3 questions à Isabelle Brisset, Fildeferiste et formatrice à l’Académie Frarellini de Paris-St Denis

Temps de lecture : 3 mn.

Vous êtes fildeferiste ! Qu’est-ce qui conduit à choisir une telle spécialité ?

J’ai d’abord été gymnaste. En arrivant à l’école du cirque, le fil m’a intrigué, il a aiguisé ma curiosité : Chercher d’abord comment rester dessus, puis faire une traversée sans tomber, comment reculer, tourner, courir, sauter……Au fur et à mesure, cette pratique a pris de plus en plus de place dans ma vie jusqu’à devenir indispensable. L’apprentissage du savoir faire m’a conduit vers un savoir-être : C’est la souplesse de l’agré et de sa vibration (contrairement à la poutre en gymnastique) qui m’a invitée à me mettre à l’écoute de mes sensations. J’avais le sentiment sur le fil d’être à ma place, de pénétrer un univers où je me sentais plus pleinement moi-même avec des sensations très agréables comme parfois être portée par le fil, d’autres d’être contenue dans le fil ou encore de me retrouver dans une sorte d’apesanteur. J’avais le sentiment de me connecter à quelque chose de très profond et de plus grand que moi. Il y avait aussi la sensation de pouvoir être « juste », bien au-delà de la notion raté/réussi.

L’apprentissage du savoir faire m’a conduit vers un savoir-être

Dans un livret récent, vous parlez de défi pour une femme de tenter le salto, figure inédite. Pourquoi se lancer un tel défi et qu’est-ce que ça représente comme problèmes à résoudre ?

A cette époque, dans les années 80, être fildeferiste pour une fille, cela voulait dire faire la belle, être sexy. Je ne me sentais pas comme ça, je préférais l’acrobatie qui était plus réservée aux garçons. Le salto c’était comme une quête, un rêve, une sorte de valeur absolue à mes propres yeux, le moyen de me sentir légitime. Cela m’a pris plusieurs années ! Il y a eu le rêve de s’entraîner à le faire, celui de le faire et de le réussir dans les répétitions puis le rêve de le faire et en spectacle et en hauteur ( à 1m70).

A cette époque, dans les années 80, être fildeferiste pour une fille, cela voulait dire faire la belle, être sexy. Je ne me sentais pas comme ça… Le salto c’était comme une quête, un rêve, une sorte de valeur absolue à mes propres yeux, le moyen de me sentir légitime.

Le plus gros défi à été de me confronter à mes peurs. La première, celle de se lancer, de partir au 1er équilibre sans douter. Ma plus grande peur, ce n’était pas de me faire mal ou de rater le mouvement mais plutôt la peur d’avoir peur en cours de route, une fois le mouvement amorcé et de me retrouver dans un trou noir, peur de me perdre ! J’ai dû construire un chemin dans mon corps, fait d’images, de sensations et d’appuis internes pour trouver la confiance et pouvoir m’engager avec détermination dans ce mouvement. Ce moment crucial, de décision ET d’écoute du fil pour être ensemble…..être à la fois concentré et disponible, à l’écoute !!! Personnellement, je n’ai jamais réussi à me lancer en hauteur autrement qu’en spectacle. Mais quelle joie cela me procurait de le réussir Et je n’ai plus trouvé en moi ni la nécessité ni la force de le faire après avoir eu ma fille ! ……..
Par contre, cette expérience m’a permis d’élaborer une approche pédagogique avec la recherche d’une posture spécifique sur le fil qui permette justement « d’intégrer » la recherche d’équilibre à l’intérieur même des mouvements ou des déplacements sud le fil.

Avec le cirque contemporain on est passé des numéros de spécialités à la présentation d’un spectacle. Qu’est-ce que ça signifie comme exigences pour l’artiste ?

Ne pas s’enfermer uniquement dans un savoir-faire. Et avoir suffisamment la conscience d’être sur un plateau et au service d’un spectacle. Etre capable de faire un numéro, c’est une sorte de carte de visite, c’est une liberté où l’artiste a tout choisi de A à Z. Dans une démarche de spectacle, il faut utiliser ces capacités au service du spectacle, accepter de transformer, de faire différemment tout en étant garant de sa sécurité. Travailler à l’intention de ce que l’on souhaite exprimer. Pour cela, la danse, le théâtre, l’écriture, mais aussi l’ouverture à d’autres mode d’expression me semble utile dans le cirque contemporain.

Entretien réalisé par Jean-Pierre Lepoix et paru dans le Contrepied n°30 sur le Sport scolaire