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Affrontement - EPS & Société

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Le dessous des mots

Affrontement

♦ Jean-Pierre Lepoix - 17 mars 2021

Bezwaarhebbentegen !
En Néerlandais, franchement ça ne fait pas rêver, encore que la poésie se niche où on ne l’attend pas, mais tout de même, ce doit être quelque chose que cet affrontement-là, du coup on a envie de s’y…confronter !

A minima ça semble frontal, donc l’inverse du détour, du contournement, droit devant, au front ! Dur, on dit même qu’affronter un bavard est une épreuve, alors, affronter des idées, des problèmes, des questions…
Dans l’affrontement sportif il faut affronter l’autre, qui me pose des problèmes, et lui en poser, s’opposer, lutter et même combattre, batailler… Ces derniers mots à connotation plutôt guerrière inquiètent, on s’en passerait volontiers à l’école où l’on cherche plutôt l’absence de ce genre de manifestation. Paradoxe alors que de vouloir provoquer ce que l’on cherche à éviter. D’autant que dans tout affrontement il y a risque : l’opposition front froid contre front chaud déclenche l’orage, la déflagration.
Peut-on l’éviter ? Dans la confrontation, un rapport de forces s’installe, comment alors ne pas provoquer le désordre ?

L’affrontement fait appel à un front, une zone de combat, il évoque cet espace du face à face qui délimite, organise, fixe les règles. Tout autre chose que le combat improvisé, impulsif, invasif. S’il invite au défi sans conteste, il garantit les modalités.

Certes, le choc frontal aura lieu. Pour autant est-il si « borné » que ça ?

Un jeune effronté n’aurait-il pas tendance à dépasser les bornes, en cherchant à déjouer le prévisible au bénéfice de la surprise : tenir plusieurs fronts, varier les modes, alterner les coups, tenir le coup ?
C’est que l’affrontement sollicite l’invention, comme le courage, pour aller au-devant de l’autre, le braver. Finalement s’il faut faire front, s’exposer et tenir tête, il faudra aussi faire preuve d’imagination : à observer l’autre tel qu’il est dans son camp, dans sa capacité à le défendre et son obstination à attaquer le mien, et, tout en trouvant des solutions, il me faudra lui poser des problèmes. Autrement dit en s’affrontant on va apprendre ensemble, puisqu’on va confronter nos manières de faire, de répondre, et faire le constat de ce qui est efficient et ce qui l’est moins. On va grandir ensemble.

D’une représentation a priori agressive, qu’il faudrait bien concéder à un moment, afin de permettre que s’évacue le trop d’adrénaline accumulé par certains, on en vient à considérer cet affrontement comme indispensable afin de garantir l’émotion du jeu, la vision stratégique, l’appel à la technique spécifique : le contraire d’un aimable divertissement, comme celui d’un combat déchainé !
Donc, rien à voir non plus avec l’affront que l’on se doit de laver… sans délai et… dans le sang ! Mais une mise en jeu authentique de soi, dans le duel, où il faudra ne rien négliger de ce qui fait la force de l’autre, mettre en jeu tout son savoir et faire preuve de courage, pour tenir l’échange, et de ténacité, pour aller au bout du défi. Le produit d’un apprentissage, bien au-delà de la simple activité fonctionnelle, qui va nécessiter efforts, répétitions, collaborations et remises en cause etc.

On aime… ces affrontements-là !

Article paru dans Contrepied HS N°8 - Badminton

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