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L’entraînement en EPS depuis les années 60 : S’entraîner, savoir s’entraîner ?

Anne Roger - 6 mai 2020

Anne Roger, Maîtresse de conférence à l’université Claude Bernard Lyon1, revisite le sens donné à l’entraînement dans les différentes instructions et programmes depuis les années 60. On y constate le glissement d’un entraînement à toutes les APS à une méthode pour les activités d’entretien.

La notion d’entraînement est présente aujourd’hui dans programmes d’EPS pour le second degré, notamment associée au « savoir s’entraîner » et aux activités d’entretien et de développement telles que la musculation. Mais la signification et le rôle qui lui sont accordés ont évolué au cours de l’histoire.
Retour sur 70 ans d’EPS…

De 1962 à 1986 : s’entraîner pour être performant dans les APS

Un indissociable triptyque Initiation/ Entraînement/ Compétition
Dans les années 60, le sport s’installe dans les leçons d’EPS. La circulaire publiée le 21 août 1962, intitulée « éducation physique et sportive. Instructions pour l’organisation des activités de sport : initiation, entraînement, compétition » décline une organisation dans laquelle l’entraînement sportif a une place centrale. Les instructions officielles de 1967 viennent confirmer cette conception sportive de l’entraînement finalisée par la compétition ou la performance. Les différentes composantes de l’entraînement y apparaissent ainsi réparties : l’apprentissage technique polyvalent dans la leçon, le développement des qualités physiques et l’affinement technique dans le cadre d’une spécialisation au sein de l’association sportive. L’entraînement sportif se met au service de la performance et de la compétition, spécifiquement dans chaque sport. Sur les apprentissages techniques et tactiques renvoyant à l’éducation motrice fondamentale se greffent à la fois un développement des qualités physiques, des grandes fonctions et des aspects psychologiques et moraux relatifs à la pratique sportive. La leçon d’EPS est pensée comme un moment d’entraînement englobant toutes les dimensions de l’individu et dont les moyens sont les activités sportives programmées en fonction de ce qu’elles sont à même de développer chez l’élève : maîtrise du milieu, maîtrise du corps ou amélioration des qualités psychologiques et des rapports avec autrui.

Une présence explicite de la notion dans la quasi-totalité des APS programmées
Dans la majorité des activités sportives présentées, la programmation de 1967, fixe des objectifs techniques, dans chaque APS et pour chaque niveau de classe, et la notion d’entraînement est explicitée clairement. En athlétisme par exemple, pour les classes de 6e et 5e, la recherche d’un nombre limité de gestes adaptés dits « de base », leur exécution dans des formes compétitives diverses et de nombreuses répétitions sont attendues.. Pour les classes de 4e, 3e et 2de, l’attention se porte cette fois sur le perfectionnement des gestes techniques.
« L’élève doit être préparé à accéder, en fin de seconde, à la conduite personnelle d’un entraînement individualisé ».
C’est donc pour cette phase que la notion d’entraînement apparaît de manière explicite et associée à une certaine autonomie de l’élève qui doit ainsi apprendre à s’entraîner en pratiquant une activité sportive, en répétant un certain nombre d’exercices techniques et en développant des qualités physiques par la répétition d’efforts adaptés et issus du monde fédéral (musculation, bondissements, séries, fractionné...). Enfin, en 1e et Tale les élèves préparent les épreuves des examens et ont la possibilité d’une spécialisation poussée dans le cadre des séances à option. Outre le développement des qualités physiques, se dégagent également des axes technique, psychologique et social que l’on retrouve dans la définition de l’entraînement en plein développement dans le monde sportif qui intègre toutes les dimensions de l’individu.

Des pratiques pédagogiques encore éloignées des conceptions innovantes de l’entraînement
Pourtant, si dans les conceptions, l’entraînement doit développer tous les facteurs de la performance, dans les pratiques, il se résume souvent à un apprentissage technique analytique trop formel (Marsenach, 1982).
Cette réalité est également constatée dans le monde sportif par certains cadres dont les critiques portent les traces des conceptions nouvelles de l’entraînement venues des pays de l’Est. Ces dernières s’appuient, par exemple dans les sports collectifs, sur les principes suivants (Vandevelde, 2006) : actualisation de l’entraînement par rapport à chaque match et détermination des thèmes d’entraînement à partir d’un niveau de jeu observé en match pour élever ce niveau de jeu, conception de l’entraînement comme une totalité unitaire - il s’agit ici de lier constamment les trois parties de l’individu, physique, tactique et technique -, et enfin progressivité de l’entraînement du général au particulier.

Ces principes irriguent les propositions de certains acteurs au carrefour du monde sportif et du monde scolaire tels que Robert Mérand et René Deleplace qui n’hésitent pas, dans le cadre de la FSGT, à rationaliser, théoriser leur pratique et à expérimenter dans le domaine de l’entraînement.

Les travaux de René Deleplace, fondés sur une démarche expérimentale, dès le début des années 60, et la mise en place, dès 1964, de stages de formation pour les animateurs des sections petite enfance de la FSGT, futurs stages Maurice Baquet, sont deux illustrations de cette théorisation.

Il s’agit de partir de la réalité, c’est à dire d’une compétition par exemple, et « d’agir sur cette réalité pour la transformer  » (Deleplace, 1962) par un contenu d’entraînement sans cesse renouvelé et adapté aux besoins de chaque athlète.
Ces principes seront expérimentés avec de jeunes enfants dans le cadre des stages Maurice Baquet puis importés par les enseignants d’EPS participant à ces stages dans le domaine scolaire. Cependant, cette conception innovante de l’entraînement est loin d’être généralisée et dans les pratiques dominantes l’entraînement se décline sur un modèle faisant se succéder différents temps distincts, le tout avec une démarche linéaire et analytique.

De 1986 à nos jours : vers un « savoir s’entraîner »

De l’entraînement à l’enseignement
En 1981, l’alternance politique et la réintégration de l’EPS au Ministère de l’éducation nationale amènent à une réflexion sur la nécessaire rénovation des contenus d’enseignement.
En EPS, de nouvelles Instructions officielles sont publiées en 1985 et 1986 pour les collèges.
L’entraînement est intégré aux paragraphes consacrés aux APS avec quasiment les mêmes mots que ceux employés dans le texte de 1967. La notion d’entraînement n’y prend donc pas d’autre sens que celui évoqué pour les années 70, même si la notion semble moins centrale. La notion d’entraînement s’efface pour laisser davantage de place à celle d’enseignement. Les efforts se centrent alors sur l’identification et l’explicitation des savoirs à transmettre plus que sur le processus de transformation en jeu dans les pratiques.

Vers une « didactique de l’entraînement en milieu scolaire »
À la fin des années 80, de nouvelles conceptions intégrant la notion d’entraînement se formalisent. Le rapport INRP publié en 1988 par Mérand et Dhellemmes, éducation à la santé. Endurance aérobie, contribution de l’EPS, marque une rupture dans la façon d’envisager cet entraînement en relation à l’EPS. Pour les auteurs, « les interventions, en milieu scolaire, en vue du perfectionnement et de l’épanouissement du jeune physiquement actif, ne peuvent reproduire le modèle d’entraînement élaboré dans le contexte de la haute performance, même réaménagé pour l’école ». « L’enseignement de l’entraînement  » est alors associé à une « didactique de l’entraînement en milieu scolaire ».
Ces réflexions ouvrent ainsi la voie à l’émergence d’un « savoir s’entraîner » scolaire. Dans ce cadre, la course à pied devient un moyen au service de l’entraînement et non plus l’inverse. La fonction de la performance devient de témoigner des transformations de la capacité aérobie. L’entraînement prend sens dans un milieu éducatif particulier dépassant largement l’EPS. Il présente les caractéristiques d’un « projet technique » qui renvoie à un « projet de santé personnalisé », lui-même articulé à trois autres types de projets identifiés : un projet éducatif renvoyant à la vie scolaire, un projet pluridisciplinaire et un projet pédagogique renvoyant à l’EPS.

Cette conception de l’entraînement scolaire, envisagée de manière transversale et liée à une didactique de l’entraînement physique essentiellement organisée autour du développement physiologique, est donc nouvelle par son association à une finalité explicitée qui devient explicitement la santé.

Une autre conception de l’entraînement scolaire, est développée par Paul Goirand et ses collaborateurs lyonnais.
En 1994, dans la revue Spirales, ils proposent une conception de l’entraînement dans laquelle le projet de l’élève est envisagé à l’articulation de trois projets de nature différente : le projet de performance individuel et spécifique aux APS, le projet technique ou projet de compétence et le projet d’entraînement proprement dit.

Le « projet technique » ou « projet de compétence » vise à développer chez l’élève une attitude expérimentale en action concernant les moyens à mettre en œuvre pour réaliser la performance envisagée. Analyse des problèmes à résoudre, priorités fixées pour la résolution font ainsi partie des éléments indispensables à mobiliser.

Le « projet d’entraînement proprement dit » renvoie quant à lui au « vouloir s’entraîner » et aux savoirs utiles à la conduite de ses actions en vue de sa transformation.

Finalement, il s’agit pour l’élève de formuler, grâce à l’expérimentation, des règles d’actions dans chaque APS et de développer ainsi le goût de la pratique physique et sportive. Entraînement, accès au patrimoine de la culture sportive et santé sont ici intimement liés.

Des connaissances et des savoirs pour un entraînement autonome en dehors de l’école
En 1993, l’arrêté relatif à l’évaluation au baccalauréat, intègre une nouvelle visée pour l’EPS, celle de la gestion de la vie physique, qui ouvre la voie à une autre conception de l’entraînement en milieu scolaire. Les programmes de collège publiés en 1996 et 1997 inscrivent cette gestion de la vie physique et l’éducation à la santé au rang des finalités et objectifs de l’EPS mais ne font encore aucune référence explicite à la notion d’entraînement.

Celle-ci fait sa réapparition en 1998, dans les programmes de 3e, déclinée dans certaines activités sportives. Dans le cadre des activités athlétiques, on peut par exemple lire que « l’élève s’engage progressivement vers un entraînement autonome » et que « ce savoir s’inscrit également dans l’objectif d’éducation à la santé ».

La notion d’entraînement est ainsi désormais associée à des savoirs et des connaissances qui doivent être formalisés en vue d’amener l’élève à prendre en charge son propre projet de transformation. Au-delà des compétences spécifiques et propres, des compétences générales « relatives à l’apprentissage et à l’entraînement (échauffement, récupération,...) » sont évoquées. Raymond Dhellemmes (2011) évoque un « modèle d’enseignement se réclamant de l’apprentissage de l’entraînement » correspondant à la transmission de savoirs d’accompagnement. à la fin des années 1990, les connaissances relatives à l’entraînement prennent ainsi place dans un ensemble de savoirs considérés comme transversaux aux différentes APS ou présents dans chacune d’entre elles comme éléments à évaluer. Des contenus d’enseignement spécifiques sont transmis au cours des leçons dans chaque APSA programmée, notamment lors des échauffements ou des phases de récupération.

Vers la CP5 seule dépositaire de la notion d’entraînement ?
Après la parution des programmes collèges, le début du xxie siècle se caractérise par la réflexion et l’écriture des programmes nationaux pour les lycées. Au-delà de la notion de savoirs, celle de compétence prend une place centrale. Dans ce cadre, l’entraînement va être pensé différemment jusqu’à devenir le cœur d’une des cinq compétences identifiées comme constituantes de la matrice disciplinaire de l’EPS.
En 2008, les programmes collège précisent qu’« au lycée, les élèves (…) gagnent en autonomie pour bâtir des projets d’action, de jeu, de transformation ou d’entraînement adaptés à leurs possibilités. Ils s’approprient les conditions d’entretien et de développement de leurs ressources en vue de poursuivre une pratique physique régulière hors de l’école et tout au long de leur vie ». Cela est également visible, après la CC5 des programmes de 2002, dans les nouveaux programmes lycée de 2010 dans lesquels le projet d’entraînement apparaît majoritairement dans le cadre de la Compétence Propre n°5, réaliser et orienter son activité physique en vue du développement et de l’entretien de soi. Un projet d’entraînement conçu de façon autonome par l’élève se construit progressivement et de manière graduelle.

Finalement la tendance est désormais à l’association de la notion d’entraînement avec une nouvelle classe de pratiques physiques que sont les Activités Scolaires de Développement et d’Entretien Physique, dont la musculation fait partie. Là où la notion d’entraînement était associée à toutes les APSA jusqu’à la fin des années 90, elle bascule vers les activités d’entretien ne visant pas (forcément) la performance mais prioritairement l’accès à des méthodes réinvestissables dans sa vie physique. 

Cet article est paru dans Contrepied n°26 - Musculation

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1972 : Une certaine lutte des CAS !

Jacques Rouyer - 2004

Belle illustration, cette année là, de l’existence et de l’opposition de deux courants " sportifs " concernant l’EPS.
D’une part, le Secrétaire d’état J-S, Joseph Comiti tente de résoudre la quadrature du cercle : comment contourner l’objectif des 5 heures qu’il est quand même obligé de rappeler dans la circulaire du 9.9.71 et qui suppose de doubler le nombre des professeurs d’EPS ? Que va t-il imaginer, avec un projet de budget 72 en régression et quelques idées " simples " sur une politique d’animation sportive d’état ?
D’autre part, le SNEP, dans la logique de l’orientation pédagogique choisie en 1969, appelle la profession à relever le défi de la rénovation et la modernisation de l’EPS. II l’encourage à construire un enseignement à contenu culturel et sportif, répondant aux exigences éducatives. C’est même le thème du congrès 1972, conclu par une déclaration pédagogique sans ambiguïté sur la nocivité des projets en cours.

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Egalité filles-garçons : l’influence des interactions non-verbales sur la construction du genre en EPS, une étude de cas en Badminton

Martine Vinson, Université de Limoges ESPE, UMR EFTS Toulouse - 11 novembre 2015

Les communications non verbales (la gestuelle, la distance d’enseignement…) en EPS sont peu étudiées. Les observations, menées en contexte d’enseignement du badminton, révèlent qu’à l’insu des enseignant-es d’EPS, les interactions non verbales sont très différenciées selon le sexe des élèves, révélant des attentes et des contrats didactiques différenciés.

Dans sa thèse, en étudiant de près les comportements des élèves et des enseignant-es, Martine Vinson participe à une meilleure connaissance des outils nécessaires à un enseignement égalitaire de l’EPS, déjoue les pièges de la « fausse neutralité » et les « impensés du genre". Cette recherche en didactique éclaire sous un autre jour les inégalités entre les filles et les garçons produites au cours de l’enseignement.

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