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« Un garçon manqué, c’est une fille réussie ! » - EPS & Société

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Résonnance

« Un garçon manqué, c’est une fille réussie ! »

Claire Pontais - septembre 2012

Candice Prévost est professeur d’EPS au Collège LDV à Eragny (95), elle est footballeuse amateur et joue au PSG en D1 depuis 2003. Elle a fait partie de 4 sélections en équipe de France A, a été 4è aux Universiades (championnat du monde universitaire) en 2009. Elle a porté la flamme olympique en 2008. Elle est par ailleurs consultante à Eurosport et Direct 8.
Parcours d’une passionnée.

Comment es-tu devenue footballeuse ?

Je commence par le tennis de 7 à 16 ans et je joue au foot avec les garçons dès l’école primaire, avec mon frère, mes voisins, mon père, mais pas en club. J’adorais me dépenser, taper dans le ballon rond, marquer des buts, je courrais partout, je n’étais pas maladroite. J’étais souvent la seule fille, c’était rare de jouer avec les garçons. Ça ne me dérangeait pas. Mon père m’avait dit « un garçon manqué, c’est une fille réussie ! » et je le disais à chaque fois qu’on me faisait une remarque sur le fait que je faisais un sport de garçon. En 1998, avec l’effet coupe du monde, un club s’est ouvert aux filles près de chez moi. Le Président était le père d’une copine et c’est comme ça que j’ai commencé à jouer, directement avec des filles. Je ne savais même pas que c’était mixte pour les jeunes. Bien sûr, j’étais épatée par Zidane, mais je n’étais pas du genre à idolâtrer les footballeurs, c’est le plaisir du jeu qui m’a porté, le partage avec les autres. L’ambiance et la mentalité m’ont plu aussitôt. Au tennis, tu es un peu seule au monde, il me manquait le collectif. Jouer en équipe n’a été que du bonheur.

Pas de problèmes dans l’équipe ?

Parfois, mais surtout après, quand tu montes de niveau. Il peut y avoir des jalousies ce qui compte c’est que le coach soit hyper juste. Si le groupe est sain, ça se passe bien.

On dit souvent que les filles n’aiment pas la compétition ?

Je suis un contre-exemple parfait ! Si tu n’as pas l’esprit de compétition, ça ne sert à rien de jouer. C’est ça qui te nourrit dans un match et si on sait que l’adversaire est égal ou supérieur, ça transcende encore plus. Peut-être est-ce différent si tu joues en loisir, mais pas sûr. Pour moi, le jeu c’est d’abord le plaisir d’être avec les copines dans le cadre de la compétition. L’entraînement est déterminant, même si je n’aime pas trop les exercices répétitifs, je les fais parce que c’est nécessaire pour progresser mais ce n’est pas un but en soi.

Dans le foot, les préjugés et les stéréotypes ont la vie dure, en as-tu été victime ?

Parfois, oui, il y des remarques un peu lourdes du style : « Le contrôle poitrine, est-ce que ça fait mal ? …Et bien non, on prend bien le ballon ! » « Dans le foot, il y a beaucoup d’homos…pas plus qu’ailleurs ! ».

La grande discrimination, elle est au niveau des salaires des professionnelles et sur le fait de ne pas passer à la TV. Il faut faire nos preuves, c’est long et laborieux.

Une ancienne footballeuse nous a dit lors d’un colloque qu’elle avait été obligée de suivre un stage de féminisation avec Adriana Karembeu, est-ce ton cas ?

Non ?! Et ça me choque vraiment que l’on puisse demander ça !
C’est vrai qu’on fait des efforts pour être crédibles et légitimes. Ça passe aussi par des tenues plus adaptées. Nos shorts sont plus courts, nos maillots plus serrés que ceux des hommes, mais c’est tout simplement qu’on n’a pas envie de ressembler à des sacs ! Nous avons besoin d’une tenue adaptée, il n’est pas question d’avoir des shorts qui rentrent dans les fesses !

Le foot des femmes a-t-il une spécificité ?

Dans notre jeu, ce qui prime, c’est la technique et le jeu simple. On ne veut pas se comparer aux hommes, sinon, nous serons toujours « moins » quelque chose : moins rapide, moins physique, moins spectaculaire.
Ce qui est sûr, c’est que le foot masculin m’énerve ! Nous ne restons pas allongées 5 minutes par terre au moindre coup.
Il peut y avoir une fille comme ça, mais majoritairement ce n’est pas le cas.

Nous véhiculons des valeurs plus simples, plus saines.
Les hommes ont des salaires qui leur permet d’acheter ce qu’ils veulent et qui en font des enfants gâtés, les filles ont plus la tête sur les épaules et les pieds sur terre. Bien sûr, ça peut changer en négatif…

Tu es consultante à Eurosport, commentes-tu aussi des matches masculins ?

Non pour le moment, je n’ai commenté que des matches féminins. Mais ça évolue. On essaie tranquillement de se faire notre place dans ce monde des garçons. Nous sommes demandées pour la formation de cadres, pour les diplômes. La France est un pays plus macho que les pays voisins comme l’Allemagne, mais ce n’est pas seulement dans le sport.

Tu es prof d’EPS, fais-tu du foot avec tes élèves ?

En AS, je fais du futsall. Bien sûr, le fait que je sois joueuse au PSG, ça les motive, ils sont fiers.
Les filles, elles sont à fond et hyper-concentrées !
Je ne fais pas de foot en cours d’EPS, parce que c’est difficile. J’en ai fait une fois, les filles étaient enthousiastes, mais les garçons ne voulaient faire que des matches et se lancer des défis … Et puis, j’ai mon BE, et j’ai un peu peur de leur faire faire des entraînements type club. 

Entretien réalisé par Claire Pontais et paru dans Contrepied HS n°4 - sept 2012 - Sport demain, enjeu citoyen

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