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Quelle place donner à un.e élève intersexe ou transgenre en EPS ?

Oriane Marcon, formatrice à la faculté des sports de l’Université de Poitiers, - 8 juillet 2021

Le milieu sportif, tout comme celui de l’EPS, est organisé par la bi-catégorisation "fille/garçon", au sein de laquelle certaines personnes, certains élèves, peuvent de se retrouver « hors catégories ». Oriane Marcon, formatrice à la faculté des sports de l’Université de Poitiers, aborde la question des élèves inter-sexes et transgenres en EPS. Elle pose la question d’une trans-formation de l’EPS.

À l’heure où la bi-catégorisation sexuelle touche à ses limites dans le monde sportif, en témoigne l’affaire Caster Séménya, ou plus récemment l’affaire Aminatou Seyni qui ne pourra s’aligner au 200m des JO de Tokyo, ou encore outre-Atlantique, l’arrêté du sport universitaire interdisant la pratique sportive des personnes transgenres [1], les réflexions éducatives sur ce sujet semblent encore étrangement absentes du monde de l’EPS…

En effet, si les acteurs de notre discipline se plaisent souvent à dire que l’EPS est la discipline par excellence du corps dans le milieu scolaire, est-il réellement question de tous les corps et de tous nos élèves ?

Le milieu sportif, tout comme celui de l’EPS, ne s’est-il pas « enfermé » dans dichotomie fille/garçon, au sein de laquelle certaines personnes, certains élèves, risquent de se retrouver « hors catégories » ?

À l’image de la fédération Française de Rugby, qui vient d’annoncer le 17 mai 2021 la possibilité pour les personnes trans-identitaires de genre, de pratiquer sous certaines conditions dans ses compétitions (notamment pour la catégorie féminine), il semble que le sujet soit bien d’actualité…

Avant de poursuivre sur le sujet, il convient de clarifier quelques notions indispensables à la discussion.

De quels élèves parlons-nous alors ? Si le fait de les nommer en tant que tels, peut déjà être perçu comme une forme de discrimination et de mise à l’écart, nous allons tout de même nous autoriser l’emploi du terme « intersexes » afin d’être un peu plus précis.
Selon Amnesty International, « Le terme inter sexuation est un terme générique utilisé pour désigner un large éventail de variations naturelles qui affectent les organes génitaux, les gonades, les hormones, les chromosomes ou les organes reproducteurs. Ces caractéristiques peuvent être visibles à la naissance, apparaître seulement à la puberté, ou encore ne pas être apparentes du tout sur le plan physique. »

Ainsi, nous pouvons donc accueillir dans nos classes, des élèves avec un sexe chromosomique (XX, XY ou encore XXY) avec des organes sexuels naturels, qui ne correspondent pas à ceux habituellement connus : à savoir un caryotype XX et un vagin, un caryotype XY et un pénis dans la plupart des cas. Il faut souligner ici la différence entre « inter sexe » et « transgenre ». En effet, une personne transgenre est une personne qui adopte une identité de genre différente de son sexe biologique de naissance. L’intersexualité concerne l’aspect biologique du corps et du sexe, quand la transsexualité concerne le genre et la construction sociale identitaire de la personne.

L’intersexualité concerne l’aspect biologique du corps et du sexe, quand la transsexualité concerne le genre et la construction sociale identitaire de la personne.

De combien d’élèves parlons-nous alors ? Les études oscillent entre 1,7 et 4%, c’est souvent le chiffre de 1,7% qui est retenu. En admettant que cela ne concerne qu’1,7% de nos élèves, avec toutes les précautions que les chiffres sur cette question assez tabou implique, cela représente tout de même un nombre considérable d’élèves. De plus, d’après les Droits de l’homme et personnes intersexes [2] par le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, il y aurait à l’heure actuelle 88% [3] des grossesses interrompues lorsqu’une variation 47, XXY serait détectée… et en parallèle 2000 interventions par an pratiquées à l’hôpital Necker [4] post-naissances.

Ainsi, la simple bi catégorisation semble bien « dépassée »

Ainsi, la simple bi catégorisation semble bien « dépassée », et actuellement, il est possible dans de plus en plus de pays, comme en Australie depuis 2014, au Népal depuis 2011, ou plus récemment chez nos voisins européens du Danemark, d’Autriche ou d’Allemagne, d’indiquer la catégorie « neutre » ou « autre » sur ses papiers d’identité par exemple.

Malgré cela, le monde sportif, notamment par le biais de certaines règles, tel que le règlement du World Athletics, persiste à exclure certaines athlètes si leur taux de testostérone est supérieur à 5nmol/L de sang.

Pour autant, cette réflexion, cette prise en compte de l’hétérogénéité des sexes et des corps des élèves semble relativement discrète, pour ne pas dire inexistante des débats de la discipline, qu’il s’agisse des élèves intersexes ou des élèves transgenres. Pour certains champs d’apprentissages, notamment le CA1, les barèmes de performance restent bien souvent divisés en deux catégories. Quelle place donner à un-e élève intersexe ou transgenre ? Si la question se pose à l’échelle du sport de haut niveau, elle se pose forcément à l’échelle de l’EPS, sensée s’adresser à l’ensemble des élèves de chaque génération…où sont donc ces élèves ? ces étudiants ? Sont-ils les fantômes silencieux d’une situation complexe ?

Plus pragmatiquement, au niveau structurel de nos équipements, nous retrouvons déjà cette division à la fois sur le sexe et sur le genre. Quel vestiaire attribuer à un élève transgenre ? Le caractère non mixte de nos vestiaires n’est-il pas un témoin de l’hétérosexualité imposée implicitement comme la « norme » sexuelle, portant la confusion entre les différentes notions, sexe biologique, genre et sexualité [5], qui se déclinent sous de multiples formes ? N’est-ce pas un témoin de la difficulté, dès l’entrée en cours, pour prendre en compte tous nos élèves dans toutes leurs différences ?

Bien souvent, l’argument entendu est l’iniquité dans les évaluations ne faisant pas de différence entre les filles et les garçons, pourtant certaines études récentes montrent que ces différences tendent à être réduites dans un contexte similaire d’entraînement ou en cas de haut niveau de pratique, ce qui atténue les différences construites socialement [6].

Par ailleurs, l’équité semble un idéal quelque peu utopique, si nous lui attribuons uniquement le caractère sexuel, qu’en est-il des différences de tailles, de poids, ou de nos caractères physiologiques propres ? Ces différences ne saurait-être annulées par la seule détermination d’une catégorie de pratique !

Face à ce constat, il nous semble que cette double catégorisation appartient davantage au passé qu’à l’avenir de la pratique sportive et scolaire, au risque de rester discriminante et génératrice de conduites stéréotypées. D’ailleurs, plusieurs pratiques sportives, historiquement sexuellement marquées, ont déjà commencé à évoluer. Ainsi, depuis, il existe des duos de natation synchronisée mixte, ou depuis les championnats d’un relais 4*400m mixtes avec le choix de l’ordre des relayeurs, ce qui témoigne d’une certaine évolution de la façon d’envisager la pratique via le critère sexuel, et qui amène aujourd’hui à réfléchir dans une perspective inclusive, en témoigne la dernière décision de la Fédération Française de Rugby.

Néanmoins, le champ des discussions est encore confidentiel, tant au sein des formations, que sur le terrain. Pourtant, dans une optique de « lutte contre les discriminations », de construction du « vivre ensemble », comment envisager de fermer les yeux sur cette réalité sociale ? sur l’existence de ces élèves, ces étudiants, qui à l’instar de ces athlètes, se retrouvent possiblement mis sur la touche ?

Est-ce le message que nous souhaitons faire passer à nos élèves, au risque d’ancrer un mépris, un dégoût pour un corps en marge de la norme sociale au détriment d’une tolérance, d’une acceptation de tous ?

La question mérite certainement d’être posée et envisagée à l’aide de différents éclairages scientifiques afin de proposer des pistes de solutions pour l’avenir…


NOTES

[1Article Ouest France (Publié le 02/06/2021), Le gouverneur de Floride interdit les compétitions sportives scolaires aux femmes transgenres

[3KRAUS C., PERRIN C., REYS., GOSSELIN L. & GUILLOT (2008) d’après « Démédicaliser les corps, politiser les identités : convergences des luttes féministes et intersexes », Nouvelles Questions Féministes, vol. 27, n° 1, p. 12. repris par GOSSELIN LUCIE, 2011 « Internet et l’émergence du mouvement intersexe : Une expérience singulière », Blackless M, Charuvastra A, Derryck A, Fausto-Sterling A, Lauzanne K, Lee E. « How sexually dimorphic are we ? Review and synthesis ». Am J Human Biol, 2000.

[4LE MENTEC MATHIEU (Jeudi 12 mai 2016 ) Comptes-rendus de la délégation aux droits de femmes du Sénat – Les enfants à identité sexuelle indéterminée – Table ronde

[5DORLIN ELSA (2018) Sexes, genre et sexualités, Éditions PUF

[6VIGNERON CÉCILE (2009) Thèse – BALTHAZARD & TOUSSAINT (2019), L’évolution du sport féminin : où placer la limite entre hommes et femmes ? publié sur The Conversation

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