Les JO et le changement climatique ?

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Gilles Rotillon 1, interroge particulièrement l’impact climatique des JOP et propose quelques solutions. Cet article est issu du dossier n°5 édité par le Centre sur les JOP 2024

Article issu du Dossier n°5 édité par le Centre sur les JOP 2024.

Les Jeux Olympiques (JO) font partie de ce qu’on nomme des Grands évènements sportifs internationaux (GESI) comme les coupes du monde des différents sports ou des événements sportifs concernant des territoires plus limités mais néanmoins importants (comme les championnats continentaux ou le tournoi des six nations en rugby), ou même des compétitions nationales comme le Tour de France cycliste si on en juge par le nombre de téléspectateurs (3 milliards pour le Tour de France, ce qui montre bien son caractère international). 

Ces grands évènements posent de plus en plus la question de leur pérennité en lien avec leur impact environnemental, dans le contexte d’un changement climatique en cours, maintenant perçu par la plupart. 

Le changement climatique étant causé par les émissions de gaz à effet de serre (GES) qu’on mesure en équivalent carbone (par exemple, une tonne de méthane équivaut à 28 tonnes de carbone dans le réchauffement climatique), c’est donc vers la réduction de ces émissions qu’il faut se tourner pour diminuer ce qu’on appelle l’empreinte carbone d’un événement quel qu’il soit.

Pour les jeux olympiques précédents, cette empreinte était en moyenne de 3,6 milliards de tonnes (Gt) à Rio, de 3,3 Gt à Londres et de 1,97 Gt à Tokyo. Pour Paris elle est prévue à 1,58 Gt.

Pour les jeux olympiques précédents, cette empreinte était en moyenne de 3,6 milliards de tonnes (Gt) à Rio, de 3,3 Gt à Londres et de 1,97 Gt à Tokyo. Pour Paris elle est prévue à 1,58 Gt. Dans l’absolu ces données n’ont pas de sens. Il faut les resituer dans le cadre général du changement climatique. Selon le Giec, pour respecter l’accord de Paris, c’est-à-dire ne pas aller au-delà des +2°C à l’horizon 2100, il ne faudrait pas émettre plus que 800 Gt de CO2 supplémentaires. C’est ce qu’on nomme notre budget carbone, soit la limite des émissions nouvelles à ne pas dépasser pour les 80 prochaines années. Pour l’instant, le total des émissions annuelles est autour de 40 Gt, ce qui épuiserait notre budget carbone en 20 ans et elles continuent à croître à ce rythme.

Bien sûr, il n’y a pas qu’un seul GESI par an et chacun d’eux est générateur d’émissions importantes. Par exemple, la coupe du monde de football au Quatar a émis 3,6 Gt selon la Fifa (mais entre 5 et 7 Gt selon d’autres calculs). Si on compte une moyenne de trois GESI par an, à eux seuls et sans réformes particulières, on aurait des émissions minimales autour de 10 Gt par an en moyenne (mais c’est sans doute beaucoup plus). Autrement dit, à eux seuls les GESI utiliseraient tout le budget carbone dont nous disposons avant 2100.

On pourrait faire remarquer que les JO 2024 annoncent des émissions réduites de moitié par rapport à ceux de Londres ou Rio et que ceux de Kyoto avaient déjà commencé cette trajectoire descendante. Cependant, les JO de Tokyo ont eu lieu pendant la pandémie ce qui a empêché les spectateurs internationaux de venir, réduisant donc très fortement le poste transport qui représente la plus grosse part dans les émissions (selon Carbone 4, un cabinet d’expertise qui a inventé la comptabilité carbone, les déplacements des spectateurs pour les GESI représentent en moyenne 80 % des émissions). Ils ne peuvent donc pas servir de référence, mais en revanche ils indiquent sur quoi doit porter en priorité l’effort de réduction des émissions, à savoir les transports des spectateurs venant de loin, donc en avion. On peut d’ailleurs déjà anticiper que la prochaine coupe du monde de football qui se déroulera sur trois pays (USA, Canada, Mexique) sera à la source d’émissions importantes puisque l’avion sera le principal moyen de transport pour aller d’un site à un autre. Quant aux JO de Paris, les 1,58 Gt annoncées ne sont pour l’instant qu’une promesse qu’il faudra vérifier quand la compétition sera passée, mais de toute façon, cela reste un niveau d’émissions trop important pour qu’on puisse imaginer que des JO avec cet impact puissent durer très longtemps. Il est donc nécessaire d’envisager des réformes.

Comment réduire l’impact écologique des GESI ?

On pourrait évidemment les supprimer tous. Une solution certes radicale, mais à la fois impossible à réaliser et peu souhaitable. Impossible parce qu’il n’y a pas d’institutions assez puissantes qui aient la volonté de le faire. Ni les Etats, ni les fédérations sportives internationales ou nationales, ni le public ne souhaitent renoncer aux GESI et en particulier aux JO. Peu souhaitable, parce que la compétition sportive est une des formes majeures dans lesquelles les peuples communiquent et s’unissent pacifiquement. Et ce ne sont pas les dérives de minorités de supporters qui remettent en cause ce constat. Ils ne font juste que rappeler que les GESI, comme toutes les activités quelles qu’elles soient, restent marquées par les contradictions de nos sociétés.

On a vu que les transports sont le poste le plus émetteur de GES, c’est donc d’abord lui qui doit être réduit. Ensuite, il y a le numérique, les infrastructures (voies de liaison entre les sites, les lieux de compétition, les hébergements comme le village olympique mais aussi l’hébergement des journalistes qui sont très nombreux lors des GESI). Enfin il y a la restauration.

Aux JO de Paris le comité d’organisation annonce que 95 % des équipements sont déjà existants et c’est d’ailleurs une des raisons mises en avant par Paris pour justifier sa candidature. De plus, les infrastructures nouvelles, en particulier le village olympique, seront réutilisées dans le futur pour l’essentiel. Il ne fait pas de doute que c’est une direction à suivre, mais du coup elle milite pour une organisation de JO qui se partagerait entre quelques grandes villes dans le monde (une par continent par exemple) dont les équipements n’auraient qu’à être améliorés à la marge quand ils accueilleraient les JO à leur tour. Cette solution devrait également aussi être utilisée pour d’autres GESI. Pour les JO, le fait que le CIO ait de plus en plus de mal à susciter des candidatures, compte tenu du cahier des charges (trop) exigeant qu’il impose aux villes candidates, pousse d’ailleurs dans ce sens.

Quant aux transports, la seule manière de réduire fortement les spectateurs lointains de venir c’est de leur permettre d’assister aux JO chez eux, dans des fans zones pour garder le caractère émotionnel collectif de ce type d’évènement. De fait, la plupart des spectateurs des GESI le sont devant leur poste et cela ne les empêchent pas de vibrer au rythme des exploits des athlètes, ni de manifester leur enthousiasme après les épreuves, comme on peut s’en rendre compte en France quand des concerts de klaxons saluent la victoire d’une équipe marocaine à la coupe d’Afrique de football par exemple. La diminution du nombre de spectateurs dans le pays organisateurs aurait aussi des effets réducteurs sur la restauration et l’encombrement dans les transports locaux et permettrait à des habitants proches d’assister aux épreuves, à condition que les prix des billets soient accessibles.

Ce point est d’ailleurs la résultante d’une organisation actuelle trop onéreuse qui pousse le comité organisateur à augmenter au maximum les recettes pour couvrir les dépenses. Cette augmentation des dépenses est une des raisons qui font que les villes candidates soient de moins en moins nombreuses. Pour remporter la course à la candidature, chaque ville est incitée à présenter un budget le plus bas possible, qui se trouve à chaque fois dépassé parce qu’il a été sous-estimé (le plus souvent en connaissance de cause). C’est ce qu’on appelle la malédiction du vainqueur.

Enfin, il reste deux points qui pèsent sur des JO écologiques. Le premier c’est le poids de l’argent. Le CIO a eu des revenus de 7,2 milliards d’euros sur l’Olympiade 2017-2021 (contre 5,4 à la précédente). Ces revenus proviennent entièrement de fonds privés qui en attendent un retour, ce qui pèse sur la nature des investissements réalisés. Pour des fonds privés, l’écologie est davantage une contrainte qu’un but, aller vers des JO écologiques (et plus généralement des GESI) implique de diminuer l’emprise de l’argent dans le sport. Ce qui pose donc la question de la rémunération des sportifs eux-mêmes, de toute façon marquée par des énormes inégalités. 

Le second point, ce sont les JO d’hiver et tout particulièrement le ski que le réchauffement climatique met en péril à moyen terme. Ici, il n’y a pas d’adaptation possible si le support de la pratique vient à manquer. On le voit déjà sur les épreuves de coupe de monde qui sont de plus en plus souvent supprimées, un mouvement qui ne peut que s’accentuer.

Texte issu du Dossier n°5 « Avenir de l’EPS » édité par le Centre sur les JOP 2024

  1. professeur émérite en sciences économiques sur le thème du changement climatique

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