’intérêt des techniques redevenant ainsi à nouveau un objet digne d’étude. La technologie des APSA va redonner lieu à des analyses approfondies et élargies de celles-ci. Il ne s’agit plus seulement de décrire les procédés efficaces, mais de les saisir de façon dynamique et évolutive, à la fois dans leurs origines, leurs contextes mais également dans leursprocessus de transmission. Les didacticiens des sciences expérimentales et de la technologie, mettent en évidence qu’il ne suffit pas de transmettre en reproduisant les techniques existantes, mais que la transmission/appropriation, doit aller jusqu’à l’individualisation des techniques, donc la recréation personnalisée. On trouvait cette idée formulée chez Catteau et Garoff quand ils distinguaient la formalisation technique de la nage du style personnel du nageur. La perspective technologique la plus prometteuse aujourd’hui est une perspective que je qualifie d’anthropo-techno-didactique.

« Anthropo » parce qu’elle part de l’origine des techniques en les contextualisant.

« Techno » parce qu’on va modéliser la pratique en terme de connaissances scientifiques intégrées, de connaissances professionnelles et même d’intuitions et d’expériences « personnelles » et intuitives.

« Didactique » parce que les techniques sont accumulées dans une perspective de transmission.

Elles intègrent donc de fait une visée didactique (ce qui ne veut pas dire que les façons de transmettre ces techniques n’aient pas non plus à être étudiées de façon critique !).

Le terme technologie lui-même a en fait deux usages. Un usage « commun » qui vient recouvrir « théorie et pratique des APSA », avec une théorisation qui peut rester empirique et pragmatique. Et une définition large qui convoque tous les registres et impose de prendre du recul par rapport aux pratiques avec un certain nombre d’outils.

Le sens scientifique de technologie des APSA est celui donné par Haudricourt : science humaine des techniques ou science de la création humaine pour agir sur le monde. En fait cela vient compléter le panorama scientifique : il y a des approches pour connaître, des approches pour comprendre, des approches pour agir. La technologie, les sciences de l’intervention... viennent outiller les approches pour agir.

Ça ne veut pas dire qu’il y a une séparation étroite entre les différentes approches, et par exemple des connaissances pour comprendre peuvent être intégrées et retravaillées dans une approche pour agir... Souvent on assimile la recherche technologique à de la recherche sur du matériel, or les technologues défendent l’idée que ce matériel « emprisonne » et témoigne de l’intelligence humaine. C’est une matérialisation de l’activité intellectuelle humaine.

Dans la pratique se crée de l’habileté (ou de la compétence). Quand on réfléchit un peu à ce qui rend des sujets habiles, on produit des connaissances techniques, et quand on regarde comment ces connaissances techniques génèrent se génèrent, comment elles évoluent, comment elles se transmettent, on prend un certain recul qui est le niveau technologique qui s’intercale avant le niveau scientifique classique dit fondamental.

Quand vous avez développé ces idées, cela se passait à un moment où les STAPS s’interrogeaient sur leur objet ?

En pleine période de la réforme Bayrou sur l’enseignement supérieur, il y avait débat entre la conférence des directeurs, le CNU STAPS, le SNESUP et le SNEP. Nous avons voulu dire, avec le SNEP, qu’en STAPS il devait y avoir un point de vue scientifique sur les techniques et non pas d’un côté des sciences appliquées aux APSA et de l’autres les techniques (avec en plus une division du travail enseignants-chercheurs, seconds degrés). Pas pour imposer un point de vue « technologique » comme seul légitime.
Nous pensions, et c’est toujours le cas, que cela devait faire partie du cœur des STAPS. Nous considérions que dans le même temps il fallait pouvoir rationaliser l’intervention en interrogeant les connaissances scientifiques par rapport à des problématiques de terrain, et étudier et modéliser les pratiques en tant que telles, non pour valider des théories générales préexistantes mais pour faire émerger les savoirs professionnels souvent tacites, peu explicités...

Notre démarche s’inscrit dans cette « lutte » pour donner à la pratique un statut nouveau comme source de connaissance et révélateur du développement humain, ce que l’université a parfois du mal à comprendre et à accepter.

Entre 1980 et 1990 il y a des productions sporadiques en terme de recherches sur les techniques corporelles en APSA. Aujourd’hui il y a trois ou quatre thèses qui sont soutenues par an. C’est mieux mais ça ne suffit pas. Le statut des recherches technologiques au sein des STAPS n’a pas beaucoup évolué, même si le sigle apparaît fréquemment dans les maquettes comme module d’enseignement, le concept n’est pas forcément stabilisé au niveau le plus riche.

Y a-t-il des répercussions en terme de formation ?

On sait que la connaissance du réel reste parcellaire. Il ’y a beaucoup de zones d’ombres. Il faut donc s’y confronter pour l’approcher, mais s’y confronter en étant armé. Le discours technique, c’est à la fois plus que ce qu’il y a dans les pratiques (car tout discours est spéculatif), et moins car le discours rationnel n’épuise pas la complexité du réel, il la réduit, en fait une approximation. Il faut donc s’appuyer sur une confrontation aux pratiques pour une mise à l’épreuve, pour une confrontation à la réalité têtue du terrain...

Pour les cursus STAPS, il y a donc des exigences à formuler :
- à propos des sciences qui doivent porter un regard spécifique, original sur les pratiques sportives et corporelles, car les connaissances produites ailleurs ne s’appliquent par forcément directement à notre champ ;

- et à propos des pratiques et des praticiens parce que plus ils vont être capable de formaliser les problèmes de terrain... et plus on va pouvoir mettre en rapport les concepts scientifiques et les façons de faire dans les pratiques.
Cette perspective technologique est donc un lieu d’interfaçage. Vergnaud dit « au fond de l’action, il y a la conceptualisation ».

Réciproquement il est possible de dire qu’au fond de la conceptualisation il y a toujours l’action en perspective, à plus ou moins long terme. C’est donc dans un rapport dialectique (unitaire et contradictoire) qu’il faut considérer conceptualisation et action

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