Strict Standards: Only variables should be passed by reference in /home/epsetsoc/www/config/ecran_securite.php on line 283
Le badminton . l’AS - EPS & Société

Accueil > APSA > Activités de raquettes > Le badminton . l’AS

Des pratiques

Le badminton . l’AS

Vincent Moullière, enseignant dans un collège rural de St Jean du Gard - 17 mars 2021

Vincent Moullière, enseignant dans un collège rural de St Jean du Gard, entraîne ses élèves à l’AS. Le règlement des compétitions par équipe et des matches en double d’une part, et le temps dont il dispose d’autre part, influencent les choix d’apprentissages technico-tactiques. Lieu du vivre ensemble et des rencontres avec les citadins, l’AS badminton met l’activité des filles et des garçons à égalité.

Le badminton : une activité au cœur du collège en EPS et à l’AS

Le badminton est une activité phare dans mon collège. Il est enseigné à chaque niveau de classe, un cycle de 8 séances de 2h, la formation totalise sur le cursus une soixantaine d’heures.
100 sur 250 élèves que compte le collège sont inscrits à l’AS badminton. 60% de garçons, 40% de filles.
De plus les enfants du village pratiquent le badminton depuis l’école primaire jusqu’au lycée. En revanche, il n’y a pas de club dans le village.
Les élèves de l’AS sont régulièrement présent-e-s aux championnats académiques, et sont allé-e-s 2 fois au championnat de France au cours des dix dernières années. Leurs résultats sont le pur produit de l’EPS et du sport scolaire.

Des équipes parfaitement mixtes et la valorisation du double

D’une manière générale, l’entraînement à l’AS est plus individualisé et plus orienté en fonction des besoins des élèves.
3 entraînements dans la semaine, par groupe d’âge.
Le règlement des compétitions a une influence importante sur les choix des savoirs à s’approprier par les élèves. Il est basé sur l’équipe mixte affrontant une équipe adverse de la manière suivante : 
– un double garçons
– un double filles
– un simple garçon
– un simple fille
– un double mixte.
Cette conception des compétitions multiplie par 2 le nombre de compétiteurs et compétitrices sur les terrains, donc cela multiplie par 2 leur activité lors des rencontres, et cela contribue à poser à égalité l’activité des filles. (Pas de filles = pas d’équipes !).
La dimension ludique est très présente, les joueurs et joueuses sont plus en réussite car ils/elles ont moins d’espace à défendre, la dimension physique est donc diminuée.

Des apprentissages prioritaires à l’AS

Apprendre à servir en simple et en double
Le badminton est une activité de duel. Le joueur, la joueuse qui sert a la première arme dans sa raquette et cela détermine la suite des échanges. Savoir servir, c’est poser un problème à l’adversaire et ne pas se retrouver en position dominée après le service. C’est une nécessité absolue de maîtriser le service si on veut gagner le match.

En simple, d’abord le service long et haut
C’est l’arme la plus efficace pour mettre d’emblée l’adversaire en difficulté puisque ce service fait reculer l’adversaire. Si le volant ne va pas loin et monte, il offre à l’adversaire la possibilité d’un coup facile en retour, le/la serveur-euse se retrouve en position dominée, le/la receveur-euse reprend l’initiative, les rôles sont inversés. Il faut donc apprendre à servir loin et haut pour progresser dans le duel, c’est une priorité.
Or cela pose des problèmes aux débutant-e-s, cet apprentissage demande du temps, temps qu’offre l’entraînement à l’AS. Pourquoi ? Les débutant-e-s se placent de face et servent à la cuiller (ils-elles tiennent leur raquette comme une poêle) et le volant monte et n’avance pas.
Ce n’est pas un geste naturel de « latéraliser » le coup, en coup droit, car la raquette doit s’éloigner du corps.

Exemple de situation
2 joueurs-ses de chaque côté du filet, en diagonale, 7/8 volants. La diagonale s’inscrit dans le règlement, mais c’est aussi un facteur de progrès : cela aide à la construction du trajet de la raquette sur le côté.
Frapper le volant sur le côté le plus loin possible, l’élève en face le laisse tomber au sol pour vérifier la longueur, puis possibilité de servir au dessus du receveur qui va se reculer jusqu’au fond en fonction des progrès.
Ce que font souvent les élèves : ils-elles tiennent le volant (pas toujours par la jupe) devant eux/elles et non sur le côté, ce qui entraîne une frappe par en dessous et contribue à faire monter le volant. De plus, ils/elles lancent le volant vers le haut avant de le frapper (au lieu de le laisser tomber), cela crée un temps d’attente avant la frappe qui complique la réussite.
Je suis donc contraint de rappeler les consignes :
– Pour un-e droitier-ère, la jambe gauche est devant, la jambe droite en arrière. Le volant est tenu par la jupe, sur le côté, le bras gauche est parallèle au filet, c’est très important, le laisser tomber avant de le frapper.
– Pour lancer le volant loin, il est nécessaire d’accélérer la tête de raquette, c’est ce que j’appelle « le geste de la claque ». Les élèves comprennent bien !
Mais je n’hésite pas à manipuler les élèves et à faire avec eux pour que chacun-e sente le mouvement, c’est un travail de proprioception.

Puis le service court en simple peut être envisagé
Il est utile si l’adversaire anticipe sur un service long, surtout s’il/elle a remarqué que le serveur, la serveuse ne maîtrise que ce coup et s’il/elle prend des informations sur son adversaire. C’est un peu le jeu du chat et de la souris ! La maîtrise de ces deux techniques permet au serveur, à la serveuse de créer de l’incertitude.
En tout état de cause, le service long est prioritaire dans l’apprentissage : si je sais servir long, au moins je me protège.

En double : le service court en revers
La zone du fond ne peut être visée au service contrairement au simple, on ne peut donc faire reculer l’adversaire au fond. Donc, le service court est plus pertinent car si le volant monte, l’attaque en retour est immédiate. De plus le service revers est conseillé car la tête de raquette est plus haute en revers qu’en coup droit au moment de la frappe, donc moins de risque d’une trajectoire haute. Cela tombe bien, c’est plus facile, plus simple car le revers permet l’alignement corps/raquette/volant.
Néanmoins la maîtrise du service est longue et difficile, il faut donc apprendre à viser les zones depuis lesquelles l’adversaire ne pourra pas en profiter pour reprendre le dessus.
Le double favorise la vitesse d’action sur le terrain, l’interception. C’est pourquoi on vise, au service, prioritairement la zone de réception avant au centre, pour donner moins d’angle d’attaque au receveur, à la receveuse.
Ainsi, par exemple, quand le service est à droite, et les adversaires droitiers, le service croisé court, proche du couloir sur le coup droit de l’adversaire n’est pas pertinent, l’adversaire peut jouer tout droit, le long de la ligne et mettre en difficulté le/la serveuse car les volants difficiles à jouer sont ceux qui ne passent pas par le centre du terrain.

Apprendre à jouer long, à dégager, quand et pour quoi faire ?

C’est une arme très efficace pour attaquer ou pour se défendre : mettre le volant au fond pour gagner du temps ou pour déborder son adversaire. En UNSS, celui/celle qui ne maîtrise pas ce coup a très peu de chances de gagner un match.
Contrairement au smash, la tête de raquette au moment de la frappe sera orientée légèrement vers le haut afin d’imprimer une trajectoire haute au volant.
Jouer long est un coup qui peut-être défensif pour me permettre de gagner du temps pour me replacer, et obliger mon adversaire à reculer et donc réduire ses chances d’attaquer. Cela peut permettre d’inverser le rapport attaquant/défenseur.
Ce coup peut être offensif en étant plus tendu, pour attaquer la zone arrière et prendre de vitesse l’adversaire. Suivant les capacités de l’adversaire à se déplacer et à se replacer dans la zone de confort, ce coup peut devenir un coup gagnant.
– Première étape : produire un déséquilibre simple grâce à un jeu en alternance. Mais long/court/long/court pose peu de problème : l’adversaire est mis en difficulté parce qu’on lui demande de se déplacer mais l’incertitude est minime. Il vaut toujours mieux mettre en œuvre l’alternance sur 3 coups. Rapidement on introduira le contre pied, surtout si l’adversaire anticipe !
– Deuxième étape : fixer un joueur dans une zone pour en attaquer une autre. Par exemple, fixer l’adversaire plusieurs fois en zone arrière par un dégagé offensif pour ensuite attaquer la zone avant. Parier sur le fait que l’adversaire va rester au fond et ne fera pas l’effort de se replacer.

Le smash
Le smash est l’une des armes d’attaque la plus efficace. Le smash vise une cible à mi distance ou vers le fond, sa trajectoire est descendante au moment de la frappe. L’interception haute du volant en zone avant permettra de finir l’échange en zone avant adverse.
Il faut apprendre à avoir le coude haut ce qui permet d’avoir la raquette en l’air et l’ouverture des épaules, à orienter la raquette vers le bas au moment de la frappe et frapper devant soi pour assurer une trajectoire descendante (on voit le volant et la raquette au moment de la frappe). Cela nécessite un ajustement des déplacements pour être bien positionné-e.
Enfin, l’accélération de la tête de raquette est nécessaire pour passer d’un volant poussé à un volant frappé.
Pour faire comprendre cette accélération, j’ai recours à une image : « c’est comme si vous vouliez taper le volant au sol devant vous sans qu’il franchisse le filet ».

Apprendre à se déplacer/replacer en fonction de l’adversaire

En simple
On apprend aux élèves à se replacer au centre du terrain après chaque frappe, plus je domine l’échange plus je serai vers l’avant prêt à conclure l’échange. Si mon adversaire a un défaut de replacement je dois le prendre vitesse et utiliser un coup qui va me permettre de terminer l’échange au plus vite. L’élève doit apprendre à observer son adversaire pendant le match ou pendant la compétition et observer ses points faibles sur ses types de frappes et sur ses déplacements.
En AS les rencontres se déroulent en deux sets gagnants, le coaching est autorisé uniquement entre les sets, c’est le moment privilégié pour intervenir.
Pour travailler on peut donner comme consigne à l’adversaire à l’entraînement après un coup long je reste au fond, observer ce que fait le joueur. Prend-t-il l’info ? Puis de même en zone avant après un amorti. Le joueur doit apprendre à écouter le bruit des déplacements de son adversaire. Ce sont des informations importantes.

En double
Le but du jeu en double est de réduire au maximum les volants hauts. Il faut frapper le volant en avançant, intercepter le maximum de volants, jouer des volants tendus, harceler les adversaires en réduisant le temps. Donc si je vois l’adversaire frapper un volant haut, c’est qu’il/elle va attaquer. Par contre, s’il/elle veut se donner du temps par un volant haut et long, c’est qu’il/elle est en situation défensive.

Les joueurs adoptent au début plutôt un placement côte à côte, chacun son côté. Ce choix permet aux adversaires d’avoir une zone avant et arrière accessible pour attaquer, ainsi que la zone entre les deux joueurs. Rapidement on va placer les joueurs plutôt l’un derrière l’autre en attaque pour intercepter devant ou attaquer derrière. Le placement côte à côte est un placement défensif pour réceptionner les attaques smashées adverses. C’est le joueur avant qui décide le changement de placement dès que le rapport attaquant/défenseur évolue.
Les joueurs doivent apprendre à anticiper sur ce qui va se passer :
– Si je joue un volant haut facile, mes adversaires vont attaquer, on se replace côte à côte.
– Au contraire si j’attaque, un des deux joueurs doit avancer pour intercepter le volant.
Les joueurs doivent comprendre que tout volant frappé à une hauteur plus haute que le filet est un volant qui est susceptible d’être attaqué (il faut se placer en mode défensif).
En double mixte la différence physique en général instaure un positionnement de la fille en zone avant et du garçon en zone arrière. Le but du jeu va être d’obliger la fille à reculer ou de faire avancer le garçon ! Tout cela va nécessiter une entente fine entre les joueurs(ses).

Apprendre à jouer ensemble

Sur le plan affectif :
Le règlement des compétitions en badminton implique des apprentissages sur le plan affectif, concernant la relation entre les partenaires. Un double se rapproche plus d’un sport d’équipes au niveau de la gestion des émotions. Associer les deux meilleur-e-s joueurs-euses en simple n’est pas l’assurance de la meilleure équipe. Une vraie complicité doit s’instaurer entre les partenaires, elle ne peut s’installer qu’en construisant un vécu entre les joueurs-euses. Nombreuses sont les situations tendues au cours d’un match.
Si un joueur, une joueuse perd l’échange, que doit faire ou ne pas faire son/sa partenaire ?
J’insiste énormément sur le langage du corps : ne pas tourner le dos à son/sa partenaire après un coup raté. Il faut au contraire se retrouver, parler. Il est facile de se féliciter après un coup gagnant, plus dur de rester ensemble après une grosse erreur ou pendant un set mal embarqué.
Cela est d’autant plus important lors du dernier match en compétition par équipes : le double mixte est souvent décisif, les enjeux sont cruciaux ; il conclut ou le gain ou la défaite. Or il existe parfois une différence de niveau physique entre le garçon et la fille.
La fille se retrouve souvent en zone avant, le garçon en zone arrière car il a plus de puissance pour dégager ou smasher.
Le rôle de la fille est dévalorisant a priori car le volant lui passe souvent au dessus, mais c’est elle qui fait gagner le match en réagissant très vite sur des volants bas et courts et surtout en interceptant des volants hauts. Elle joue par intermittence, c’est ingrat tout en devant rester très vigilante. Le garçon adverse va jouer sur elle des points décisifs.
Il est donc nécessaire d’apprendre à garder son calme, rassurer le joueur, la joueuse qui perd son échange. Il y a une véritable relation à construire entre les partenaires, il y a des joueurs-euses qui ne peuvent pas jouer le mixte, ils n’ont pas la maturité nécessaire.

Article paru dans le Contrepied Hors-Série n°8 - Badminton

Pour continuer ...
regard

Le badminton, un cas d’école

Christian Couturier, avec le bureau - 17 mars 2021

 Le badminton est devenu en quelques années un des sports phares de l’EPS et du sport scolaire. Première activité en nombre de pratiquants à l’UNSS, activité la plus programmée en lycée, en développement constant au collège et à l’école primaire, elle est aujourd’hui incontournable. Il est remarquable, il faut le souligner dès à présent, que ce mariage avec l’EPS se soit fait sans aucune prescription de quelque nature que ce soit, et même sans que les enseignants soient véritablement formés à cette activité (la préparation dans les UFR ne dépasse guère aujourd’hui l’équivalent d’un ou deux cycles et la possibilité de la prendre en « option » au CAPEPS que depuis 2011).

Tous les articles par APSA

A lire aussi