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Sport et Imaginaire. - EPS & Société

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Sport et Imaginaire.

P. Taranto Philosophe Université de Nantes - janvier 2013

Quelle pertinence y a-t-il à convoquer la notion « d’imaginaire » pour éclairer ce qui se présente de soi comme la forme la plus objective, la plus éminente et la plus visible du corps, c’est-à-dire la forme d’un corps suprêmement actif, en mouvement, qui dévoile d’un coup toutes ses puissances sous l’œil du spectateur, corps qui semble porter avec soi, dans l’évidence de ses manifestations, sa propre justification (beauté, performance, force, souplesse…) ?

Pourquoi le corps sportif ne pourrait-il seulement être décrit fonctionnellement comme un corps exercé à accomplir certains types de mouvements, de performances ?

Nous essayerons de montrer que le corps sportif ne prend sens et valeur que par son inscription dans un imaginaire collectif, ce qui explique pourquoi le sport n’est pas aussi « gratuit » que le jeu, et qu’il s’y passe pour ceux qui le pratiquent et le regardent quelque chose de « sérieux ». La manière dont l’individu s’insère dans un imaginaire qui valorise son activité physique, l’inscription du corps dans un scénario mythique, comme ceux du sacrifice et de la fête rituelle, de la quête, du héros, etc., montrent que toute définition essentielle du sport ne peut, en fin de compte, rester formelle. L’invariant naturel qui le fonde, c’est l’imaginaire, qui donne sens à l’émotion suscitée par le spectacle sportif, et à la passion déployée pour y prendre part.
La pratique du sport, comme son spectacle, ne peuvent fonctionner qu’en renvoyant acteur et spectateur à un imaginaire collectif, qui induit un fantasme particulier du corps et de sa mise en situation. Car le corps sportif est en grande partie un corps fantasmé, un corps structuré par l’imaginaire et le mythe. C’est là que la volonté va puiser son inspiration et sa force. Une sociologie de l’imaginaire, une anthropologie des mythes fondateurs serait ici pertinente, qui montrerait comment, dans cet appel constant à l’imaginaire et à sa force émotionnelle, le sport se fait mimodrame, tragédie ou passion [1].
L’invariant auquel renverrait le sport c’est en fin de compte l’imaginaire collectif hérité de notre histoire la plus ancienne. Lui seul peut donner un sens à l’émotion suscitée par le spectacle sportif, d’une part, et aider ensuite à approcher la notion d’un « corps sportif ». Nous en donnerons quelques exemples, tirés des représentations du sport issues du christianisme et des mythes politiques modernes.

On pourra ainsi définir le sport comme le moyen privilégié par lequel la volonté inscrit le corps dans un certain imaginaire. Ici la notion d’« inscription » recouvrirait ces manifestations objectives que sont l’entraînement du corps et son résultat, le geste (ainsi que, accidentellement et selon les modalités de cette manifestation, le record ou la performance dans la compétition) ; la volonté renverrait aux notions de maîtrise de soi, de discipline du corps propre ; et le sens de cette discipline serait donné par la grammaire symbolique des images du corps dans laquelle cette inscription ferait sens (d’où la nécessaire dimension spectaculaire du sport). Cette définition met en outre l’accent sur le passage du corps individuel à la représentation collective du corps, non pas pour nier l’imaginaire de l’individu dans la prise de possession de son corps, mais parce que le sport ressortit plus à une poésie de soi offerte à l’admiration et à l’approbation des autres, c’est-à-dire qu’il possède d’abord une signification collective, qui fonde le sens que l’individu donne à sa pratique.


NOTES

[1Voir Bernard Jeu, Analyse du Sport, P.U.F., 1987, et « L’exploitation du mimodrame tragique », in Ronald Hubscher (dir.), L’Histoire en mouvements. Le sport dans la société française (XIXème-XXème siècle), Paris, Armand Colin, 1992.

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La recherche ça questionne

L’individualisation : une réponse à l’exclusion sociale ?

Stéphane Bonnéry - 30 septembre 2013

En partant de mes propres travaux et en empruntant à des recherches réalisées par des collègues, j’essaierai de répondre à la question « L’individualisation : une réponse à l’exclusion sociale ? », en posant cette question à trois niveaux. La première partie s’appellera « l’individualisation dans la classe : inégalités, compensation, lien social et leurre ». Dans la deuxième partie on essaiera de remonter en généralité : de l’individualisation dans la classe à « l’individualisation dans le système scolaire », et notamment l’individualisation dans le traitement de la difficulté scolaire. Et la troisième partie, en remontant encore d’un cran, s’appellera « l’individualisation dans le système économique et dans la société », en traitant de la relation entre les contradictions qui sont dans la société et celles dans la salle de classe. Le mouvement de l’exposé consiste donc à aller de ce qu’il y a de plus « petit » dans le quotidien à ce qu’il y a de plus global au niveau de la société.

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