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Handball : une technique construite à l’épreuve du jeu - EPS & Société

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Handball : une technique construite à l’épreuve du jeu

François Rongeot - 25 septembre 2017

Pour François Rongeot, entraîneur national et responsable de la formation des cadres à la fédération de handball, la situation d’entraînement doit chez les jeunes joueurs accorder une place prépondérante mais non exclusive à l’activité perceptive et décisionnelle du joueur. La technique est considérée comme une ressource
permettant la réalisation de choix. En jouant sur la diversité des situations d’entraînement, les problèmes posés sont différents et contraignent le jeune joueur à construire des productions techniques adaptées et diversifiées.
Le jeune joueur est ainsi confronté aux mêmes problématiques qu’un joueur de haut niveau.

Les exigences de la situation d’entraînement référence

C’est une situation dans laquelle le joueur est confronté à des actions de collaboration avec ses partenaires, d’opposition avec des adversaires (au moins 1), avec une cible à attaquer et une cible à défendre, chacune protégée par un gardien. Le duel tireur/gardien fait partie de la spécificité du handball, la cible est donc toujours gardée, même si le gardien peut être amené à être un joueur de champ.

Les capacités perceptives et décisionnelles
Un principe guide la conception et le choix des situations : chaque situation d’entraînement doit solliciter et déclencher une activité perceptive et décisionnelle. L’activité technique est conçue et se développe en tant que ressource à la disposition du joueur. Cette activité contribue à concrétiser les choix opérés par le joueur. Il ne peut y avoir d’acquisition technique sans contextualisation, sans référence au jeu, sans confrontation à des problèmes de choix, de décision. Le joueur construit sa technique en l’éprouvant dans le jeu. Ainsi par exemple, le travail technique de la passe (lancer/réception du ballon) se fait dans le jeu en même temps que le joueur prend des indices et c’est la réussite ou l’échec qui l’amènent à valider la réponse la plus pertinente

Les modes de jeu : des repères pour observer l’activité du joueur

Le joueur en attaque
– Le PDB : protecteur p lanceur vers l’avant p lanceur vers relayeur
D’abord le porteur de balle prend le ballon, le tient contre lui et ne veut pas le donner. Puis il passe du rôle de protecteur de balle à celui de lanceur de ballon vers l’avant, dans un premier temps il le lance pour engager la progression, puis le porteur de balle devient lanceur de balle en direction d’un partenaire relayeur.
– Les partenaires : partageurs de ballon p relayeurs p disperseurs de défenseurs
Dans un premier temps ils se rapprochent du porteur de balle pour partager le ballon, voire s’en emparer, puis ils courent vers l’avant et deviennent des relayeurs du porteur de balle. Enfin, ils se transforment en « disperseurs » de défenseurs. Dès que le terrain est bien occupé en longueur, en largeur, l’espace de jeu défensif est étiré. Les attaquants individuellement ou collectivement participent à cet effet.

Les joueurs en défense
Les défenseurs : percuteurs p gêneurs de progression p récupérateurs de ballon
D’abord centrés sur le ballon, les défenseurs vont tenter de s’approprier la balle, ils gênent la progression de la balle, pour cela ils sont tour à tour agresseurs, perturbateurs du réseau d’échanges voir intercepteurs-récupérateurs.

Le duel tireur/gardien
– Le tireur : percuteur-éviteur p traverseur du GB p feinteur
Il tire d’abord sur le gardien, puis il tire là où le gardien n’est pas, il vise là où le gardien ne peut aller, et enfin fait semblant de tirer d’un côté pour tirer de l’autre.
– Le gardien : réactif p anticipateur provocateur p inducteur
Il ne fait que réagir dans un premier temps, puis il lit mieux les trajectoires de balle, anticipe plus et devient plus mobile pour attraper le ballon et enfin il est capable de faire croire qu’il va partir d’un côté pour inciter le tireur à tirer de l’autre. Sa capacité à feinter contraint le choix du tireur.
La description de la pratique du handball par l’utilisation des « modes de jeux » offre la possibilité à l’enseignant de mieux se préparer à l’observation de l’activité du joueur. Cette notion contribue à modifier notre regard, trop souvent centré sur les savoir-faire et leur degré de complexité, en décrivant des modes de fonctionnement repérables et significatifs des interactions engagées par les joueurs.

Confronter le joueur débutant à des espaces, des densités de joueurs, des cibles différentes donc à des problèmes différents

Cela permet de développer des « formes de jeux » là encore repérables par le formateur en fonction des statuts des joueurs, porteur de balle/adversaire direct du porteur de balle, partenaires proches du porteur de balle/défenseurs proches, partenaires loin du porteur de balle/adversaires loin du défenseur proche… et de l’espace utilisé. Cela permet également d’engager la progression telle que nous la concevons en spirale.

Varier l’espace et la densité des joueurs
Nous démentons que le joueur débutant ne pourrait évoluer que dans de grands espaces pour diminuer la densité des joueurs.
La variation des espaces et de la densité de joueurs (un grand espace avec une faible densité de joueurs, un petit espace avec une forte densité de joueurs) posent des problèmes différents et font trouver des réponses différentes. On observe la vitesse de progression de la balle, l’accès facile ou non de l’équipe au tir dans ces situations variées car le joueur y exerce des modes de jeu différents et acquiert des techniques diverses.
Si le porteur de balle évolue dans un petit espace avec un fort effectif de joueurs, il a beaucoup de partenaires, donc un réseau d’échanges important, donc des solutions de passes nombreuses, mais le choix est difficile. II va aussi être très vite perturbé par un défenseur. Tout cela va le contraindre à découvrir par exemple la passe au rebond. A l’inverse, si l’espace est grand avec une faible densité, le joueur découvre la passe longue en direction d’un partenaire relayeur, elle est devenue possible.

Varier le duel tireur/gardien de but

Dans cette interaction entre tireur et gardien, les situations d’entraînement viseront à placer les 2 protagonistes à égalité de chance au départ, puis à permettre de comprendre pour le tireur comment il peut atteindre avec la balle des espaces de la cible inaccessibles au GB.

Des aménagements pour préserver l’égalité des chances dans le rapport de force

– Un terrain de 20m de long (dans la largeur d’un gymnase) favorise un jeu rapide. Possibilité d’utiliser 3 terrains en largeur dans un 40 x 20.
– Le jeu en 5 x 5 rend plus difficile la recherche d’indices, mais en terme de réseau d’échanges, la situation est plus facile puisqu’il y a plus de partenaires.
– La forme de la zone : une zone semi circulaire d’un rayon de 4 à 5 m à partir du centre de la cible favorise le tir de l’aile car la distance à la cible y est réduite par rapport au centre.
– La réduction de la taille de la cible par des poteaux limiteurs de buts, favorise le duel gardien/tireur.
– La cible peut être un plinth ou une chaise. Il est plus facile pour le gardien d’empêcher la balle de toucher une chaise.
– La taille de la zone : cible à 4, 5, 6 m. Plus la cible est éloignée, plus c’est difficile pour le tireur.
Les aménagements dans le jeu se font toujours en préservant l’égalité des chances dans le rapport de forces, l’aménagement peut être différent pour les 2 équipes jouant sur le même terrain.

Une situation de départ possible

3 terrains en largeur pour permette de démarrer l’activité.
L’effectif détermine si l’on joue à 3 x 3,4 x 4, ou 5 x 5 avec un gardien. Il n’y a pas de prédominance d’un choix par rapport à l’autre, mais plutôt une visée de placer le joueur dans des situations diverses qui vont lui permettre de résoudre des difficultés différentes. Jouer à 5 x 5 en largeur ou à 3x3 induit des réponses différentes. Elles ne sont pas forcément hiérarchisées. C’est le regard de l’enseignant sur l’activité déclenchée chez les joueurs par la situation, qui le conduira à modifier les consignes.

Est ce réellement une activité de handballeur qui est développée dans la situation proposée ?
On peut utiliser le principe des montantes/descendantes en contraignant progressivement par des règles ajoutées sur les 3 terrains, mais en diversifiant ces règles en fonction des niveaux de jeu de chaque terrain. On peut jouer sur les effectifs, les formes de passes obligatoires (rebond par exemple), l’utilisation du dribble unique (un seul rebond autorisé), l’interdiction de rejouer avec le joueur qui vient de transmettre la balle, interdire le tir « fort » pour privilégier le tir avec feinte… Toutes ces régulations vont permettre progressivement au joueur de vivre, quel que soit son niveau, une « tranche de vie de handballeur ».

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