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L’entrée dans la culture est elle première en apprentissage ? - EPS & Société

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L’entrée dans la culture est elle première en apprentissage ?

Y.Léziart, Ufraps, Université de Rennes 2, Cread - 25 janvier 2014

Pour une éducation entrée dans la culture l’auteur, Y.Léziart, explore tout le sens de ce titre en EPS. A lire et relire pour comprendre le lien entre culture et éducation.

Nous sommes là au cœur d’un débat récurrent en EPS. Débat qui existe depuis la naissance de l’EPS. Un siècle de débats et de positions contradictoires n’a pas réduit l’opposition entre deux courants de la formation et de l’EPS dans le cas qui nous occupe.

Va-t-on le résoudre aujourd’hui ?
Certainement pas. La question engage des orientations philosophiques fondamentales et est donc irréductible lors d’un débat ou une discussion.
Nous allons chercher au-delà de toute polémique, et l’on va comprendre que les positions sont difficilement réductibles, à préciser ce qui peut être entendu par une entrée dans les apprentissages scolaires en EPS par la culture.
L’éducation est sous tendue par des perspectives morales aux quelles s’ajoutent des contenus divers à diffuser. Eduquer c’est déterminer un profil d’individu, c’est se projeter dans le futur en définissant l’individu que l’on souhaite voir exister à la fin de la formation.
Tous les éducateurs ont en tête un profil de futur adulte. Il est plus ou moins conscient et formalisé mais il existe.
Pour comprendre un peu les différences qui animent la profession sans trop alourdir le propos il faut revenir sur la question philosophique fondamentale de l’enseignement : celle du rapport nature/culture

Rapport nature culture

Pour faire bref, certains estiment que l’individu naît bon et que la société le perverti (Emile J-J Rousseau). Nous évoquons là, une façon de concevoir l’éducation de l’individu. L’éducation doit considérer que l’élève possède en lui un potentiel de développement infini. Il faut faire confiance à ce potentiel et placer l’enfant devant son propre épanouissement. L’objet de l’éducation est d’assurer son plein développement. Cette démarche respecte la logique due l’originalité de l’enfant et conduit donc à une éducation très individualisée, L’enfant porte en lui son propre développement L’objet de l’école est donc de libérer la nature qui est en nous et d’en assurer le développement. (Montessori, Dewey, aux communautés libres de Hambourg, Illich, Neill)

A contrario une seconde démarche accorde l’essentiel de la formation à l’inclusion de l’élève dans la culture de son temps c’est-à-dire dans l’histoire des hommes ce que certains auteurs nomment l’hominisation. (Léontiev). Il s’agit de d’une perception qui place la culture comme l’antithèse de la nature. Il faut acquérir une culture, c’est un effort mais cet effort ouvre à la connaissance du monde. (Importance des savoirs à transmettre). Cette entrée dans la culture est souvent présentée comme un positionnement démocratique. Offrir à tous un accès égal aux œuvres.
Ce sont les acquis de l’humanité qui servent de mode d’entrée dans l’école. L’école est donc le concentré des acquis humains. Il s’agit donc de déterminer une culture et décider de ce qui à une période donnée de l’humanité est nécessaire ou indispensable à transmettre. Nous entrons là dans la question du choix des contenus d’enseignement à transmettre (transposition didactique).
(les marxistes, Alain, Durkheim, Wallon, Freinet)

Ces positions rapidement présentées montrent bien que le choix qui peut être fait est très personnel et relève des orientations philosophiques fondamentales de chaque éducateur.
Cependant ce n’est pas la seule détermination qui pèse sur les choix de l’enseignant. Il existe évidemment des orientations politiques particulières qui infléchissent ces choix. L’état est l’employeur des enseignants et à ce titre il détermine par voie de textes officiels des orientations scolaires particulières. Enfin pour faire bref, les déterminants sociaux sont à prendre également en considération. Ils pèsent sur la détermination des orientations scolaires. Ainsi ce que l’on peut nommer les valeurs sociales, ou la morale du moment, modèlent également les orientations des enseignants et des politiques.

Ainsi, tout un maillage d’influences diverses pèse sur les orientations profondes de l’école.
Il est souvent très réducteur, inconscient ou prétentieux de s’opposer terme à terme sur cette question sans en faire une analyse un peu approfondie. Par exemple, le débat modernité post modernité est essentiel pour comprendre à mon sens les orientations actuelles de l’école.

Pourquoi privilégier une entrée par la culture dans les apprentissages scolaires ?

Ce qu’il faut, à notre sens, viser ce n’est pas l’imposition d’une façon de penser l’éducation et l’EPS en particulier sous couvert d’un position ou d’un pouvoir institutionnel, c’est la capacité pour chacun de s’armer pour approfondir ses connaissances et être de plus en plus maître et responsable de ses engagements.

Entrée dans l’apprentissage par la culture
La culture doit être considérée comme l’accumulation au cours des ans des inventions humaines des façons de faire, bref, de tout ce que l’homme a inventé et invente pour régler les problèmes que les environnements géographiques et humains créent.

L’homme s’est vêtu, s’est nourri, à inventé l’habillement, la pierre polie, les différentes armes nécessaires à son alimentation et à sa survie, le levier pour soulever des poids imposants ….Il a également inventé les lois sociales pour rendre la vie entre les personnes harmonieuse.
Il a aussi inventé des activités non directement liées à sa survie, des activités de détente de développement…Les activités sportives entrent dans cette catégorie. Des débats opposent encore aujourd’hui des chercheurs qui pensent pour certains que le sport est né avec l’homme à d’autres qui estiment que le sport est apparu dès lors que l’homme a stabilisé sa vie quotidienne. L’école est à analyser également sur ce mode.
Comment l’école est elle née et pourquoi faire ?

La culture peut être définie comme tout ce que l’homme a créé. La culture est évidemment dépendante de l’intelligence humaine.
A cette définition large s’oppose souvent une définition plus classique et plus étroite qui limite la culture à un choix réalisé parmi un ensemble de possibles. Se pose alors la question de la culture légitime contre les autres formes de culture.
La culture est donc un condensé des réalisations humaines. Suite à quelques auteurs nous nommons volontiers œuvres ces formes de réalisation humaine, rodées par le temps. Les pratiques sportives par exemple entrent dans cette définition. Nous ne dissocions pas dans la culture le sport des autres expressions humaine. Il n’existe pas pour nous des éléments nobles de la culture et des éléments vulgaires. (C.Grignon et J-C Passeron sur les cultures populaires)

Lorsqu’on analyse ses caractéristiques le sport est une activité inventée par l’homme pour les hommes. Ses fonctions sont diverses mais la connotation sociale de celles-ci est indéniable (N.Elias). Le sport se poursuit dans le temps. Il est de plus régit par des règles qui lui assurent l’universalité du langage (donnée culturelle importante) donc l’échange international. De plus les règles se modifient régulièrement. Elles ont donc un double aspect : faire respecter le langage universel et engager des transformations dans la pratique. Ainsi les activités sportives se modifient régulièrement en résolvant des questions d’une extrême finesse. Le sport se modifie dans le temps et témoigne de la permanence de l’inventivité humaine.

Nous sommes donc au cœur de la culture humaine. Les méfaits sportifs souvent pointés du doigt par les penseurs critiques confirment d’ailleurs la profonde implication sociale du sport dans notre société. Soulignons que les vives critiques sur les méfaits du sport sont omises dès lors qu’il s’agit d’autres domaines de la culture. Les phénomènes culturels ne sont que le reflet de la société dans laquelle ils se développent. Y aurait il un art ou une culture purs ?
Les activités physiques sportives et artistiques sont ainsi incluses dans le domaine culturel et de ce fait doivent être transmises comme patrimoine de l’humanité aux jeunes futures. L’homme est un être social qui vit des avancées réalisées par ses prédécesseurs. L’objet de l’école est d’armer l’individu à comprendre et connaître les réalisations humaines pour s’inscrire dans un continuum et participer ainsi à la poursuite de la transformation du monde (Cocteau)
Pour transformer le monde il faut le connaître.
L’école a, à notre sens, l’impérieuse nécessité de transmettre ces acquis culturels témoins de la richesse de l’invention humaine, de l’intelligence en acte.

Que transmettre et comment transmettre ?

Nous entrons à ce niveau de l’exposé dans des questions que l’école affronte en permanence et qui ne sont pas aisées à résoudre. Elles concernent le choix des disciplines scolaires et le choix des contenus d ‘enseignement (des exemples fameux peuvent être évoqués dans l’enseignement des mathématiques et dans l’enseignement du français).
En EPS, comme pour toute discipline scolaire il faut s’interroger sur les activités physiques sportives et artistiques, leur choix et leur traitement.
Dans le cadre de cette intervention je vais me contenter de réfléchir à une question qui m’anime actuellement. L’idée des pratiques de référence et leur nécessaire dépassement.

Les pratiques de référence 
Cette terminologie est fréquemment évoquée lorsque l’on aborde le choix des APSA à enseigner. Dans ce cadre il faut s’interroger sur ce qui fait référence. Les praticiens et chercheurs en EPS ont utilisés ce terme à partir des conflits théoriques opposant les didacticiens des disciplines technologiques aux didacticiens en mathématiques. La notion de savoirs savants (Chevallard) se discute en technologie ou les rapports aux savoirs scientifiques sont mal établis. Les références en technologie sont plus des savoirs de la vie courante que des savoirs savants. Les didacticiens de l’EPS se sont rangés à juste raison auprès des défenseurs des savoirs de référence
Les savoirs de référence sont en EPS les savoirs et pratiques des APSA. Comment sont ils analysés et déterminés ? Les ouvrages techniques sur les APSA sont souvent (presque toujours) liés à l’analyse de la pratique de haute performance. De plus ce sont les références du moment, les plus actuelles qui font loi. Fort de ces analyses les contenus à enseigner en EPS se déduisent majoritairement des ouvrages techniques. Il existe donc un véritable travail de transposition didactique des pratiques sportives à la détermination de contenus scolaires à enseigner.

Dépassement des références aux pratiques de référence
Nous estimons que l’emploi d’activités sportives de référence a trop focalisé la culture sportive sur la pratique de haut niveau de performance. Les mémentos FSGT (1975) portent par exemple cette orientation. Ils expliquent en avant propos (mémento Volley-ball) que la pratique sportive de haute performance est la pratique la plus accomplie d’un continuum allant du débutant au joueur international.
Cette idée de continuité est intéressante sur le plan culturel car elle inclut dans un même groupe d’intérêt tous les niveaux de pratique.
L’intérêt est double : inscrire les joueurs dans un continuum reposant sur la complexification des niveaux de pratique et inscrire l’activité dans un construit où les règles se créent sur l’existant pour que la motricité humaine s’affine sans cesse.

Cependant malgré ces aspects intéressants, les pratiques de référence dans leur formulation, sont très liées à la forme des pratiques du moment. Les pratiques de référence dressent une vision actuelle et sociologique des pratiques des APSA.
Cette dimension doit être dépassée pour donner encore plus d’assise et de profondeur à l’enseignement des activités sociales sportives en éducation physique et sportive.
Le dépassement consiste, à notre sens, à donner une dimension anthropologique aux pratiques sportives. L’anthropologie culturelle est l’étude de la constitution de la culture au cours des ans dans une société donnée. Ce qui construit une culture ce sont les opérations des hommes et la succession de leurs actions au fil du temps.
Une activité sportive doit être analysée en ces termes. Il s’agit donc de comprendre comment les sociétés successives se sont emparées d’un objet sportif le volley-ball par exemple et en ont fait les formes de pratique actuelle. Il faut donc de manière un peu caricaturale ajouter aux études sociologiques qui caractérisent les pratiques de références une dimension historique et anthropologique pour aller chercher le sens de la pratique humaine et l’orientation de ses évolutions.
Donner une dimension éducative aux activités sportives c’est pour nous dépasser la pratique actuelle pour saisir le sens social et historique que les hommes ont donné à ces jeux.

Avancer dans cette perspective (peu d’études investissent ces domaines) c’est s’appuyer sur les travaux de M.Mauss, R.Caillois et B.Jeu. C.Levi-Strauss, et A.Leroi-Gourhan, C’est réfléchir à ce qui anime les hommes lorsqu’ils s’engagent dans ces pratiques, lorsqu’ils les font durer, lorsqu’ils les transforment et lorsqu’ils les transmettent.
Quelle signification l’homme donne t il au Volley-ball, quels symboles s’y cachent, quels mythes s’y rencontrent ? Ces à ces questions qu’il faut tenter de répondre pour saisir le ‘’profondément humain’’ dans ces pratiques et donc ‘’le profondément culturel’’. Les travaux des auteurs cités font passer l’analyse des APSA du mode ‘’chirurgical’’ ou l’on découpe la pratique de ces activités pour expliquer comment il faut jouer, à une analyse chaude, vivante pleine de vie qui est le fondement de toute pratique humaine sur la longue durée.

Il faut donc revenir à la naissance des activités pour comprendre leurs fondements. Il faut ensuite analyser la dialectique évolution des règles, évolution du jeu, pour saisir ce sui perdure au fil du temps (ce à quoi on ne touche pas) et ce qui se modifie en saisissant les impasses, les erreurs, les rejets, les avancées…tout ce qui marque la présence des tâtonnements humains. C’est ainsi que se constitue une analyse anthropologique des pratiques sportives et que peut être donnée aux activités scolaires la charge émotionnelle profonde de l’APSA.

Cette analyse anthropologique des APSA n’est pas ébauchée…Elle est indispensable à conduire pour renouveler la vision de l’enseignement des APSA et passer à une transmission culturelle fondamentale des acquis de l’homme. Cette orientation redonnera à l’EPS un rôle essentiel de transmetteur de culture.

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