Condition physique ? Définition !

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Raphaël Leca, responsable de la formation STAPS au Creusot, revient sur la définition de la condition physique et ses conditions d’amélioration pour en faire un enjeu déterminant d’épanouissement des adolescent-es.

Article paru dans la revue ContrePied HS n°35. 2024

La définition courante de la condition physique (C.P.) est « la capacité générale à s’adapter et à répondre favorablement à l’effort physique »1. Cette définition suppose un lien avec la fatigue, et avec les qualités physiques. Du côté de la fatigue, la C.P. permet « d’effectuer des tâches quotidiennes avec vigueur et vigilance, sans fatigue excessive »2. Elle implique une réserve d’énergie mobilisable pour faire face aux sollicitations de la vie.
Du côté des qualités physiques, la C.P. est une série de ressources motrices et physiologiques au service de l’efficacité motrice et au bénéfice de la santé. Ces qualités sont l’endurance, la force, la souplesse, la vitesse, et la capacité de coordination (déclinée parfois en adresse et équilibre). Elles « représentent le matériau de base des coordinations »3, et sont « dotées d’un caractère transférable et opérationnel »4, facilitant à tout âge l’exécution des tâches quotidiennes. Elles sont plastiques et utilisables dans une multitude de situations car elles « n’apparaissent que très rarement dans leur forme pure »4, les formes mixtes étant les plus fréquentes (endurance de force, force vitesse…)

Une approche holistique des qualités physiques

La C.P. n’est pas le domaine réservé du sportif en recherche de performance, elle est au cœur de la pratique des APSA, quel que soit le niveau. Plus largement, elle permet d’agir dans le monde à chaque instant en profitant des potentialités qu’offre notre corps, et n’est donc pas seulement de la mécanique ou de l’énergie : elle est constitutive de notre être au monde.
D’autant que se sentir en forme, avoir de l’énergie, renforcent la confiance en soi. Les qualités physiques contribuent à une meilleure estime de soi, en soutenant le sentiment d’accomplissement et de maîtrise de son corps. La C.P. perçue renforce la valeur physique perçue, laquelle irradie l’ensemble de l’estime de soi. Enfin la C.P. perçue concourt à réduire l’anxiété.
Si, être en forme physique contribue au bien-être corporel, se sentir en forme contribue donc de manière significative au bien-être mental.

« La Condition Physique perçue renforce la valeur physique perçue, laquelle irradie l’ensemble de l’estime de soi. »

Des qualités améliorables

La C.P. peut être développée à tout âge sous l’effet de l’activité physique. Les qualités physiques sont particulièrement sensibles aux effets de l’exercice à l’adolescence, soit approximativement la période qui couvre l’enseignement de l’EPS dans le secondaire.
Pour cela il faut une EPS qui elle-même échappe à la sédentarité. Une EPS optimiste quant à l’amélioration des qualités physiques des filles et des garçons, et volontariste quant aux moyens à mettre en œuvre pour cela. Une EPS qui propose aux élèves un volume de pratique conséquent, non pour qu’ils gesticulent ou simplement qu’ils bougent, mais pour qu’ils apprennent, avec et grâce aux autres, à des fins éducatives de développement, dans toutes ses dimensions « humaines ».

Un support d’autonomie

La C.P., c’est aussi l’autonomie. Pas une autonomie réduite seulement à sa version cognitive, celle des choix lucides de l’élève. Une véritable disponibilité motrice, car les qualités physiques sont des pouvoirs moteurs opérationnels donnant les moyens d’un mode de vie plus actif.
à condition de ne pas réduire la C.P. à sa dimension méthodologique, celle qui conduit les élèves, à l’échelle de leur parcours de formation, à « savoir s’entraîner ». à l’image des évaluations aux lycées, nous pensons que l’EPS sépare artificiellement les dimensions motrices, méthodologiques, et sociales des compétences, alors qu’au contraire et par définition, une compétence intègre différents types d’apprentissages.

Des jeux actifs plus que de la métacognition

La C.P. doit être attaquée sur plusieurs fronts. L’EPS est en première ligne de cet enjeu qui, au-delà d’être sanitaire, est un enjeu éducatif d’épanouissement des adolescents.
Plus que les temps de métacognition qui produisent de l’ennui et de la sédentarité au sein des séances, nous pensons que c’est surtout grâce aux jeux actifs que les élèves apprendront à s’engager de façon lucide, en développant leur C.P. Des jeux culturellement porteurs de la signification culturelle des APSA, au sein desquels se mêlent l’action, les émotions, les interactions, et la réflexion. « Il n’y a rien de plus cognitif que la motricité »5.

Article signé Raphaël Leca. À retrouver dans la revue Contrepied hors-série n°35 – Nov. 2024 dédiée à la Condition physique

  1. HAS, Guide des connaissances sur l’activité physique et la sédentarité, 2022.
  2. U.S. Department of Health and Human Services, Physical activity and health, 1996.
  3. J. Weineck, Biologie du sport, 1992, p. 189.
  4. M. Pradet, Les qualités physiques et leur entraînement méthodique, in Energie et conduites motrices, INSEP, 1999.
  5. Formule reprise à mon collègue de l’UFRSTAPS de Dijon Charalambos Papaxanthis, directeur du laboratoire CAPS (Cognition, Action, et Plasticité Sensorimotrice).