Pratiques sociales de référence – Jean Louis Martinand

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Hommage à Jean-Louis Matinand

Nous avons appris avec tristesse le décès de Jean-Louis Martinand pendant l’été 2025. Il a été une référence marquante de la construction de la didactique en EPS. Il est le père de la notion de pratique sociale de référence, dans la poursuite des travaux de Y Chevallard (les savoirs de référence) a donné aux disciplines « du faire » (il a beaucoup travaillé sur la technologie) l’ancrage culturel des enseignements. Il est intervenu dans de nombreux colloques du SNEP-FSU et a été un soutien de la mise en place de l’Ecole Normale Supérieur d’EPS au sein de la « grande » ENS de Cachan.

Citons ici un extrait d’un interview donné en 2018

 » (…) De manière plus générale, je pense, dans une perspective « curriculaire », qu’il faut toujours se poser la question de comprendre quelle valeur ont hors de l’école les activités et les apprentissages qui y sont
développés dans les matières, les disciplines ou les éducations : que permettent-ils de comprendre
et de faire individuellement ou collectivement dans le monde ?

Est-ce qu’il s’agit de la question de la référence ?

C’est en effet ce qu’on peut appeler la question de la « référence » du curriculum, qu’il soit en forme de
discipline, d’éducation, d’atelier de pratique, d’activité scolaire hors école.
Poser la question de la référence, c’est d’abord se donner les moyens d’éviter la tendance permanente à l’autoréférence scolaire, qui peut d’ailleurs être irrémédiablement aggravée par les recherches en pédagogie ou en didactique : améliorer les résultats aux évaluations, ajuster les contenus et démarches dans ce but, et finalement ne plus se poser la question de la justification des contenus d’apprentissages. Généralement, ce sont toutes les composantes d’une pratique sociale qu’il faut alors prendre en compte. S’agissant du concept de pratique, à la fois poïesis et praxis, et pas des notions communes (« ma » pratique) ou à la mode (les « bonnes pratiques »), l’expression est redondante ; mais la redondance s’est avérée indispensable pour avoir une chance d’écarter ces interprétations triviales. Et rapidement, je me suis rendu compte qu’il fallait qualifier de « socio- techniques » plutôt que de « sociales » ces pratiques, car en leur cœur, il y a des « technicités sociales » caractéristiques : modes de penser propres, instrumentations spécifiques, rôles socio-techniques, spécialisations des compétences et des organisations. La mise en œuvre du concept de pratique socio- technique de référence pour les choix et constructions de contenus et d’activités curriculaires peut ainsi concerner tous les domaines, niveaux et ordres d’éducation et de formation, initiale ou continuée, scolaire et universitaire ou « populaire ».

Comment ce concept a-t-il été reçu ? A-t-il donné lieu à des controverses dans la communauté scientifique, la diffusion du concept n’a-t-il pas conduit à une transformation du sens initial ?

Je crois que rarement un concept a été autant dénaturé sans même s’en rendre compte !

À cause des « savoirs de référence… » ?

Pas « à cause » : la plupart ont cru lire « savoirs de référence » mais aussi pris la relation de « référence » pour une relation d’identité. Or, le concept de référence visait à poser la question des écarts toujours présents entre ce qui se fait « à l’école » et ce qui se fait dansle monde « extérieur » du travail, de la famille, des loisirs ou le monde « juvénile » pour les spécifier et les contrôler, afin que les activités aient une signification hors de l’école.Le concept visait donc à inciter à la réflexion approfondie, du point de vue de l’orientation stratégique éducative aux écarts « subis » (tout ne peut être identique à l’école et dans le monde – ressources, tâches et problèmes, rapports sociaux…) et surtout aux écarts « nécessaires », toute éducation ou formation ne devant pas seulement s’inscrire dans l’ici et le maintenant du milieu environnant, mais s’ouvrir à l’ailleurs, au passé et au futur imaginable des pratiques socio-techniques prises comme références ; c’est particulièrement le cas des formations technologiques, qui ont un devoir fondamental d’anticipation des changements technologiques et organisationnels comme de leurs corrélats sociaux. En ce sens,les pratiques socio-techniques pouvant être prises comme références ne sont pas seulement des pratiques actuelles et analysées, mais aussi des pratiques souhaitables, « virtuelles » et modélisées. Du point de vue pédagogico-didactique, le concept visait aussi à poser et étudier explicitement la question essentielle des rapports, divergents ou convergents, entre pratiques scolaires, pratiques familières aux« apprenants » et pratique socio-technique choisie comme référence. 

(…)

certaines disciplines, pour lesquelles les compétences sont difficiles à verbaliser, se sont rapidement emparées du concept de pratique socio-technique de référence : éducation physique et sportive
et documentation, en particulier.

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