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Les horaires d’EPS à l’école primaire – Tentative d’état des lieux - EPS & Société

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La recherche ça questionne

Les horaires d’EPS à l’école primaire – Tentative d’état des lieux

Claire Pontais - 16 septembre 2020

Les besoins d’activité physique pour une personne sont chiffrés à 1 heure par jour par l’OMS, soit 7 heures par semaine. Toutes les enquêtes et rapports constatent que les horaires d’EPS prévus par les programmes scolaires (3 h par semaine) ne sont pas assurés...

En sont alors déduits des solutions, qui - suivant les visées politiques des acteurs – s’opposent. Pour les uns, il faut investir dans l’école (formation, équipements…). Pour les autres au contraire, sont avancées des solutions moins coûteuses comme « bouger 30 mn par jour » ou déléguer à des animateurs en substitution.

La réflexion qui suit tente de montrer que ce débat sur les horaires est souvent tronqué, biaisé faute de renseignements fiables, d’où des jugements hâtifs et des solutions simplistes. Elle se base sur des enquêtes (de 1970 à 2002), des rapports officiels (années 2000) et les quelques recherches qui s’intéressent à la question. (Toutes les références sont en annexe (PDF)).

Les horaires officiels

Depuis 2002, les horaires EPS sont de 108h années, soit 3 heures par semaine. Avant, depuis 1960, l’horaire d’EPS était de 5h hebdomadaires [1]. En 2008, N. Sarkozy a proposé 4h d’EPS par semaine, mais dans le même temps son ministre de l’Education X. Darcos diminuait le temps global d’école (semaine de 4 jours). L’horaire EPS n’a donc évidemment pas été augmenté.

Cette donnée est importante. En effet, le temps scolaire global n’a cessé de diminuer, passant de 27h à 24h en 2002, pendant que les exigences scolaires, elles, augmentaient. Cela a obligatoirement une incidence sur le temps consacré aux différentes disciplines. C’est ainsi que le moment dans l’histoire où l’horaire EPS est le plus élevé est la période 1990-95 quand la semaine est de 27h avec 5h d’EPS officielles, le tout assorti de mesures de formation et d’accompagnement conséquentes. (Enquête DEPP 1992-93 : 5% des classes ont entre 2 et 4h, 20% - de 2h (en baisse), 6% ont + de 4h (en baisse)).

Notons que malgré cette diminution globale, l’horaire EPS de 3h n’a pas bougé, ce qui témoigne d’une forme de légitimité de la discipline EPS à ce niveau de scolarité.

Les horaires réels : un manque de données fiables

Quel que soit les périodes, l’horaire officiel – inscrit dans les programmes - n’a jamais été assuré totalement. L’enquête DEPP de 2004 indiquait une moyenne de 2h12 par semaine, avec une disparité (36% : moins de 2h, 52% : 2 à 3h, 8% : plus de 3h ; 2h24 en GS de maternelle).
Cette disparité est une constante depuis les années 60. Parler de « moyenne » est donc peu pertinent pour qui cherche des solutions. Dans certaines écoles, l’EPS est le parent pauvre ; dans d’autres, elle est dynamique et les 3h sont assurées. Avec une différence notoire entre école élémentaire et maternelle (où il y a une séance quotidienne, des équipements dans l’école, pas d’intervenants).

L’enquête de 2004 est la dernière en date. Elle reste la plus fiable bien qu’elle comporte de nombreux biais, notamment celui de mélanger école maternelle et élémentaire et ne prendre en compte que la grande section (GS), alors que l’école maternelle (tous niveaux confondus) représentent un tiers des élèves en France.
Après 2004, de nombreux rapports se succèdent : enquête de Touchard (2007), rapports d’Inspecteurs Généraux (Rapport Loarer 2012, Rapport IG sur la réforme des rythmes, 2015), ou de parlementaires (Lecou 2012, Juanico-Degulhem 2016) et le rapport de la Cour des comptes en 2019.

Si les rapports de Touchard, Lecou, Loarer et Juanico-Deguilhem s’appuient sur l’enquête de 2004, ce n’est pas le cas du rapport sur la réforme des rythmes (2015) qui annonce un horaire EPS inférieur à 2h (1h58) sans expliciter la méthode de recueil de données, et encore moins la Cour des Comptes (2019) qui annonce 1h30 par semaine « selon le ministère » sans aucune autre indication sur ses sources ! On peut évidemment s’inquiéter devant de tels chiffres. Mais que sait-on vraiment ?

Le rapport Loarer (2012) nous semble un des plus honnêtes sur le sujet en avouant manquer de données d’enquêtes fiables :

« Les horaires :
Les horaires indiqués dans les textes officiels sont de 108 heures par an, ce qui équivaut à trois heures par semaine. La globalisation offre des possibilités de souplesse permettant l’adaptation à des contextes locaux. Peu d’enquêtes sont menées localement dans le but de connaître l’horaire effectif de pratique par les élèves dans le cadre scolaire. Ainsi, on salue parfois une « réelle dynamique pédagogique dans le domaine de l’EPS » tout en notant qu’« il n’existe pas d’indicateurs de l’effectivité des pratiques ». On évoque ailleurs un « enseignement laissé à l’initiative de chacun qui agit comme il veut, comme il peut ». En l’absence de chiffres fiables, ce sont les impressions qui dominent : « une heure trente à deux heures » ; « en général en deux séances par semaine » ; « le modèle dominant est de deux fois une heure, hors période de piscine »... Ces données, déjà en deçà des horaires obligatoires, ne correspondent pas nécessairement au temps effectif de pratique. Il s’agit souvent de la plage horaire réservée à l’EPS dans l’emploi du temps intégrant, chaque fois que nécessaire, le temps de transport vers des installations. Dans chaque département, une enquête sur ce thème des volumes horaires, croisant discours et pratiques effectives, devrait donc constituer une priorité qui permettrait de poser un diagnostic fiable.
Les observations réalisées par la mission permettent de dresser le tableau suivant. Le nombre d’heures d’EPS, dans l’emploi du temps d’une classe, est variable d’une école à une autre, la moyenne constatée étant proche de deux heures par semaine. Les trois heures demandées sont très rarement effectives. L’enseignant mobilise toutes les ressources qui lui sont proposées. Il utilise les différentes structures mises à sa disposition, de la cour d’école au gymnase communal. La mise en place de l’emploi du temps des élèves dépend donc du planning partagé des installations, les enseignants optimisant leur enseignement en se partageant les créneaux des infrastructures sportives de la collectivité considérée. En général, les séances sont courtes, environ 45 minutes. Cette durée rassure les maîtres mais il n’est pas certain, en revanche, que ce découpage soit pertinent dans la mesure où le bénéfice physiologique des activités nécessite un temps de pratique effective que les contraintes des déplacements viennent déjà amputer. Les horaires d’EPS sont généralement répartis sur deux créneaux dans la semaine et déterminés davantage en fonction des installations et des partenariats que du rythme de l’enfant ».

Le rapport Juanico-Deguilhem (2016) donne un renseignement, jamais mis en avant par ailleurs, bien qu’il soit connu : les horaires officiels sont de 3h, mais l’horaire maximum réel est de 2h45 en élémentaire et de 2h30 en maternelle du fait de la déduction du temps de récréation sur toutes les disciplines.

Autrement dit, l’horaire EPS est quasiment assuré à la hauteur demandée en maternelle, soit le tiers des écoles en France ! Il y a, par contre, un manque à gagner de 30 à 45 minutes en élémentaire.
Autrement dit, comme le notait déjà Y. Touchard (chargé de mission Dgesco) en 2007, « l’EPS n’est pas sinistrée. Elle est plutôt bien enseignée. Elle n’est pas suffisamment pas prise en compte par un certain nombre d’enseignants et de parents ».

L’apport des recherches universitaires

Deux recherches plus qualitatives se sont intéressées aux horaires d’EPS.

  • La recherche de G.Baillat (2000) porte sur la polyvalence. 86% des PE y sont attachés, mais paradoxalement déclarent être en difficulté pour enseigner l’éducation musicale (53%), les sciences (48%), les arts (47%), l’histoire-géo (45%), l’EPS (39%), les maths (35%). L’EPS n’était donc pas à l’époque, la discipline qui posait le plus de problèmes. Ceci est confirmé par le pourcentage d’enseignant.es qui déclarent n’enseigner personnellement aucune heure dans une discipline : 77% en LV, 26% en techno, 24% en éducation musicale, 15% en arts plastiques, 14%en sciences, 12,8% en géographie, 11% en histoire, 10% en EPS.
  • La recherche d’Aline Blanchouin (2015) apporte un éclairage particulier permettant d’envisager la question différemment. Dans une étude qui porte sur la journée de classe de l’enseignant polyvalent en classe de CP, elle constate que 64% du temps scolaire est consacré aux maths et au français (60% en 2004 selon l’étude d’Agnès Florin), et qu’il reste 20% pour toutes les autres disciplines. Dans ces 20%, l’EPS n’est pas la plus mal placée. Elle est assurée régulièrement, bien qu’elle soit contraignante en termes d’équipements, d’horaires et de déplacements. Les 16% restants sont consacrés des temps qu’elle nomme « temps proto-didactiques » qui sont incompressibles (temps pour apprendre à remplir son cartable, gérer la vie de classe , régler des conflits, etc.). Or, ce temps proto-didactique n’est absolument jamais pris en compte dans la conception des programmes ...

Besoin d’un véritable état des lieux

Pour avancer sur des bases partagées, nous avons donc besoin d’enquêtes fiables. Aujourd’hui, aussi incroyable que cela puisse paraître, selon les IG eux-mêmes, il est impossible de savoir combien d’enfants apprennent à nager à l’école (cf. le rapport sur les noyades 2019). De même, il est impossible de connaître le nombre d’intervenants extérieurs dans les écoles. La Cour des Comptes (2019) en a fait une estimation sur la base de l’enquête de 2007, qui elle-même comportait plusieurs failles (pas de distinction entre les intervenants natation / activités à encadrement renforcé et les autres APSA, pas de distinction maternelle/élémentaire, etc.).
Ce manque flagrant de renseignements sur l’état réel de l’enseignement réel de l’EPS à l’école primaire n’empêche cependant pas le ministère de l’Education Nationale, la secrétaire d’Etat à la jeunesse et aux sports, ou encore la responsable des JO de 2024 d’affirmer que l’EPS est mal enseignée et que la solution est de « faire entrer les clubs dans les écoles ». On sait que cette solution ne changerait rien au fond. Elle ne serait que substitution.

Augmenter l’horaire d’EPS relève d’une volonté politique explicite

Il ne s’agit pas ici de dire que l’EPS est enseignée à la hauteur des besoins dans le primaire. Mais le problème ne peut pas être réglé à coups d’injonctions du type « Bouger 30 mn par jour », et encore moins en proposant que des animateurs fassent le travail à la place de l’enseignant.e. La Cour des comptes l’a d’ailleurs a confirmé : « les interventions ne contribuent pas à accroître l’offre de formation sur le temps scolaire » (2019)
Dans le temps scolaire global de 24h, la marge de manœuvre pour augmenter l’horaire est faible. Pour être au plus près des 3 heures officielles, il faut :
Affirmer que l’EPS est une discipline fondamentale et conforter les 3 heures
L’insistance sur les seuls enseignements de français et des mathématiques exerce une pression sur toutes les autres disciplines. Le « Bouger 30 mn par jour » (soit 2h par semaine) avec des contenus très pauvres, est totalement contre-productif ...sauf pour ceux qui considèrent l’EPS juste comme un défoulement censé rendre les enfants plus disponibles pour apprendre ce qui est jugé plus important, et pouvant donc être déléguer à des intervenants extérieurs à l’école.

Augmenter l’horaire d’EPS relève d’une volonté politique explicite
Il ne s’agit pas ici de dire que l’EPS est enseignée à la hauteur des besoins dans le primaire. Mais le problème ne peut pas être réglé à coups d’injonctions du type « Bouger 30 mn par jour », et encore moins en proposant que des animateurs fassent le travail à la place de l’enseignant.e.

Pour que les enseignant.es donnent du sens à l’enseignement de l’EPS, l’institution doit les conforter dans l’idée que savoir nager, savoir courir longtemps, savoir danser, savoir jouer collectif, savoir s’orienter, savoir maitriser son corps, savoir maîtriser des objets… sont des savoirs aussi fondamentaux que ceux les autres matières pour le développement global des élèves et l’accès à une culture commune. Et ce que cela relève donc de l’Ecole et de leur rôle.

Doter les écoles d’équipements adaptés
Avoir une salle couverte, un grand préau, aménager la cour de récréation est déterminant pour pouvoir faire de l’EPS sans perdre de temps en déplacement. En maternelle, il ne fait aucun doute que le fait d’avoir une salle d’EPS (« salle de motricité ») dans la quasi-totalité des écoles permet des séances quotidiennes.
Aménager la cour de récréation doit se faire avec au moins deux objectifs : avoir un grand espace pour enseigner l’EPS (avec des tracés, etc) et un espace permettant de rendre la récréation plus active où garçons et filles peuvent jouer à égalité et en sécurité.

Développer le sport scolaire et les associations USEP
Le temps d’EPS est limité, de fait, à maximum 3 heures par semaine. Permettre la pratique sportive au sein même de l’école est un bon moyen de d’augmenter le temps de pratique des élèves et leur donner envie de pratiquer après l’école. Proposer un forfait USEP pour les enseignant.es volontaires (à l’image du forfait AS des professeurs d’EPS pour l’UNSS) ne peut qu’améliorer l’interface entre sport scolaire et sport hors-scolaire
Assurer la qualité de l’EPS

Au-delà de la quantité d’EPS, l’enjeu est d’offrir une éducation physique et sportive de qualité, et pour cela des mesures très concrètes s’imposent.

  • Donner des repères quantitatifs opérationnels aux enseignant.es, à savoir : 1 séance d’EPS par jour en maternelle ; 2 à 3 séances par semaine en élémentaire. Ceci pour tenir compte des réalités (ex : aller à la piscine prend du temps ; stabiliser ses apprentissages dans un jeu collectif déjà étudié peut se faire sur une séance courte).
  • Donner des repères qualitatifs sur les attendus de l’école primaire : sur le savoir nager, savoir courir, savoir danser, savoir jouer collectif, etc.
  • Développer la formation : l’EPS n’a pas été jusqu’à présent le parent pauvre de la formation initiale, comme on l’entend souvent dire. Cependant, les réformes successives ont dégradé l’ensemble de la formation des PE. Pour l’EPS, il faut a minima maintenir une épreuve obligatoire au CRPE et accorder 100 heures sur les deux années de master.
  • Développer la formation continue : pour tous les PE, dans les activités physiques, sportives et artistiques les plus couramment enseignées à l’école ; ainsi que des formations à dominante (prévues par la loi et non appliquées), de façon à avoir à terme un ou une enseignante référente EPS dans chaque école
  • Renforcer l’accompagnement de l’institution (IEN, CPC, CPD), et en particulier redonner du temps aux conseillers pédagogiques pour accompagner les professeurs des écoles et soutenir l’action des IEN en EPS.

Ces mesures ne sont pas utopiques, elles ont déjà prouvé leur efficacité, mais aucun ministère ne s’est soucié de les développer sur l’ensemble du territoire depuis les années 80. Ces mesures permettraient à l’Ecole de jouer son rôle éducatif et contribuerait à atteindre l’objectif des 7 heures de pratique physique par semaine fixées par l’OMS. C’est dans ce cadre renouvelé que pourraient être repensées les relations avec les collectivités territoriales et le mouvement sportif en complémentarité et non en concurrence. Restera alors à se préoccuper du temps hors scolaire qui, rappelons-le, représente une durée plus longue que le temps scolaire et est autrement plus inégalitaire.


NOTES

[1Avec deux exceptions : 6h en 1969, avec l’instauration du tiers-temps pédagogique et 5h30 en 1995 dans une période transitoire où les horaire arts et EPS ont été couplés.

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