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Pour une critique culturelle, didactique et technique des programmes de savate-boxe française en EPS

Jean François Loudcher - 20 octobre 2015

La savate-boxe française (de même que l’EPS) n’a pas évolué en fonction de l’unique finalité sportive moderne. Pourtant, ...

c’est la seule retenue dans les programmes [1]. En la positionnant dans la CP 4, son héritage multi-culturel qui la classerait dans d’autres CP est oublié.
Ce parti pris révèle la difficulté à penser cette discipline (et l’EPS) dans le cadre d’une réelle démarche culturelle.
Tout d’abord, l’histoire de cette discipline est biaisée. La vision déterministe [2] (partir de la « fin » pour « montrer » une logique évolutive) offre, en sélectionnant les « bonnes » informations, une légitimation « naturelle » de la forme sportive. En outre, cette reconstruction historique est contraire à la formation de l’esprit critique conduisant à relativiser cette élaboration. En réalité, accepter d’autres cultures corporelles permettrait de combattre l’idée qu’une seule forme de pratique (incluant les démarches pédagogiques) doive être enseignée : elle n’est pas la « meilleure » parce qu’elle domine ! Ce reproche, souvent effectué dans les rapports d’Ecrit 1, est fondamental pour enrichir la pratique professionnelle.
Mais faire une « bonne histoire » ne doit pas se résumer à un « devoir de mémoire » réservé uniquement à l’épreuve écrite. Elle peut, en se référant à des modèles de pratique souvent considérés comme des reliques du passé, tout à fait s’inscrire dans une démarche culturelle vivante innovante [3]. Il ne s’agit pas, par exemple, de refaire la méthode de Joinville, mais bien de pouvoir la comparer avec les activités de combat-fitness. Or, les APSA « anciennes » sont des « moyens » éducatif à condition de les ancrer socialement et culturellement, c’est-à-dire de penser leur « identité » dans le cadre d’une réflexion historique bien menée. Ainsi, traduire sous la forme de démarche pédagogique « l’identité » d’une savate/boxe française construite dans la controverse nécessite de pouvoir ouvrir à d’autres cultures corporelles comparables. Or, boxe anglaise, boxe américaine, boxe thaï ou même au karaté (idem pour la lutte et le judo) sont inexistant dans ces programmes.
Cet « oubli » du législateur révèle un repli culturel dû à un contexte de peur social et de mondialisation qui, manifestement, n’est pas sans rapport avec le manque de confiance en soi des élèves dénoncé par les dernières enquêtes PISA…. Il pointe aussi la difficulté à penser « l’identité » de cette discipline de manière réellement culturelle en intégrant des réflexions « techniques » et didactiques bien menées [4]. Ainsi, les 4 niveaux proposés dans les programmes de savate sont incohérents. « Rechercher le gain d’un assaut en privilégiant l’enchaînement de techniques offensives et défensives variée » [5] est un objectif de niveau 2 que doit rechercher tout entraineur de haut-niveau en assaut [6]. En outre, ces programmes révèlent une fragmentation et une multiplicité des sous-objectifs en termes de capacités, de connaissances techniques, etc., dont la prise en compte s’avère difficile pour l’enseignant risquant d’oublier ainsi l’élève. Il s’avère essentiel de ne retenir que des objectifs-clefs pour chaque niveau. Par exemple, délivrer correctement un direct ou un fouetté n’est pas important dans un premier temps, c’est un moyen de construire une posture et une distance de garde [7].
En réalité, c’est toute la démarche classificatoire qu’il faut réviser afin d’éviter une programmation et un enseignement sclérosant, privilégiant l’assaut au duo ou à la production de formes en tant que pratique évaluative, voire formative. La classification par compétence suppose une approche transversale qui devrait permettre de différencier les modalités de pratique en fonction de finalités clairement exprimées. Bref, une réelle approche culturelle !


NOTES

[1BO spécial n°4 du 29 avril 2010.

[2 J’insiste particulièrement sur ce point en tant que membre du jury.

[3Un projet de recherche est en cours dans le cadre d’un partenariat avec le laboratoire C3S.

[4Loudcher J.-F., Faget E., « Stratégie, tactique et technique : de leur définition à leur exploitation didactique », Revue EPS, décembre 1999.

[5BO spécial numéro 6 du 28 aout 2008.

[6Avec les collègues de jury de Vichy, on ne manquait pas de se moquer de ces programmes qui « font » de l’élève, un « champion du monde » en deux ou trois cycles.

[7A ce sujet, je ne peux qu’insister encore une fois sur l’absolue inutilité de faire le célèbre jeu de « pique-pince à linge » ou assimilé au niveau débutant. En effet, le problème est inversé et, plus qu’une SRP (Meirieu), c’est un problème insolvable qui est proposée, il faut une distance de garde ainsi qu’une posture de garde stabilisée (cf. mes différentes productions dans la revue EP.S) afin d’être capable de prendre la pince à linge de manière précise et sans danger alors que, bien au contraire, l’inter-action du jeu et ses émotions ne permettent pas de construire cette distance et posture de garde. Plus même, cet exercice est DANGEREUX car les protagonistes risquent de se jeter l’un contre l’autre et d’atteindre les yeux avec les doigts malencontreusement. Cette situation est réservée pour les boxeurs d’un niveau 2 au moins.
Je suis assez étonné de voir qu’elle est encore largement enseignée dans les écoles de cadres ou lors des stages de formation professionnelle continue sans cette réflexion (cf. le manifeste pour un traitement didactique des activités de combat. http://snepfsu.net/manifeste/wp-content/uploads/2013/05/traitement_didac_APS_combat.pdf).
Il manque réellement un traitement culturel de la programmation didactique en EPS.

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