Un cycle de huit séances pour vivre et apprendre la culture Hip Hop

Temps de lecture : 20 mn.

Baptiste Delorme et Géraldine Granon enseignant·es EPS ont pour visée de confronter leurs élèves de collèges très différents aux valeurs de la culture hip-hop : unité, amour, paix, et s’amuser (peace, love, unity and having fun). Cette philosophie irrigue en permanence leurs situations, leurs démarches de création et d’apprentissage et la nature des problèmes posés aux élèves. Il et elle nous rendent compte de l’ensemble de leur cycle et des choix d’enseignement affirmés au sein de la culture Hip Hop.

Photo Lux G. Granon
 

Deux classes de 6e dans deux collèges différents : un collège dans un quartier populaire de la ville de Marseille et un collège dans une zone plus résidentielle à Velaux proche d’Aix en Provence.

Celle de Baptiste : la moitié des élèves montre une appétence avec la danse et l’autre moitié d’élèves étranger·es à cette culture semble moins motivée.

Celle de Géraldine : 21 élèves avec les filles plutôt favorables à l’APSA et les garçons moins enthousiastes. Beaucoup d’élèves ont une faible estime de soi de par leur parcours scolaire souvent difficile et leur environnement social et familial peu sécurisant.

« Tout au long du cycle, nous allons vivre ensemble des expériences où personne ne jugera ce que les un·es et les autres vont faire, juste essayer et goûter et il s’agira de construire une harmonie collective au sein du groupe et une affirmation de chacun·e.

Le cercle, structure intégratrice par excellence, sera toujours présent. Chacun·e est considéré·e au même niveau, a la même importance, nous sommes uni·es et soudé·es, nous nous voyons tous et toutes, nous apprenons des autres. »

Enseignant·es, nous faisons partie nous-mêmes du cercle. Le cercle est emblématique de la culture hip-hop avec le cypher qui est un moment de partage et d’affirmation de soi.

Pas de jugement, écoute active avec les oreilles et les yeux.

1ère séance

Première situation du cycle danse : le stepping[1] en cercle – reflets modèles

Objectif : réaliser des gestes simples devant et avec les autres.

But : assis·e, en silence, et à tour de rôle, on fait soit une pause (rester dans une position sans bouger) soit du stepping : enchainement de 4 percussions max. Le son de chaque percussion doit être clair, le rythme lent pour faciliter l’unisson. Chacun·e choisit, cela doit être simple.

Chaque élève à tour de rôle, propose ou reproduit une proposition. Il faut regarder avec le plus d’attention possible. Attention, quand il y a des percussions, on doit entendre les mêmes sons, être ensemble.

Je commence, je répète plusieurs fois l’enchaînement que l’ensemble du groupe reproduit à l’unisson, puis l’élève suivant à ma gauche fait une proposition que nous répétons et ainsi de suite avec tous·tes les élèves de la classe. Le prof joue le rôle de joker si un·e élève est « en panne ».

Répéter en cercle ensemble la proposition de chacun·e donne de la confiance à chaque modèle. Et le groupe sait directement s’il est en réussite avec la qualité de l’unisson sonore des percussions.

Remédiations 

Nous rappelons si besoin que les percussions doivent être simples à réaliser pour être tous et toutes ensemble. « On a une qualité d’écoute donc on se tait », sinon l’élève est déplacé·e dans le cercle.

Si des élèves ne savent pas quoi réaliser, ils ou elles peuvent proposer une pause ou statue.

Nous sommes jokers, mais l’élève est de toute façon dans une pause sur le cercle, nous pouvons copier sa pause.

« Vous vous êtes imposé·es à tour de rôle, le groupe est là pour vous soutenir ce qui vous permet de vous affirmer ! »

Pas de jugement et écoute active avec oreilles et yeux sont maintenus.

Deuxième situation avec bande son

Objectif : chacun·e devient capable de faire des propositions.

But : Idem assis·e sur le cercle, avec une bande son instrumentale issue de la culture popping[2] où on entend bien la caisse claire sur les temps pairs (2, 4, 6, 8), de manière très régulière comme si on avait un métronome.

On tourne dans l’autre sens. Je démarre en proposant un enchainement de 4 gestes max avec un arrêt net de chaque geste sur la caisse claire. Les élèves peuvent aussi proposer un enchaînement de 4 percussions max ou faire une pause s’ils ou elles n’ont pas d’idées. On peut aussi taper dans ses mains, mais il faut être précis·e et frapper au même moment que la caisse claire.

Chacun·e passe et intègre l’enchaînement gestuel avec l’arrêt net ou la percussion.

Remédiations

Certain·es sont moins à l’écoute car les mouvements sont plus nombreux et moins lisibles. On peut proposer de ne mobiliser que les bras ou la tête pour simplifier et préciser les gestuelles.

Les élèves sont souvent trop rapides ou déconnecté·es de la musique : alors je crie « là » pour les aider à placer le geste net sur la caisse claire et si cela est encore trop difficile, j’aide le ou la modèle en réalisant son geste au bon moment.

Les élèves peuvent toujours reprendre quelque chose qui a déjà été proposé.

On peut aussi démarrer par des déplacements dans la salle sans se cogner, pour que chacun·e prenne conscience des autres dans l’espace et pour éviter les propositions seul·es devant les autres. Par exemple, quand on croise quelqu’un, on lui propose un geste.

Sur le cercle, je n’impose pas toujours le sens de rotation, et les élèves volontaires peuvent être modèles. Néanmoins, pour que chacun·e puisse s’affirmer, il nous semble utile de passer chacun·e à tour de rôle.

Il est également possible d’être debout si le groupe semble avoir une très bonne harmonie collective de base (repéré grâce à la situation précédente).

À la fin de la situation, le groupe sécurisant commence à être construit.

Son possible pour cette situation : boogaloo blues temu music

Troisème situation : le check et décale, 1 avec 1, reflet miroir

À cette étape, la moitié des élèves sont sur deux lignes extérieures dans la salle, suffisamment écarté·es. Ce sont des élèves ressources.

Les autres élèves doivent s’asseoir en face d’un·e élève de leur choix pour constituer des lignes intérieures.

But : réaliser ensemble une même gestuelle

Consignes : « On fait la même chose, vous avez un moment privilégié avec la personne face à vous. Les modèles : vous devez être attentif·ves à votre reflet et en cas de difficulté, proposez une gestuelle plus simple. Les reflets : vous regardez uniquement votre modèle ».

1er échange, phase d’exploration en silence sans musique. Le geste modèle doit être le plus lent possible pour faciliter la copie en miroir.

Inversion des rôles au bout de 30s.

Puis les deux élèves se checkent pour se remercier, les élèves des lignes extérieures se décalent pour changer de partenaire.

Nous sommes en supervision collective, insistons sur la gestuelle lente.

Au 2e échange, nous gardons la même contrainte que précédemment pour que les élèves puissent essayer de nouvelles choses et progresser par rapport à la contrainte proposée.

Évolutions 

Au 3e échange, arrivée du son. Les élèves doivent s’asseoir et être à l’écoute de l’autre.

But : réaliser des gestes toujours en miroir uniquement avec la tête, l’arrêt doit se faire sur la caisse claire.

On peut toujours copier d’autres modèles si on n’a pas d’idées. Nous rappelons qu’on n’oublie pas de s’arrêter sur la caisse claire avant de commencer un autre geste. Cela produit une gestuelle saccadée et régulière, proche du robot.

L’échange se poursuit avec inversion des rôles au bout de 20 à 30s.

Contraintes suivantes possibles

  • Un seul bras est mobilisé, puis les 2 bras, puis les 2 bras en étant debout, puis uniquement les jambes, puis pieds cloués au sol et les bras bloqués dans une position pour les contraindre à utiliser d’autres parties du corps. Pour chaque contrainte, il faut préserver l’arrêt net sur la caisse claire.
  • Même contrainte sur 2 échanges pour laisser plus de temps d’exploration.

Possibilités de sons sur la situation 

Boogaloo blues Temu music, Urkel – snoop pop, Mofak-westbubbles, Mofak-PopPop Bang, Dam Funk Missing U

Conseil :changer de sons tous les 2 échanges, dès qu’une nouvelle contrainte est proposée.

Certaines caractéristiques du battle explorées

Face à face, durée réduite, jeu de question réponse. Un·e avec un·e et modèle.

On est dans le partage, on apprend de l’autre en vivant des moments privilégiés avec chacun·e.

L’idée du check où on se regarde dans les yeux termine le passage, cette caractéristique du battle illustre corporellement la notion de « fraternité », de « on appartient au même groupe ».

On peut aussi faire tourner une bouteille pour décider quelle ligne commence à être modèle.

Qu’est-ce qui s’est construit ?

Les élèves ont appris :

Au niveau moteur :

  • à explorer des gestuelles avec différentes parties du corps (dissociation segmentaire) pour enrichir leur répertoire moteur s’inspirant de la technique « robot ».
  • à écouter le rythme de la musique et effectuer des arrêts nets.
  • à développer leur langage gestuel grâce à la diversité des personnes rencontrées et grâce aux consignes contraintes.

Au niveau méthodologique / social :

  • à faire attention à chaque camarade rencontré·e sans porter de jugement.
  • à écouter visuellement et corporellement l’autre. Si la gestuelle est trop rapide, je ralentis pour que mon ou ma partenaire soit mieux connecté·e à moi.

Nous notons ici que la « copie » fait partie du processus d’apprentissage, l’élève apprend en s’inspirant de ses camarades ce qui lui permet d’enrichir son vocabulaire gestuel, comme dans la culture hip-hop où les gestes peuvent se transmettre entre pair·es.

Évolution possible

Dans l’objectif de développer écoute et bienveillance, il n’y a plus de modèle ou reflet, je produis une gestuelle, mon duo est spectateur·rice et réagit en applaudissant sur la caisse claire devenant « transmetteur d’énergie » : tout au long de mon passage, mon partenaire m’encourage, ce qui donne confiance et aide à développer la gestuelle de chacun·e.

Sur cette dernière évolution, qui finalise le check et décale, chaque élève va essayer de freestyler grâce à une gestuelle robot (une des techniques liée au style popping) qui doit respecter 3 caractéristiques :

  • Gestuelle saccadée avec des arrêts nets sur la caisse claire
  • Isolation : une partie du corps après l’autre
  • Trajets gestuels rectilignes.

Réponses et régulations possibles 

  • Les élèves sont soit « super transmetteurs » : crient, encouragent à voix haute ce qui peut perturber l’interprète dans son écoute de la musique, donc leur demander de garder le silence.
  • Soit trop inhibé·es dans le rôle ou regardent « ailleurs » : leur demander de fixer leur regard sur leur binôme et d’essayer de taper des mains sur la caisse claire.
  • L’enseignant·e a un rôle important : se met à côté de l’élève pour le ou la canaliser ou au contraire le ou la dynamiser, lui donner le bon rythme ou l’aider à identifier la caisse claire pour taper des mains au bon moment.

Phase de composition

Travail par duo

Nous demandons aux élèves de la ligne extérieure de se mettre avec un·e élève de la ligne intérieure (mélanger les ressources et besoins).

Chaque binôme se place dans la salle a une place « loin des murs et loin des autres ».

But du jeu : vous allez créer une chorégraphie robot (un des marqueurs gestuels liée au style popping) de 2 fois 8 gestes à l’unisson qui doit respecter 3 caractéristiques :

Avoir une gestuelle saccadée avec des arrêts nets sur la caisse claire, des gestes d’une partie du corps après l’autre (isolation), des trajets gestuels rectilignes.

1e phase : celui ou celle de la ligne extérieure est debout : robot libre debout, l’autre spectateur/trice. Tout est possible. L’autre est assis·e et applaudit sur la caisse claire.

Changement de rôle au bout de 30 secondes.

En tant que spectateur ou spectatrice, retenir un geste marquant de l’autre, se les montrer. Cette phase permet de faire un brainstorming des idées de l’un·e et de l’autre et permet de fixer au moins 2 gestes qui seront forcément réalisés dans la chorégraphie. D’autre part il est utile de leur rappeler que tout ce qu’ils et elles ont fait sur la phase d’exploration préalable sur le check et décale est une source d’inspiration qui peut leur être utile au moment de créer avec son camarade.

Chacun des 2 élèves va proposer un geste à tour de rôle en reprenant à chaque fois ce qui a été réalisé depuis le début. Le danseur ou la danseuse 1 réalise un premier geste, puis le danseur ou danseuse 2 le premier puis le deuxième, puis le danseur ou danseuse 1 les 2 premiers puis le 3ème

Les danseurs et danseuses sont côte à côte pour créer afin de pouvoir faciliter l’unisson (les mêmes gestes en même temps dans la même orientation). Leur premier objectif est d’avoir un enchainement de 8 gestes en respectant les 3 caractéristiques du robot.

Pendant une assez longue partie de la phase de création, il n’y a pas de musique pour que les élèves puissent échanger et car ils et elles doivent apprendre à compter à haute voix pour avoir les mêmes repères en même temps.

Si les duos pensent respecter la consigne : avoir 8 gestes robots en étant à l’unisson, ils et elles peuvent créer un deuxième 8 dans lequel la contrainte supplémentaire est de mobiliser d’autres parties du corps que les bras et les jambes et/ou que les élèves changent de niveau (de hauteur de réalisation) sur au moins 1 de leur geste.

Si des groupes sont en difficulté pour créer, ils peuvent regarder autour d’eux pour s’inspirer et peuvent répéter un même geste pour avoir moins de gestes à trouver.

Avant de mettre la musique, il y a une phase où tous et toutes répétent ensemble.

La consigne :  les corps ne bougent plus, les bouches ne parlent plus, puis  : «  5 6 7 8 » et 1 2 3 4 5 6 7 8 (à haute voix). Les élèves doivent commencer à 1 .

Cette phase de répétition collective sans la musique, me permet de savoir quels groupes aller voir prioritairement par la suite.

Ensuite le son de la restitution (instru à la caisse claire très marquée) et les élèves répètent leur chorégraphie  en terminant chacun de leur geste avec un arrêt clair sur la caisse claire.

Juste avant la restitution finale, nous indiquons qu’il reste 3 répétitions et pour chaque répétition collective, les élèves doivent choisir de présenter 1 fois 8 ou 2 fois 8 en insistant sur le fait qu’il est préférable de privilégier la qualité par rapport à la quantité.

Les élèves répètent dans l’orientation de la restitution.

Remédiations durant la création :

  • Rappeler les caractéristiques du robot et notamment qu’ils et elles doivent mobiliser une partie du corps après l’autre » ce qui va faciliter leur unisson car les élèves auront moins d’informations à traiter.
  • Aider les élèves qui sont en difficulté en leur donnant un geste joker, en leur disant qu’il est possible de répéter un même geste, ou en leur donnant une dictée avec des parties du corps à mobiliser.
  • Rappeler les règles de communication, de travail ensemble avec un partage équitable des idées aux élèves qui sont en train de créer.
  • Rappeler de se mettre côte à côte pour créer et non pas face à face et de rester avec leur partenaire duo, personne , ne doit aller dans d’autres groupes. Si c’est le cas nous changeons le placement des duos de travail pour ne pas être tentés d’aller dans un espace proche dans lequel ils et elles ont des camarades.
  • Lorsqu’il y a le son, les aider à avoir la gestuelle sur la caisse claire, en comptant.
  • Rappeler qu’on attend de la simplicité et que les gestes ou enchaînements doivent être choisis en fonction de ce que les 2 élèves sont en capacité de réaliser.
  • Il est possible de choisir un son où le départ est clairement compréhensible et de leur demander d’avoir une pause statue avant le départ pour aider leur concentration.

Temps de restitution en check et décale

Nous positionnons la moitié des duos sur deux lignes extérieures dans la salle.

Les autres duos doivent s’asseoir en face d’un duo de leur choix pour constituer des lignes intérieures.

Chaque duo en ligne extérieure commence spectateur opendant que les duos en ligne intérieure sont pratiquants.

Puis on change de rôle.

Les duos spectateurs doivent applaudir sur la caisse claire.

Sur ce premier temps de restitution du cycle, je ne demande pas aux duos spectateurs de verbaliser, mais seulement être transmetteur d’énergie positive avec les applaudissements sur la caisse claire.

À la fin de l’échange, les deux élèves se checkent pour se remercier puis les élèves des lignes extérieures se décalent pour changer de duo.

Chaque groupe doit passer au moins 3 fois, cela lui permet d’avoir suffisamment de répétitions pour pouvoir progresser d’un essai à l’autre.

Deuxième séance

Lors d’une deuxième séance, après un échauffement destiné à retrouver la chorégraphie, on peut refaire une restitution check et décale ou le spectateur ou spectatrice devient juge.

Lors des premiers échanges, chacun·e des 2 juges va dire clairement sur quel geste le duo était le mieux à l’unisson. Lors des échanges verbaux on va habituer les élèves à avoir un « message clair positif » préalable à toute autre forme d’échange.

Si on n’impose pas cela, les premières réactions d’élèves sont : « y avait trop de décalages ! Vous n’étiez pas en même temps ! » Les élèves ont tendance à voir ce qui ne va pas en premier,  et leurs camarades sont souvent déçu·es d’entendre ce retour négatif qui peut inhiber les comportements. L’objectif est donc à la fin du cycle que les élèves automatisent ce retour positif, ce qui va les pousser aussi à regarder la prestation avec bienveillance : repérer d’abord les « bons moments » plutôt que les moins bons.

Puis à partir du 3ème échange, après avoir donné le message clair positif, les juges vont pouvoir donner leur conseil clair et constructif pour que le duo améliore son unisson.

Chaque juge  choisit alors un geste sur lequel il ou elle explique clairement ce qui doit être réalisé pour que l’unisson soit amélioré. Ce peut-être un geste différent, un geste dont la forme est différente ou un geste qui est réalisé avec décalage dans le temps.

Avec nos élèves, on peut réguler les échanges à partir de questionnements : « que penses-tu de leur unisson ? Pas, peu ou beaucoup de décalages entre danseurs et danseuses ? Sur quel geste ils ou elles n’étaient pas en même temps ? Différence de vitesse d’exécution ou différence de forme gestuelle ? » Ici les élèves apprennent par retour bienveillant d’un·e pair·e mais aussi par régulation de l’enseignant·e qui joue un rôle de médiation lors des échanges

Une même logique pendant toute la durée du cycle

Lors de l’enchainement du cycle, nous allons souvent fonctionner avec cette même logique :

rester 2 séances sur un même objet de travail, le premier objet de travail étant de réaliser une chorégraphie à deux de 2 fois 8, caisse claire, à l’unisson, en robot.

  • Au cours de la première séance, on est sur une phase d’exploration en cercle, puis en check et décale, reflet miroir, puis il y a une phase de composition, de stabilisation et de restitution.
  • Sur une deuxième séance, il y a une phase d’échauffement pour retrouver la chorégraphie, puis une phase de restitution préalable pour avoir un retour pour savoir ce qu’il faut améliorer, puis une nouvelle phase de répétition avant une restitution finale et une phase de having fun où on permet au groupe de vivre un moment festif ensemble.
  • Sur la troisième séance et la 4ème séance l’objectif est de créer un 4 fois 8 temps à l’unisson dans le style locking.
  • Pour la phase d’exploration initiale , nous proposons un cercle reflet modèle où les élèves découvrent les marqueurs gestuels du style locking (pace, lock, wrist roll, clap, pointing) puis chaque duo va réaliser une dictée chorégraphique (inspiré de l’ouvrage de l’école aux associations danses hip hop de David Bérillon et Thomas Ramires) de 2 fois 8 temps  dans lequel il est précisé par exemple au 1er 8 d’avoir une gestuelle avec des claps, au 2ème 8 d’avoir des déplacements avec des paces et/ou des wrist rolls.
  • Une fois que chaque duo a composé sa chorégraphie, il l’apprend à l’autre duo, ce qui fait un bloc de 4 fois 8 réalisé à l’unisson en crew.

Ici, l’intention est de découvrir un nouvel « univers artistique » grâce au style Locking qui vient rendre la motricité plus dynamique, s’appuyant sur des sons plus rapides et funky, transportant l’élève dans une danse festive et joyeuse.

Une fois que le bloc de locking a été réalisé, les élèves enchainent la partie robot puis la partie locking.

On a une « fiche squelette de créa » et un « son squelette de créa » (de nouveau inspiré par l’ouvrage de l’école aux associations danses hip hop de David Bérillon et Thomas Ramires) qui progresse au fur et à mesure des séances et qui permet aux élèves d’avoir des repères et d’organiser la création suivant un propos artistique.

  • Lorsque les blocs de robot et de locking ont été réalisés, lors de la 5èmeet de la 6ème séance, on leur permet de transformer légèrement leur réalisation en y ajoutant des procédés de composition chorégraphiques (avec des combinaisons de temps, espace et autres, qui sont présentées dans le règlement UNSS danses hip hop) pour enrichir leur propos et explorer des modes de coordination plus subtils.
  • Enfin lors des 7ème et 8ème séances, on va travailler plus précisément le solo et l’improvisation en partant du principe qu’on aura beaucoup plus de chances d’y parvenir avec chaque élève si on a réussi à développer une belle dynamique de groupe et un groupe sécurisant harmonieux et générateur d’énergie positive.

Des choix singuliers 

  • Baptiste

Avec ma classe, j’ai fait le choix de garder la logique de la création artistique avec le son squelette de création et la fiche squelette de création pour l’évaluation et la forme de pratique finale.

  • Géraldine

Avec ma classe, j’ai fait le choix de rester sous la forme de check et décale pour la restitution finale en gardant les fondamentaux du battle : question réponse sur 4 passages par crew : en popping, locking, break et hip hop freestyle. Chaque passage peut être réalisé dans des formes de groupements spécifiques en fonction de ce qui a été travaillé durant le cycle (par exemple duo pour le popping, crew pour le locking, solo pour le hip hop et le break…) Les mini chorégraphies sont réalisées en alternance avec le crew qui est en face de nous, ce qui permet de garder l’idée de « transmetteur d’énergie » et qui crée les conditions pour une restitution sécurisante, rythmée où chaque interprète se sent soutenu·e tout au long de sa chorégraphie.

Une démarche commune

Lors des passages collectifs chorégraphiés, prévus à l’avance, l’élève développe une intention artistique spécifique à chaque style de danse hip-hop, soutenu par le groupe. Lors de son passage solo, en improvisant, on remarque que l’élève peut pleinement affirmer sa personnalité artistique et son expression individuelle.

De plus dans les battles en cours d’ EPS, contrairement aux rencontres UNSS nous n’attribuons pas de vainqueur·e ni de perdant·e, chaque passage est analysé selon les critères d’évaluation et pas par rapport au groupe en face. Ce qui nous importe surtout est que les élèves vivent une expérience artistique singulière grâce à cette forme de pratique où le partage est placé au centre.

Le plan de cycle que nous avons proposé peut permettre d’aller vers l’une ou l’autre des formes de pratique. Certains ajustements sont toutefois nécessaires, par exemple en battle les élèves doivent danser sur des sons inconnus alors que sur la création artistique le son est connu à l’avance.

Ces deux formes de pratique (création chorégraphique et battle avec des passages chorégraphiques) sont des expériences singulières et complémentaires qui nous semblent intéressantes à vivre au sein du champ d’apprentissage 3 au cours de son cursus scolaire.

Dans chaque phase du processus de création, comment apprennent les élèves ?

  • Exploration : (pôle moteur prépondérant)
  • l’élève reflet apprend une gestuelle par l’action imitative de son camarade miroir. 
  • l’élève miroir apprend à décomposer ses mouvements, développe son sens de l’écoute.
  • l’élève apprend une gestuelle singulière inspirée du hip-hop (popping, locking, break) à partir d’inducteurs : les marqueurs gestuels de chaque style sont connus des élèves.
  • l’élève apprend à diversifier sa gestuelle en augmentant son vocabulaire gestuel grâce à la multiplication des camarades miroirs (1 avec 1 check et décale).
  • Composition : (pôle méthodo prépondérant)
  • L’élève apprend à composer au sein d’un binôme, puis d’un crew, grâce à des contraintes données qui permettent de guider sa composition.
  • L’élève apprend à se coordonner avec un camarade grâce aux « comptes » 12345678 qui permettent de donner des repères aux élèves et rythment leur chorégraphie, ils motivent aussi les élèves qui comptent à voix haute.
  • L’élève apprend à fixer sa chorégraphie par la répétition sans et avec monde sonore
  • L’élève apprend grâce aux différents feedback donnés par l’enseignant·e dans la « zone d’échange » ou l’utilisation de la vidéo
  • Restitution : (pôle social prépondérant)
  • L’élève apprend à s’exprimer devant les autres grâce aux « transmetteurs d’énergie » où l’énergie circule durant le check et décale : cela crée comme un cercle vertueux, pour les interprètes et les transmetteurs qui vont être « futur·es interprètes » lors du changement de rôle.
  • L’élève vit des émotions et des expériences différentes suivant le style de danse hip-hop qui engendre une motricité, un univers différent entre chaque tableau ou chaque passage du battle.
  • « la confiance en soi est le secret du succès » : l’élève apprend à avoir confiance en lui, elle, grâce au lâcher prise et aux valeurs du hip-hop qui ont circulé tout au long du cycle entre les élèves et le groupe sécurisant qui a été créé.

Faire vivre une tranche authentique de hip-hop

Le groupe classe est comme un méga crew, une famille qui est là pour aider et favoriser la confiance et les progrès de chacun·e. On a besoin de moments collectifs forts et soudés, avec notamment des cyphers[3] pour comprendre et ressentir que l’Unity est essentielle au progrès de chacun·e. Dans cette perspective, aucune parole ou acte ne devra porter préjudice aux membres du groupe, au contraire on permettra aux élèves de systématiser des messages clairs et positifs sur les réalisations de leurs camarades lors de temps d’échanges et de partages dédiés, Peace.

Si à certains moments de la séance, on a besoin de silence, pour pouvoir s’écouter, apprendre de l’autre, à d’autres moments on va lâcher prise, se libérer grâce aux freestyles, grâce aux applaudissements enthousiastes des spectateurs et spectatrices.

Les séances se clôtureront par de vrais moments de having fun, moments d’expressions libres et collectives, pour que le groupe et chaque élève puisse ressentir de la joie communicative à apprendre, danser et vivre ensemble.

Nos choix pour un Hip Hop scolaire

Dans notre démarche d’enseignement, les élèves vivent une tranche authentique de vie de hip-hop grâce au cypher et au battle, deux expériences clés dans la vie d’un danseur ou danseuse hip hop, où les notions de partage et d’affirmation de soi sont prépondérantes.

  • Ces expériences sont adaptées aux possibilités des élèves et au fur et à mesure du cycle, elles vont progressivement s’enrichir et se complexifier : le battle par exemple, repensé sous forme de 1 avec 1 et non 1 contre 1 va permettre aux élèves d’explorer une nouvelle gestuelle, mais aussi de restituer devant un « transmetteur d’énergie » qui va contribuer à lui donner confiance pendant son passage dansé.
  • Grâce aux marqueurs gestuels de 3 styles de danse hip-hop : le popping (robot, tetris, wave et pop), le locking (pace, lock, clap, wrist rolls, pointing), le break dance (top rock, freeze et passe passe), les élèves pourront composer en puisant dans le vocabulaire gestuel hip-hop en ayant pour support musical des sons en lien avec les styles choisis.
  • Leurs gestuelles pourront être étoffées grâce aux contraintes données lors de l’exploration (1 avec 1 check et décale) mais aussi grâce à la multiplication de ces rencontres et aux nombreux passages dansés.
  • De plus, les valeurs du hip-hop peace love unity et having fun seront de vrais fils conducteurs tout au long du cycle et constitueront de véritables leviers pour justifier et expliciter nos situations et objectifs.

Par exemple « à la fin d’un échange reflet/modèle, tu dois vraiment remercier ton ou ta camarade de t’avoir écouté·e et remercier ton ou ta camarade de t’avoir inspiré·e, c’est ton cœur qui s’exprime au moment de checker ton camarade « Love ».

Quelques ressources  supplémentaires

Exemple de son squelette final de la création : son squelette final.wav

« Le son de la partie locking » n’est pas un son de funk mais plus un son de hip hop car j’ai besoin d’un BPM plus lent pour faciliter le travail et la coordination des élèves ce qui est plus complexe avec un son de funk au BPM plus rapide. Si les élèves sont en réussite, il est préférable sur l’évaluation finale de mettre une musique en rapport avec le style.

Exemple de son squelette final de la création (avec le funk sur le lock) son squelette avec le son funk pour le lock.wav

Exemple de fiche squelette finale de la création : Fiche squelette cycle danse hip hop.docx

Le son squelette et la fiche squelette sont bien entendu proposés de manière progressive tout au long du cycle. Les différents éléments sont adaptés au profil de la classe à leur rythme d’apprentissage et aux objectifs prioritaires visés par l’enseignant. D’ailleurs, une même fiche squelette dans son contenu peut varier d’un groupe à l’autre pour mieux être adapté à leur ressource et besoin spécifique.

    Exemple d’évaluation : evaluation danses hip hop.xls



[1] Le stepping est une danse percussive de culture afro-américaine dans laquelle le corps entier est utilisé comme instrument pour produire des rythmes.

2 Le popping est un style de danse hip-hop, où l’une des caractéristiques est l’alternance de relâchement et de contraction musculaire qui donne l’illusion d’une « explosion » musculaire à des moments clés de la musique (notamment sur la caisse claire).

[3] Moment d’échange et de partage en cercle où des danseurs rentrent à tour de rôle au milieu.