Temps de lecture : 6 mn.

Supplément électronique à l’article publié dans le Contrepied HS n°30 – Sport scolaire


Le badminton illustre le système de points de compensation. L’élève classifié C5 ou C5M aura 6 points supplémentaires. S’il est C4 ou C4M, 4 ; C3 ou C3M, 2 ; C2 ou C2M, 1 ; C1 ou C1M, aucun point. Si donc un élève C5 ou CM5 (+ 6) est opposé à un élève C4 ou CM4 (+4), la rencontre commencera avec un score de 2-0 (6-4) en faveur du premier. Par ailleurs, des aménagements peuvent être proposés, comme l’abaissement du filet à 1,4m, la réduction des lignes de jeu (pour un joueur en fauteuil, le jeu se déroulera sur un demi-terrain, la zone avant étant exclue).

En escalade, en fonction de sa classification, un élève bénéficiera d’une cotation et d’un coefficient de difficulté plus ou moins avantageux, ainsi que d’un éventuel rajout de prises. Pour le basket-fauteuil, les compensations sont intégrées à la composition des équipes : chacune doit présenter en permanence sur le terrain au moins 3 points de compensation sur 2 joueurs.

En danse chorégraphiée, il n’y a pas de protocole de compensation pour les équipes de Danse partagée.

Quant à la compensation en cross, elle passe par la distance à parcourir, possiblement différente selon les coureurs. Pour les deux élèves en situation de handicap d’une équipe de 4, elle se fonde sur le niveau de compensation résultant de leurs tests. La course se présente comme un relais additionnel : le coureur n°1 prend le départ et rejoint le coureur n° 2 ; tous deux poursuivent ensemble jusqu’au 3ème coureur, puis les 3 premiers rejoignent le dernier pour terminer la course et franchir la ligne d’arrivée tous ensemble. Au dernier championnat de France, un jeune avec une déficience motrice importante, classé C4M, était placé à 500 m de l’arrivée. Précisons que si un élève avec une déficience visuelle a besoin d’un guide, ce dernier s’ajoute à l’équipe de 4, et qu’un autre élève, « mal marchant » sur un terrain instable, peut être doté d’un fauteuil roulant.

Terminons-en avec les modalités d’équilibrage des compétitions en questionnant la pertinence des tests. Une de leurs limites est qu’ils ne rendent pas toujours compte de la singularité et des besoins des élèves. Distinguer ceux avec une déficience visuelle selon qu’ils ont ou non besoin d’un guide ne suffit pas toujours. Ce peut être valable pour certaines activités, comme le cross, mais pas pour d’autres, car les élèves malvoyants, sans guide, peuvent avoir des capacités visuelles très inégales. En outre, Marie-Agnès Dizien et Ludovic Buanec, référents Sport partagés, respectivement pour l’escalade et l’athlétisme/cross, avancent que distinguer par un test les conséquences d’une déficience et celles d’un manque d’entraînement ne va pas de soi. Enfin, évaluer l’autonomie d’un élève avec une déficience cognitive appelle moins un test plus ou moins bref que son observation par le personnel qui travaille habituellement avec lui. Au-delà d’un débat sur les procédures de classification, on peut dire que toute catégorisation est réductrice de la complexité du réel. Cela dit, on voit bien que le la FFH, la FFSA et les instances sportives internationales y ont recours. Il est difficile d’y échapper pour un championnat. Mais en EPS c’est différent, déjà parce que les professeurs n’auront pas toujours le temps nécessaire pour les faire passer. Quand on connaît les difficultés auxquelles ils se heurtent face à l’injonction d’inclusion, on peut s’interroger. Et puis on peut simplifier l’évaluation, en cherchant notamment à identifier les difficultés et les ressources d’un élève à travers l’observation qui en est faite quand il est effectivement engagé dans la pratique d’une APSA.

Quelques enseignements du Sport partagé

Jusqu’en 2019-2020, les chiffres clés du Sport partagé étaient en constante augmentation. Cette année-là, 580 associations sportives (sur environ 9000) et près de 9200 élèves en situation de handicap ont participé à ses activités. Et 210 établissements spécialisés étaient affiliés à l’UNSS.
La crise sanitaire a provoqué un recul, mais le rebond est là, et la fédération témoigne d’une dynamique intéressante. Au-delà de la trentaine d’activités aboutissant actuellement à un championnat de France, une vingtaine d’autres sont dites « en développement », parmi lesquelles les arts du cirque, la danse battle hip hop, le sauvetage, la savate boxe française (liste complète page 3 de la fiche Tout sport partagé).
Le Sport partagé suscite apparemment une réelle adhésion. Sachant qu’il comporte beaucoup d’activités compétitives, on peut en déduire que des élèves « handicapés » y trouvent du plaisir et du sens. Leur possible vulnérabilité ne les assigne donc pas à des activités rééducatives ou réduites au « sport santé ». Pour autant, des activités non compétitives sont attractives. L’exemple des séjours organisés par Philippe Chotard autour de sports de plein air en témoigne.
Soulignons qu’une activité partagée qui se prolonge dans le temps, comme ces dernières, a un meilleur pouvoir inclusif que des actions ponctuelles de sensibilisation au handicap, limitées à une journée ou quelques heures, ou que des compétitions sans véritable préparation ni prolongement, sans des entraînements en commun. Ajoutons que, pour ces activités hors championnat, la reconnaissance administrative du handicap par la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées) n’est pas nécessaire, ce qui ouvre des possibilités d’accueil élargies, car toutes les familles d’élèves ayant une déficience ne font pas la démarche nécessaire à cette reconnaissance. Marie-Agnès Dizien cite le cas d’un élève présentant une agénésie congénitale d’un avant-bras et qui, faute de ce document, n’a pas pu participer aux compétitions.
La dynamique du Sport partagé se manifeste également par les innovations auxquelles il donne lieu. On a évoqué le championnat Sport partagé multiactivités, très pratiqué. Le cross, qui lui aussi attire beaucoup d’élèves, mérite que l’on s’arrête sur la genèse de sa formule originale, décrite précédemment. Elle a été élaborée par des étudiants en Staps de l’université de Nanterre, sous la conduite de Ludovic Buanec, leur enseignant. Il leur avait donné carte blanche pour concevoir son organisation lors d’un championnat académique. Autorisés à sortir du schéma classique de l’épreuve pour prendre en compte la diversité des élèves et de leurs capacités, ils ont abouti au résultat actuel. Après des retours très positifs, la formule retenue a été adoptée ensuite pour le championnat de France.
Plusieurs enseignements peuvent être tirés de cet exemple. D’une part l’importance de favoriser l’accessibilité des pratiques en mobilisant notamment des variables didactiques, plutôt que de privilégier des compensations externes à l’acte d’enseignement/entraînement, telles que des aides humaines ou des points plus moins avantageux accordés à un élève. En cross, l’accessibilité est facilitée par la distance variable qui est à parcourir, selon les élèves, et un terrain sans obstacle majeur. En escalade, le rajout de prises y contribue. Corollaires de ce travail sur l’accessibilité, les différenciations parfois mises en œuvre pour que la compétition soit suffisamment équitable s’avèrent pertinentes, pour autant qu’elles ne valent pas assignation à une différence et renoncement à des exigences, qu’elles visent bien à rendre les activités accessibles afin de permettre aux élèves, quels qu’ils soient, de partager des expériences, des savoirs, une culture et des émotions.
Autre enseignement du processus d’innovation ayant conduit à l’actuelle organisation du cross, la fécondité de collaborations entre les acteurs d’un projet et ceux qui peuvent y concourir, ainsi que de la liberté qui leur est laissée pour prendre des initiatives. Dans ce sens, notons que si la CMN et les référents de chacune des activités impulsent et renforcent le projet Sport partagé, c’est en partenariat avec la FFH et la FFSA, avec lesquelles des conventions sont signées. L’UNSS peut s’y appuyer pour coordonner son offre sportive avec celle des deux fédérations spécialisées et pour décliner ses projets sur les territoires de façon originale, partager des ressources, par exemple en matière de compétences pour la formation des enseignants (une nécessité) et de prêt de matériel. Une action portée par l’UNSS des Pyrénées orientales, partagée avec 5 autres structures du département, illustre les multiples partenariats engagés pour un projet « VTT Territoire » inscrit dans le dispositif Collectif Innovation Sociale 64.

Pour conclure

Revenons à l’intérêt porté au Sport partagé. Pour l’apprécier plus finement, Philippe Chotard a lancé un questionnaire adressé à des élèves et des enseignants qui participent, ou non, à ses activités. La diffusion des résultats pourrait contribuer à mieux faire connaître cette formule inclusive du sport scolaire. Thibaud Vauzeilles, directeur national adjoint de l’UNSS, en charge du Sport partagé, constate qu’elle est insuffisamment connue des professeurs d’EPS, alors qu’elle pourrait capter notamment ceux d’entre eux qui ne se retrouvent pas totalement dans l’organisation dominante de la fédération.