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Arbitre femme : un sacré tempérament ! - EPS & Société

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Arbitre femme : un sacré tempérament !

Sylvie Borroli - Entretien Jean-Pierre Lepoix - 26 novembre 2018

Passionnée de handball, Sylvie Borroli est la seule femme membre de la commission centrale d’arbitrage de la fédération. Après des années de pratique qui la portent au niveau de la seconde division, elle choisit l’arbitrage plutôt qu’un poste de dirigeante. Avec une copine de l’équipe, elles forment désormais un duo qui s’impose jusqu’au plus haut niveau international. Une trajectoire où il faut un sacré tempérament, comme elle dit, pour parvenir au but !

Quand on joue dans un club on est contrainte de participer à l’arbitrage des compétitions, c’est ainsi que j’ai été sensibilisée à cette dimension de la pratique. Mais le parcours ne fut pas évident et, si nous avons accédé assez rapidement au niveau régional, la suite a été plus longue et difficile.

Un parcours éprouvant

Au début nos relations avec les dirigeants évoluaient entre condescendance et paternalisme et nous étions confrontées en permanence aux préjugés machistes : les femmes au sifflet c’est comme les femmes au volant ; pour être arbitre il faut en avoir… et donc, ils voulaient nous limiter à l’arbitrage des filles. Nous sentions bien que nous étions attaquées en tant que femmes plus qu’en qualité d’arbitre.

On peut dire maintenant que lorsque nous arbitrons un match de haut niveau masculin, c’est bon pour nous mais ça l’est aussi pour le jeu et les joueurs.

Avec les dirigeants et les entraineurs c’était dur ; avec les joueurs, l’apparence physique jouant beaucoup, la relation était contradictoire : pas facile de faire face à de grands gabarits mais en même temps, séduction aidant, souhaitant se montrer sous leurs meilleurs jours, ils avaient plutôt tendance à se comporter en gentlemen qu’en gougeâts. Les joueuses sont moins expansives, plus sceptiques que les garçons, elles perdent en même temps l’atout de la séduction avec nous, c’est une relation complexe. Le public était le plus redoutable. à l’entrée sur le terrain, il nous prenait pour les gardiennes du gymnase, les agents de service… mais c’était impensable que nous soyions les arbitres, d’hommes en plus. Nous ne pouvions être que des lesbiennes et le langage était fleuri ! Les femmes des joueurs se distinguaient particulièrement : comment pouvions nous réprimander leurs hommes… on avait l’impression d’être des rivales.

Des manières de faire différentes

En fait ça a évolué avec les mentalités, le contexte social et aussi grâce à la fédération européenne de handball qui a joué le rôle d’aiguillon en promouvant le rôle d’arbitre féminin. Cette initiative et paradoxalement la pression que nous subissions nous ont contraintes à développer nos compétences : à y mettre beaucoup d’application, de rigueur, à être irréprochables sur le plan technique, mais aussi dans la manière d’apaiser l’affrontement, d’être plus mobiles, de faire des gestes plus amples… Contraintes de montrer notre savoir-faire, nous avons tendance à être plus proches de l’application stricte de la règle que de son esprit, même si avec l’expérience, les manières de faire entre hommes et femmes se rapprochent. On peut dire maintenant que lorsque nous arbitrons un match de haut niveau masculin, c’est bon pour nous mais ça l’est aussi pour le jeu et les joueurs.

De réelles évolutions

Aujourd’hui, s’il n’y a eu qu’un seul duo de femmes arbitres aux JO en 2000, 20% des arbitres en France sont des femmes. L’évolution du jeu, plus rapide, plus physique, plus spectaculaire, exige une formation plus poussée : appel à la vidéo, entrainement physique. Il faut conserver au jeu suffisamment de fluidité sans pour autant passer sur les fautes : c’est la difficulté d’être capable de faire la différence entre le laisser faire et le laisser jouer : le couple pivot-défenseur devient de plus en plus dur à arbitrer. Les oreillettes pour le contact avec le délégué nous aident beaucoup. Il va y avoir des évolutions de règles (un quatrième pas au marché par exemple) pour aller encore plus dans le sens de la vie du jeu.
Quant à nous les femmes, nous devons continuer à nous battre : jusqu’à l’an dernier nous devions porter des tenues d’hommes. Nous avons maintenant des shorts de joueuses mais toujours pas des shorts d’arbitres femmes ! Le problème actuel est surtout de parvenir à garder les arbitres : l’âge, la gestion de la vie de famille avec enfants et le déficit de partage des tâches avec les hommes font obstacle trop souvent aux exigences de la vie d’arbitre. à suivre…

Cet article est paru dans Contrepied - Égalité ! - Hors-Série n°7 - Septembre 2013

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