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Renforcement musculaire : représentations et réalités - EPS & Société

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Renforcement musculaire : représentations et réalités

Michel Pradet - 16 avril 2020

Michel Pradet est professeur d’EPS, à l’INSEP, puis à l’UFR STAPS de Montpellier, BE 3e degré d’athlétisme, et auteur de nombreux ouvrages sur l’athlétisme et la préparation physique (en milieu fédéral et en EPS). Il propose une musculation intégrée à l’apprentissage de chaque APSA enseignée.

Lors du séminaire du Centre ePs et société de juillet dernier, tu as indiqué que « la musculation n’est pas une aPsa »

Pour moi, la musculation n’est pas une APSA au sens strict du terme. Ce n’est pas une APSA parce qu’une activité physique sportive est régie par au moins quatre obligations, comme l’indiquait Parlebas dès 1967 : une fédération, un système de compétition, un règlement et un engagement moteur, or ces points ne figurent pas tous dans la mise en œuvre de la musculation.
La musculation est davantage une technique d’intervention. A ce titre, elle est davantage quelque chose de transversal qui apporte un bénéficie dans toutes les APSA.
A condition, bien sûr, d’en connaitre les règles de fonctionnement, les avantages et les limites.

Les avantages ?

Les avantages sont largement connus.
Ils permettent une augmentation du potentiel nerveux et musculaire de celui qui s’y soumet, et cela à un niveau que ne permettrait pas d’atteindre la seule pratique unique d’une APSA. La pratique du renforcement musculaire permet une meilleure connaissance et maîtrise des « postures efficaces et protectrices » (Pradet, 1996), et permet aussi un renforcement de tous les éléments ligamentaires tendineux et osseux qui limitent les blessures liées à la pratique physique.

Les limites ?

Comme toutes les pratiques efficaces, elles nécessitent une bonne connaissance des règles de fonctionnement pour ne pas aller à l’encontre des effets recherchés. Donc, il est absolument nécessaire qu’elles soient adaptées ((Le choix d’utiliser l’écriture épicène dans cet entretien pointe que la musculation tel que je
la conçois n’est pas réservé qu’aux garçons. L’enseignement de la musculation est trop souvent caractérisé par une forte valorisation des modalités de pratiques stéréotypiquement attribuées aux garçons. C’est une pratique pour tout le monde.)) aux possibilités des pratiquant·es. Que celles et ceux-ci soient capables de comprendre et de concevoir les méthodes qu’ils et elles emploient pour qu’elles correspondent réellement aux objectifs poursuivis. Cela passe par la maîtrise de ce qu’on appelle les charges de travail, qui incluent cinq paramètres :

  • L’intensité du travail qui passe en musculation souvent par la maîtrise des charges additionnelles utilisées,
  • la durée de l’effort à fournir : nombre de répétitions dans chaque série, - la durée des récupérations,
  • a nature de ces récupérations
  • et la quantité générale du travail effectué
    (Pradet, 1996).

« cessons nos représentations erronées sur le renforcement musculaire pour en faire un véritable facteur de santé ! »

Quelles sont les conséquences pour toi sur les savoirs et qu’est-ce que cela peut entraîner dans la programmation ?

Partant de ces principes, je conçois plus la musculation comme intégrée dans les autres APSA, alors que la pratique de l’APSA la plus en regard de cette logique, l’haltérophilie, peut, elle, être inclut dans un cycle complet et identifié. Les savoirs, pour moi, doivent associer nécessairement les connaissances que l’on vient d’évoquer, mais aussi, est surtout la recherche d’une véritable mise en œuvre de celles-ci, seules capables de permettre aux élèves de réellement se les approprier.

L’intérêt de la musculation intégrée dans une aPsa dans l’enseignement de l’EPS ? Dans ce que tu as pu percevoir dans les pratiques, qu’est-ce qui te semble le plus judicieux ?

Sans remettre en cause les programmes d’EPS, je pense que la musculation devrait être enseignée dès le collège car contrairement aux représentations qu’on a encore trop souvent, elle est loin de se limiter à la seule utilisation des charges additionnelles. Quand les élèves font des abdominaux, par exemple, ne font-elles·ils pas déjà de la musculation ? Or, les élèves en font déjà au collège ! Je pense aussi que la négligence que l’on observe vis-à-vis de ces pratiques, vient des représentations que l’on a sur elles ! Pourtant, les effets étant perceptibles à court terme, cela serait certainement un moyen, non négligeable, à la fois pour générer de la motivation et éviter le syndrome de l’éternel débutant, si souvent évoqué.
Ce qui me semblerait judicieux, serait d’inclure ou d’insérer des savoirs de musculation dans tous les cycles d’APSA, en particulier, dans les séquences d’échauffement qui d’ailleurs, me semblent trop souvent réduites à leurs plus simple expression. D’autre part,
il conviendrait plus précocement de programmer un ou plusieurs cycles d’haltérophilie dans un premier temps pour maîtriser les postures et les techniques gestuelles, de lever-porter, pourquoi pas dès le collège, qui seraient des pré-requis indispensables lorsque viendrait le temps d’adopter des charges additionnelles. L’utilisation de celles-ci pourrait davantage être utilisée au lycée pour mettre en évidence les différents effets que peut avoir la pratique de la musculation, soit pour jouer sur la santé des pratiquant·es, sur la prise ou la réduction du volume corporel ou sur l’augmentation de la force.

En définitive, quels sont les savoirs clés à enseigner aux élèves ?

Déjà, dans un premier temps, une simple prise de conscience que le développement de la force est un objectif pluri-factoriel et qu’a minima il sollicite, certes, tout le système musculaire corporel, mais peut être encore davantage l’amélioration du système nerveux.

On obtient, par exemple, une amélioration conséquente de la puissance musculaire par la simple pratique d’exercices de vitesse. Comme les méthodes de développement de ces deux paramètres sont assez distinctes, il convient que les élèves à un premier niveau de pratique, par exemple, soient capables de les identifier. De façon concomitante, la maîtrise des placements corporels, en particulier dans toutes les techniques de lever-porter devraient être enseignées, même si le plus souvent elles seraient initiées en utilisant le plus souvent, la simple charge représentée par le poids du corps.

Le troisième aspect qui me semble indispensable résiderait dans la connaissance et la mise en œuvre des différentes méthodes de renforcement musculaire pour mettre
en œuvre un « thème d’entraînement motivé par le choix d’un projet personnel » (MEN, 2019). Enfin, il me parait incontournable, que les élèves soient capables en particulier d’ajuster les charges à mobiliser en adéquation avec les ressources dont les filles et les garçons disposent et l’évolution de celles-ci.

Pour un développement performatif des « qualités physiques » dans le milieu scolaire Qu’est-ce que cela suppose ?

Ce que je constate c’est qu’il me semble que la profession a une inquiétude vis- à-vis des effets qu’elle peut obtenir sur l’amélioration réelle de la motricité des élèves et tout particulièrement sur le développement des qualités physiques de celles·ceux-ci. Ce constat, me semble pourtant très pessimiste au regard des effets qu’on pourrait obtenir en consacrant davantage du temps qui nous est imparti à la sollicitation réelle de la motricité en acte des élèves. L’amélioration des qualités physiques (dont la force n’est que l’un des constituants) est pourtant d’autant plus aisée à obtenir si on l’aborde précocement, et en s’y consacrant avec beaucoup de régularité, même sur des durées réduites.
Il vaut mieux, pour obtenir un effet rapide, perceptible et donc motivant, inclure de façon systématique des séquences, même courtes (par exemple, incluses soit dans l’échauffement, entre deux séquences d’apprentissage ou même dans un retour au calme) que de limiter ces formes d’entraînement à un simple cycle, même massé, dont on peut douter de l’effet.

La pensée émise par Confucius, « goutte à goutte, l’eau use la pierre et un seau d’eau versé de temps en temps n’a pas le même effet » me semble dans ce domaine particulièrement applicable. De plus, la maîtrise de ces pratiques peut être pour la majorité des élèves, les seules activités qu’elles·ils conserveront dans leur pratique physique personnelle, au sortir du système scolaire. N’est-il donc pas du rôle de l’école de les préparer à la mettre en œuvre de la façon la plus efficace possible

Cet entretien a été réalisé par Claire Debars et est paru dans le Contrepied N° 26 - Musculation

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Sport et cohésion sociale

Yvon Léziart - septembre 2012

Cohésion, inclusion, intégration… les mots et les politiques qui se cachent derrière eux se valent-ils ? Quand on sait que le terme cohésion signifie « unité et harmonie » on se prend à douter que rapportée au social, il ait socialement un sens… Le social étant par excellence le champ de la diversité, des contradictions, des tensions, sociales, justement. Qu’est-ce donc que la cohésion sociale par le sport ? Au-delà de cette question difficile mais déterminante, un constat s’impose : les structures traditionnelles du sport peinent à rassembler les populations. Et ce n’est pas pour autant que les nouveaux modes d’organisation des sports répondent aux attentes nouvelles des pratiquants et encore moins aux besoins de ceux qui n’accèdent pas au « sport ».
Jean-Philippe Acensi (agence éducation par le sport), William Gasparini (Staps Strasbourg), Thierry Long (Staps Nice) ont donc débattu du sport et du social lors d’une table ronde. Yvon Léziart en rend compte ici.

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