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Le rempart des idées reçues - EPS & Société

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Résonnance

Le rempart des idées reçues

Cendrine Marro - 4 mars 2015

Comment faire de la mixité de sexe un outil de l’égalité ? Comment aborder de manière ludique et progressive, la question des inégalités de sexe en partant de ce que chacun-e pense concernant les filles et les garçons ? C’est en cherchant à répondre à ces questions que Cendrine Marro, enseignante chercheuse à Paris Ouest Nanterre a conçu l’animation « le rempart des idées reçues ».

L’objectif est d’impliquer les jeunes dans un débat sur les différences de sexe et de les amener à repérer ce qui dans ces différences est porteur d’inégalités.
Lors d’une première séance, il va s’agir d’extérioriser ce qui caractérise, pour chacun et chacune, les filles et les garçons, sous forme de briques d’idées qui vont constituer un rempart d’idées reçues qui, lors d’une deuxième séance sera objet d’un débat centré sur la dialectique différences/ inégalités.

Le débat en grand groupe est le moment capital de l’animation. Il ne s’agit pas de faire aux jeunes un cours sur les « études genre » [1] , champ de recherche complexe, mais de prendre appui sur les concepts clefs qui le structurent, afin d’orienter le débat vers une prise de conscience des inégalités qui couvent sous les différences.
C’est ce que permet le concept de « dépendance/ indépendance à l’égard du genre (DIG) », au fondement du rempart des idées reçues. Dans ce cadre, le genre est appréhendé en tant que système hiérarchisé de normes de sexe qui légitime les inégalités de sexe en les naturalisant, les parant pour ce faire des habits de LA différence des sexes (idée selon laquelle il n’y a que deux sexes « naturels » et opposés tant sur le plan biologique que psychologique). Par le biais de cet habillage, notre socialisation sexuée nous place sous l’emprise de ce système, parce que nous voulons pouvoir être reconnu-e-s en tant que femme ou homme. De manière condensée, la dépendance/ indépendance à l’égard du genre renvoie à l’idée que chacun-e d’entre nous est à la fois dépendant-e et indépendant-e à l’égard du genre, de manière variable suivant les contextes. Dans certains contextes, on est aveuglé par le genre, on est sous sa dépendance et on perçoit les différences comme naturelles, acceptables voire souhaitables ; dans d’autres contextes, on repère bien les inégalités qui couvent sous les différences car le genre ne nous aveugle pas. On est indépendant-e au genre : les inégalités déshabillées, mises à nu peuvent être combattues. Former à l’égalité c’est ainsi favoriser l’indépendance à l’égard du genre, objectif du rempart des idées reçues.

Les filles et les garçons parlent des filles et des garçons

La construction du rempart

Durée : 2 h.
La classe est divisée en deux équipes mixtes. L’adulte ou le duo d’adultes n’intervient pas dans le contenu des échanges en groupe. Il a un simple rôle d’animation.

1 er temps, l’objectif est énoncé
Produire des « briques » de mots (feuilles A4) qui vont permettre de construire le rempart d’idées reçues. Ce rempart regroupera un ensemble de caractéristiques attribuées aux filles et aux garçons et dont elles et ils ont envie de parler, de débattre. Quatre groupes non mixtes sont constitués.

2 e temps, production de briques garçons et filles séparément
Chaque personne du groupe produit des briques individuellement et librement en prenant appui sur deux questionnements. 1. Que pensez-vous des garçons ? (pour les filles, avec question inverse pour les garçons). 2. Que pensez-vous que les garçons disent des filles ? (pour les filles, avec question inverse pour les garçons). Affichage, mise en commun des productions libres. Positionnement de chacun-e : combien sont d’accord, combien non ?

3 e temps, élaboration d’un droit de réponse
Un groupe de filles et un groupe de garçons échangent leurs productions. Séparément, elles/ils en prennent connaissance, ce qui donne lieu à une première série de réactions et de discussions, de sélections de briques dont elles/ils souhaitent discuter avec le groupe qui les a produites.

4 e temps, construction du rempart en groupe mixte
Les groupes qui se sont échangé leurs briques se réunissent pour constituer une équipe mixte qui va discuter, puis négocier et enfin se mettre d’accord pour choisir 8 briques (4 concernant chaque sexe) dont elle a particulièrement envie de parler. Ces briques constitueront une moitié du rempart qui sera, une fois exposé, objet de débat (l’autre moitié de classe fait de même). Suivant le temps qu’a pris cette séance, les équipes se séparent en ayant pris ou non connaissance des productions de l’autre équipe.

La déconstruction du rempart

repérer les différences qui fabriquent de l’inégalité
Une semaine plus tard, les deux équipes se retrouvent. L’adulte ou le duo d’adultes conserve son rôle d’animation mais il intervient en questionnant le contenu des échanges et en orientant le débat.

1 er temps, rappel de la séance précédente
Les adolescent-e-s rappellent en grand groupe comment elles/ils ont vécu la séance précédente et les questions qu’elles/ils se posent sans aborder le contenu des productions.

2 e temps, qu’appelle-ton des « idées reçues » ?
L’adulte impulse une réflexion collective à partir de l’intitulé de l’animation : d’où viennent les idées reçues ? Qui visent-elles ? Quel lien ont-elles avec l’idée de rempart ? Suite à ce premier échange introductif, les équipes prennent connaissance du rempart dans son intégralité.

3 e temps, expliquer ses choix, se questionner
Chaque équipe explique rapidement les motifs de choix des briques dans le groupe, puis réagit aux propositions de l’autre équipe. Qu’est-ce qui les étonne, les questionne ? On reprend ensuite de manière plus structurée les débats en essayant de voir quelles images se dégagent globalement des filles et des garçons, en quoi celles-ci sont ou ne sont pas dévalorisantes, discriminantes et surtout peuvent se traduire, à l’école, au travail, dans la famille, en termes d’inégalités.

Article paru dans Contrepied Hors-série n°7 - Égalité ! - Septembre 2013


NOTES

[1Je parle bien ici d’études sur le genre (dites « études genre ») et non de « théorie du genre ».
Une telle théorie n’existant pas. Il s’agit là d’une invention de personnes n’appartenant pas au milieu de la recherche scientifique, qui défendent des convictions personnelles, hostiles aux études genre dont elles s’efforcent de déprécier la valeur en les diabolisant sous cet étiquetage utilisé de manière péjorative comme synonyme de dogmatisme sans fondement scientifique. Ce qui est bien sûr totalement faux

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