Strict Standards: Only variables should be passed by reference in /home/epsetsoc/www/config/ecran_securite.php on line 283
Oser enseigner le basket-ball pour ce qu’il est ! Pour ce qu’il promet (...) - EPS & Société

Accueil > Ressources & contributions > Didactique et pédagogie > Oser enseigner le basket-ball pour ce qu’il est ! Pour ce qu’il promet (...)

regard

Oser enseigner le basket-ball pour ce qu’il est ! Pour ce qu’il promet !

Andjelko Svrdlin - 31 janvier 2021

Ce jeu a été inventé en 1891 par James Naismith, prof d’EP de l’université du Massachusetts pour que ses étudiants, joueurs de football (américain), s’exercent l’hiver dans un gymnase, élargissent et complètent leur éducation. Dès le départ, fut imaginé un jeu a contrario du football américain où l’adresse et l’agilité corporelle, au sol et en l’air seraient reines, à l’opposé de la force, de la violence.

Le basket ne peut être compris dans tout ce qui le compose et l’anime initialement que comme la volonté de matérialiser ses enjeux, son esprit ; de formaliser de nouvelles sources de joies, et aussi de frustrations. Bref de mettre en scène la signification humaine, l’imaginaire que porte l’invention de Naismith.
C’est tout le basket que nous proposons de revisiter à l’aune de cette hypothèse.
Le caractère extraordinaire de ce qui, par un usage peu instruit, instrumental ou mercantile, voire hypercompétitif, est devenu banal, doit être redécouvert, comme ce qui constitue matériellement le moteur émotionnel de ce jeu, la source de sa dynamique, ce qui y évolue, ce qui s’y crée.

L’espace de jeu, réduit, interpénétré qui exige adaptations comportementales (maîtrise énergétique et émotionnelle, vigilance et pertinence perceptivo/décisionnelles, acuité sensorimotrice, pensée pratique et réflexivité…).
Les effectifs, réduits et adaptés à la taille du terrain.
Les cibles, horizontales, hautes, réduites, qui se gardent par elles-mêmes, qui permettent aux joueur-se-s de développer des techniques défensives sur le porteur du ballon, communément appelées « contres », qui structurent et pilotent le déplacement et l’activité des joueurs.
Le ballon, assez grand mais pas trop, bondissant, apte à tous les jeux et créations de la main.
Les partenaires et les adversaires, les relations qu’ils, elles vont devoir établir, sécurisées mais rapides, l’évolution permanente du rapport de force, véritable matrice du jeu.
Le non contact, ADN du jeu, sorte de loi constitutive impérative qui ne peut se comprendre que si l’on a bien en tête la nature singulière et complexe de la cible et les conditions de la marque.
Le déplacement limité avec le ballon, signe du contrôle de soi, pendant obligatoire de l’espace de jeu.
Et voilà sans doute pourquoi plus de 650 000 adhérent-e-s à la Fédération française de basket-ball (FFBB), 400 millions de pratiquant-e-s dans le monde s’adonnent aujourd’hui à ce sport.
L’hypothèse est que l’analyse historique des pratiques de haut niveau jusqu’à aujourd’hui nous aidera à penser le rapport entre un cadre culturel, compétitif, hautement encadré par le règlement, en permanente évolution, et l’enseignement du basket en EPS et dans le cadre du sport scolaire.

Culture, développement et règles

Règle du jeu, jeu avec la règle
La règle a une place essentielle dans le façonnement du jeu. Elle créele jeu et garantit une pratique commune et authentique. Elle est par nature vivante, donc mortelle et évolutive, libératrice et développementaliste, bref émancipatrice ! Elle induit l’activité des pratiquant-e-s au travers des déconstructions/reconstructions comportementales qu’elle impose à chacun-e. Elle propose de s’émanciper du quotidien corporel au profit d’un autre, extraordinaire, fait de pouvoirs nouveaux d’agir, inscrits dans une nécessaire stratégie d’apprentissage alliant « élémentation1 » et complexifications croissantes.
La règle donne la signification et les buts communs de l’activité. Elle est au sens fort essentielle et constitue un outil tant pour celui, celle qui fait apprendre que celles et ceux qui apprennent. Il n’est pas contradictoire d’affirmer son essentialité et simultanément d’en faire une variable didactique essentielle. En effet, toutes et tous doivent oser jouer avec la règle pour faire apprendre et apprendre, parfois même se jouer d’elle… dans l’esprit du jeu, pour progresser plus vite et mieux. La règle est bien sûr adaptée aux diverses ressources des élèves.

« Nous optons pour un basket scolaire à effectifs réduits sur un espace réduit et interpénétré, des cibles adaptées (hauteur modulable) »

Qu’est ce que le basket contemporain ?

L’Amérique, un basket de l’exploit individuel
S’il y a le basket, il y aussi des baskets. Le modèle mondialement dominant est celui de la National Basketball Association (NBA), masculine, et de la Women’s National Basketball association (WNBA), féminine. Il est basé sur l’exploit individuel y compris dans le règlement qui, historiquement, favorise le un contre un. La défense de zone y est une hérésie, les aides défensives prohibées, le marcher lors du départ en dribble toléré. Et avec la dimension athlétique, on obtient un jeu spectaculaire. Dès l’entre deux guerres, les joueurs afro-américains ont joué dans leur propre championnat en raison de la politique ségrégative et raciste en place alors aux USA, ils pratiquèrent un jeu basé sur le fast break (contre attaque) et le jump shoot (tir en suspension). Le jeu des ghettos a inondé le monde. Depuis une trentaine d’années un phénomène similaire se développpe, un autre basket, le 3 contre 3, sur demi-terrain, une seule cible, appelé aussi « streetball », favorisant la prise de responsabilité et l’attaque de la cible. Aujourd’hui, cette forme de jeu est institutionnalisée.

L’Europe
Un décalage existe entre NBA et le reste du monde, l’Europe notamment, à travers la dialectique attaque/défense, source à la fois de l’évolution du règlement et de la recherche tactico-technique. Si le marcher est depuis cette saison assoupli, uniquement lors d’une réception en mouvement permettant une nouvelle accélération du jeu, la zone (on défend un espace contrairement à la défense individuelle), existe toujours en défense et peut présenter un atout tactique ponctuel. Les libertés défensives collectives sont totales notamment les aides et autres rotations défensives pour aider le défenseur sur le porteur du ballon. Tout est une affaire d’adaptation, des joueur-se-s et des équipes.

Des basket-ball ou le basket-ball ?
Au delà des cultures différentes se profile une culture commune du basket qu’il convient de révéler, de formaliser pour en dégager le meilleur pour nos élèves. Ce qui leur permettra à l’issue de leur scolarité d’investir tous les baskets possibles. La diversité des formes de jeu n’est pas contradictoire avec l’esprit d’un basket universel ouvert à chacun-e. Sous réserve bien sûr que les différences relèvent d’une saine émulation productrice de richesse et non d’une sombre recherche d’hégémonie culturelle. Si depuis l’autorisation donnée aux joueurs de la NBA de participer aux jeux olympiques (JO de 1992) et autres championnats du monde, nous assistons à un rapprochement des deux « mondes » et des différentes cultures, n’y-a-t-il pas un risque d’uniformisation ? En fait les joueur-se-s étrangers arrivant aux USA ou en Europe s’adaptent aux exigences réglementaires, médiatiques et commerciales propres au basket américain ou européen. Le danger est moins d’ordre culturel que financier, venant d’un sport exclusivement piloté par l’argent, devenant bien privé et perdant donc sa qualité de bien public. L’influence croissante de la NBA sur la FIBA, à propos de l’évolution des règlements internationaux, en est un indice inquiétant.

Des choix pour l’école

Nous optons pour un basket scolaire à effectifs réduits sur un espace réduit et interpénétré, des cibles adaptées (hauteur modulable). Le 3X3 est un dispositif didactique (moyen et non fin) imposant la prise de risque, de décision, l’engagement vers la cible dans un temps contraint. Oser tirer est pour nous une des visées du basket scolaire. Il n’y a pas de démocratisation du basket sans accès égal dans le jeu de toutes et tous à la marque. Une marque la plus authentique possible, qui respecte l’originalité de la cible, qui ne triche pas avec son imaginaire. Bref, un basket émotion, source de production de soi, donc de possible dépassement, à terme, de création. Dès le début de l’apprentissage, l’organisation de l’espace, du règlement, doit permettre un jeu rapide vers la cible. Toutes, tous les élèves sont capables, avec des niveaux de performance différents, d’aller vers ce basket, d’adhérer à sa signification, à ses buts, son type d’activité propre. Comme elles, ils peuvent s’inscrire consciemment dans un cadre stratégique choisi, cohérent et explicite. Comme encore chacun-e a la capacité de se familiariser avec la langue, le langage, les signes, bref de lire et de comprendre la signification de ce qui se joue dans le jeu de basket.

« Les pratiquant-e-s doivent construire très rapidement la technique du tir en course, réponse efficace pour être à la fois précis-e, marquer vite et plus que les adversaires. »

L’EPS comme « technologie culturelle [1] »

On sait la difficulté d’aborder ainsi la question des contenus en EPS. La technique y est toujours « maudite [2] », même institutionnellement. Pourtant elle est une activité humaine supérieure, anthropologiquement fondée, historiquement et socialement construite, accumulée, transmissible, donc source d’une activité personnelle de ré-appropriation critique4. Apprendre à jouer au basket passe par le développement d’une activité technique individuelle et collective pilotée par les problèmes tactico-techniques essentiels qu’il pose. Cela dans un cadre collectif où chaque décision/réalisation du joueur résonne pour le collectif comme un indice adéquat ou non de l’activité en cours. Ces visées doivent aussi s’appuyer sur ce que nous proposent de plus riche et de plus émancipateur les évolutions du basket. Elles supposent toujours que l’enseignant-e fasse des choix de contenus, de méthodes, de valeurs. Par exemple, si l’on considère que jouer vite est une exigence d’un point de vue développementaliste, les pratiquant-e-s doivent construire très rapidement la technique du tir en course, réponse efficace pour être à la fois précis-e, marquer vite et plus que les adversaires. Autre exemple du tir d’adresse à distance, le tir à « une main », qu’il faut lui aussi installer vite, manière indispensable pour que le ballon arrive d’en haut sur une cible horizontale malgré la pression temporelle qui pèse sur les joueur-se-s.
L’apparence d’un jeu aérien est à déjouer. Partie visible du jeu, spectaculaire et donc attrayante, le jeu aérien n’est que la conséquence du jeu au sol. La qualité des appuis au sol permet et explique l’agilité aérienne, le départ en dribble efficace dans le rapport du un contre un, le pivot, le bon déplacement défensif, comme encore la réussite du tir en course.
Concernant le couple attaquant porteur du ballon/défenseur, il faut rappeler le droit du défenseur de « piquer » le ballon sous condition qu’il ne viole pas le cylindre (espace vertical au dessus des appuis) de l’attaquant. Dans le cadre de ce rapport de forces, l’action de pivoter devient un moyen efficace pour à la fois protéger le ballon et envisager une action offensive (départ en dribble, passe, tir).
De véritables apprentissages techniques sont possibles sous condition qu’il s’agisse de choix limités, cohérents par rapport au jeu recherché. Ces mêmes choix permettront, tout en garantissant un authentique cadre culturel, de présenter une véritable pratique scolaire, culturellement fondée.

Quelle place de la culture basket en EPS et dans le sport scolaire ?

Paradoxalement, dans le jeu du haut niveau,malgré un certain niveau de complexité que l’on rencontre, la conceptualisation du jeu se simplifie en raison de la pression physique et psychologique exercée, puis en raison d’un nombre important de paramètres à gérer. Les entraîneurs, malgré leurs différences, se tournent vers des formes de jeu où les joueur-se-s ont de nouveau des possibilités de s’exprimer de manière créative, avec des initiatives nombreuses et variées. Cette apparente simplification en réalité permet l’apprentissage, par l’entraînement, « de la maitrise globale de la situation de réalisation en n’excluant aucune composante de l’activité du sujet »  [3]. Le jeu ouvert, libre, répondant à une maîtrise technique libératrice semble être la voie de progrès.Les exigences nouvelles (plus de vitesse, plus de pression défensive…) suscitent l’apparition de nouvelles techniques. Le basket en EPS doit pouvoir suivre la même évolution car on ne peut décréter par avance que certaines voies de développement sont interdites à nos élèves.
Si « s’entraîner en EPS, c’est entrer dans un processus de construction du sens »  [4], alors il s’agit de proposer aux élèves des cycles d’entraînement organisés par des situations authentiques :
des situations de jeu avec des règles et des effectifs permettant, à la fois, une certaine densité de joueur-se-s mais aussi des espace de créations (jeu de contre attaque, jeu en un contre un…), des situations de tir afin de gagner en adresse (indispensable si nous voulons accéder à une réelle adresse au lieu des adaptations pseudo bienveillantes), des situations d’opposition dans lesquelles l’élève travaille sa dextérité avec le ballon.

Le basket a besoin des passionné-e-s. Son histoire a montré que son développement passe par des pratiques et des règlements vivants, changeants. Tout l’enjeu est de ne pas perdre le jeu et sa richesse.
L’EPS, étude des APSA, est le cadre qui permet, à la fois des apprentissages choisis, ciblés mais aussi un développement capacitaire. Le glissement vers une primauté des compétences méthodologiques et sociales sans articulation forte aux savoirs technologiques est une voie où l’EPS perd sens et signification sociale.
Le basket scolaire est encore l’occasion de lancer des milliers de jeunes dans l’aventure sociale de ce jeu, d’affirmer comme le souhaitait Annick Davisse dès 1997, une EPS à « finalité culturelle forte ».

Cet article est paru dans le Contrepied Basket (hors-série N°22 - Oct 2018)


NOTES

[1 G. Vigarello.Une technique assumée est une technique qui libère !
EPS et Culturamisme, Revue Contre Pied, juin 2018.

[2 R. Garassino. La technique maudite. Tentative de réhabilitation de la technique en EPS. Revue EPS n°164, janvier 1980

[3P. Goirand, À propos d’entraînement en EPS, EPS et culturalisme,
Revue Contre Pied, 2018.

[4P. Goirand, op. cit.

Pour continuer ...
Des pratiques

Le sport au défi de la logique inclusive. L’exemple novateur du Baskin

Alexy Valet - 28 avril 2015

À l’occasion de la présentation du Baskin, un nouveau sport collectif conçu pour permettre une pratique partagée entre des personnes dites « valides » et d’autres « handicapées », Alexy Valet [1]}, Docteur en STAPS, questionne une norme sportive qui sépare les pratiquants en différentes catégories et entrave la participation des plus faibles. Il montre les effets possiblement pervers de règles spécifiques, critique une tendance intégrative basée sur l’assistanat, et décrit le Baskin comme une recherche d’équilibre entre l’individualisation des règles et leur uniformisation.