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Des pratiques

Construire le renversement sur les mains en gymnastique (ATR) : un mode d’emploi explicite

Serge Reitchess, Colloque novembre 2016. Article publié en ligne le - 13 février 2017

Serge Reitchess enseigne depuis longtemps en Seine Saint Denis. En gymnastique, comme de nombreux enseignant.es, il était confronté aux « éternels débutants ».
Après avoir modifié pendant de nombreuses années ses pratiques, en référence à Paul Goirand, ses observations l’ont conduit à se centrer sur un apprentissage qu’il estime fondamental : le renversement sur les mains, afin de construire l’ATR comme posture de référence.
Voici le « mode d’emploi » qu’il soumet au débat professionnel.

Accéder au mode d’emploi complet ici

Passer du zapping à une centration sur un « noyau dur » de la gymnastique, l’ATR

J’enseigne au collège des Lilas (93) depuis 30 ans. La gymnastique a toujours été programmée. Lorsque j’ai débuté, j’ai proposé une gymnastique que l’on peut qualifier de traditionnelle (pour dire vite, faire un enchaînement « simple et correct ») qui -il faut le dire – n’avait pas beaucoup de sens pour les élèves. Puis formé avec Paul Goirand lors des stages Maurice Baquet et des stages de formation continue de l’académie de Créteil, j’ai proposé une gymnastique d’un abord plus ludique, à base d’exploits de plus en plus acrobatiques (une gymnastique de plus en plus tournée, de plus en plus aérienne, de plus en plus renversée). Du point de vue du sens, pas de problème, les élèves les plus sportifs adhéraient, étaient motivés et on tournait, volait, se renversait…sur plusieurs ateliers. Mais pour une grande partie des élèves, au-delà de la motivation et du plaisir immédiat, que restait-il ? Le résultat final était décevant, voire un échec, pour nombre d’entre eux/elles, notamment pour cette acquisition centrale en gymnastique : l’appui tendu renversé (ATR). C’est ainsi que nous avons décidé, avec mes collègues Francine Ketfi et Claude Roumieu, de centrer notre enseignement en classe de 6è uniquement sur cet objet d’étude. Pourquoi l’ATR et uniquement l’ATR ? Parce que c’est une acquisition révélatrice de la gym, une acquisition difficile (placement du dos, ouverture scapulaire, tonicité et gainage) ; si l’école veut jouer son rôle, elle doit se centrer en priorité sur ce qui est difficile à apprendre, et faire réussir tous les élèves. Donc l’ATR en gymnastique !

Cela supposait de réfléchir non seulement aux contenus, mais aussi à la motivation et à la façon de gérer l’hétérogénéité, tout le temps que les apprentissages sont nécessaires, à savoir pendant 15 séances.

Les contenus : de quel ATR parle -t-on ?

Il ne s’agit pas d’un seulement d’un ATR en tant que « forme » gymnique à copier, à imiter, qui consiste à se renverser sur les mains, s’aligner, tenir quelques instants et redescendre sans s’écrouler. Il s’agit de l’ATR en tant que « posture de référence » dans une figure plus dynamique. C’est cet aspect dynamique qui va leur permettre de maîtriser progressivement la position de référence qu’est l’ATR.

Ainsi, à partir de ce « noyau dur » indispensable qu’est l’ATR, ils construisent tout ce qui est nécessaire à un renversement actif, dynamique, qui conditionne les progrès ultérieurs vers des figures gymniques plus complexes (équilibre ½ valse, marcher sur les mains, roues, rondades, salto, flip, sortie d’appareil, combinaison d’action, etc). Cet ATR « dynamique », élabore et développe une tonicité, un gainage que bon nombre d’élèves n’ont pas spontanément et qu’ils vont devoir construire. Pour cela, j’ai conçu un code gymnique (que j’appelle avec eux « mode d’emploi ») à partir de mes observations de la diversité de mes élèves. Je considère ces observations comme des hypothèses à valider collectivement par la pratique.

Etapes et moments clés du code /« mode d’emploi »

Globalement, le « mode d’emploi » présente 3 grandes étapes et des moments-clés qui correspondent à des bons qualitatifs pour les élèves du point de vue des savoirs et savoir faire à acquérir et à stabiliser :

à acquérir :

  • Première étape : l’élève dispose d’un cadre matériel sécurisant, avec de gros tapis, qui permet l’engagement dans l’action et la construction d’un alignement grâce à plusieurs appuis et sollicite le début du processus de gainage et de tonicité (de 0 à 8 points).
1 point Renversement « faire la brouette »

« Avec un appui jambes tendues (à un mètre de haut), tu recules tes mains le plus près possible du bloc mousse, et tu reviens au point de départ ». 3 x 15 sec.« Pour réussir, tu dois monter le bassin au-dessus des épaules et chercher un alignement ». « Tu regardes tes mains »

2 points « Le trépied », renversement avec aide

« Tu poses ton front sur le tapis (les mains en appui devant les yeux) et tu montes tes jambes, épaules et dos appuyés sur le bloc mousse ». Un appui intermédiaire est proposé par un partenaire pour monter la première jambe (le pareur a les mains à plat, comme une marche d’escalier)La jambe libre, les épaules et le dos vont se poser sur le bloc.Tenir puis revenir à la position initiale 3 fois/15 sec.

7 points Renversement sur les mains, avec seulement appui des pieds sur le mur

IDEM+ « Une fois renversé, tu pousses en même temps sur tes mains et tes jambes pour décoller et reculer la tête, les épaules, le dos ». Tenir, décoller, recoller, revenir à la position initiale : 3 fois/15 secEtape déterminante, recherche de l’alignement seul.e. Passage du statique au dynamique. Pour la première fois, je tiens seul.e sur les mains !

  • Deuxième étape  : l’élève n’a plus que l’appui des pieds sur le mur, il va de plus en plus reculer la pose des mains, sans marcher, pour construire l’alignement tête, épaules, bassin, jambes, pieds. Progressivement, il contrôle de plus en plus le recul actif de la tête, des épaules, puis du corps, par le développement du gainage et de la tonicité (de 08 à 13 points)
8 Renversement, début de recul de la pose des mains

« Tu sais tenir seul.e, tu peux maintenant prendre des risques et reculer les mains » , « mais, pour des raisons de sécurité, tu as encore as encore besoin d’appuyer la tête sur le tapis »Tenir puis revenir à la position initiale, 3 fois/15 sec.

  • Troisème étape : on passe à un renversement dynamique, avec de plus en plus de déplacements et d’appuis prolongés sur une main (de 14 à 20).
14 « Bouteille latérale »

Passer d’un appui sur l’autre (sans marcher) : alléger son appui (appui sur les doigts) par une poussée de l’épaule, d’un côté puis de l’autre. Jambes tenduesTenir 2 fois/15 sec (ou plus)

18 Marcher en touchant les épaules

(tenir sur une main)Recul de la pose des main en marchant JUSQU’AU MILIEU du tapis, en touchant les épaules ET tenir la position sur une main « pousser les doigts, toucher l’épaule, tenir 3 secondes, recul, pousser les doigts,…)Aller-retour 3 fois /15s et plus

La progressivité des apprentissages

En gymnastique, la règle du jeu est donnée par le code de pointage [1]. Ce code est le référentiel culturel, qui à l’école, est un référentiel pour la classe. De manière traditionnelle, le code est une liste de figures gymniques, la plupart du temps construite en dehors de la classe, parmi lesquelles l’élève va choisir les figures qu’il/elle réussit. Le code que je propose est une progression de 20 renversements acrobatiques pour construire l’ATR, qui correspond à 20 dispositifs (gros tapis + rouleau+ consignes). Les figures acrobatiques sont numérotées de 1 à 20. Si je réussis la figure 8, j’ai la note 08, si je réussis la figure 15, j’ai la note 15. Par rapport à un code gymnique traditionnel, ce code est à la fois, plus progressif, plus adapté aux ressources des élèves, plus contraignant en termes de critères de réalisation mais aussi plus explicite (c’est réussi ou pas réussi) et donc au final plus aidant.

C’est un véritable « mode d’emploi » pour les élèves parce qu’il a plusieurs fonctions. Il leur permet de :

  • entrer dans le jeu (le plus faible de la classe réussit obligatoirement quelque chose du code). Si j’ai un élève en très grande difficulté, je rajoute, il travaille une figure adaptée à son niveau du moment.
  • se situer dans ce code (je sais faire/je ne sais pas faire) à partir d’un critère de réussite unique : faire la figure 3 fois et tenir chaque fois 15 secondes
  • connaitre à l’avance le sens du progrès et pouvoir se projeter dans l’avenir : aujourd’hui, ma figure vaut 5 , si je m’entraîne, elle vaudras 7 puis 8… et j’aimerais bien atteindre 14.
  • être autonomes quand ils-elles travaillent
  • s’entraider quand la figure le nécessite.
  • connaitre la progressivité des critères de réalisation : chaque figure du code a des contraintes spécifiques.

La gestion de l’hétérogénéité

Ce mode d’emploi est présenté aux élèves à la première séance. Les tapis des 20 ateliers sont installés et les élèves passent à celui qui correspond à leur niveau. Ils ne vont pas où ils veulent, c’est l’enseignant qui les guide et qui vérifie si ils respectent bien leur niveau à travailler . Si je ne fais pas cela, il peuvent faire n’importe quoi en réalisant une acrobatie trop difficile pour leur niveau du moment ; ils risquent de se faire mal, ou d’échouer, et quand ils échouent, ils décrochent vite ou mettent le bazar…Au début du cycle, la majorité es entre 1 et 5. Dans la classe avec laquelle je travaille actuellement : 11 élèves de 1 à 5, et 11 élèves de 6 à 20 à la quatrième séance. C’est une bonne classe, je n’ai pas d’élèves totalement a-toniques.

Ils comprennent assez rapidement la logique de progression, mais en termes de réalisation, il faut beaucoup de temps. Tout le monde doit pouvoir jouer.

Les premiers niveaux sont des poiriers ou trépieds (être en équilibre sur la tête et les bras) et le plus simple avec appui du dos sur le tapis. C’est nécessaire pour que tout le monde puisse rentrer dans l’activité et entamer réellement le processus de réussite. Au début du cycle, je double, voire triple les ateliers de 1 à 5 pour éviter les embouteillages. Ils doivent pouvoir faire un grand nombre de répétitions.

Les progrès d’un élève au cours du cycle : trois exemples

  • progrès élève A : 0 à 5 points
Séance 3 Séance 8 Séance 18
  • Progrès de l’élève B : 1 à 12 points
Séance 3 Séance 8 Séance 18
  • Progrès de l’élève C : de 14 à 20 (et+)
Séance 3 Séance 8 Séance 18

Pour les élèves atteignent 20 points : tenir et marcher sur les mains (sans mur) ; développer la maîtrise de l’ATR.

Quand les élèves réussissent à faire le renversement le plus difficile (20 points), on se fixe un nouvel objectif : tenir et marcher sur les mains à l’équilibre (sans support) sur un tapis, avec comme première exigence le repérage de la zone d’équilibre (verticalité). Ils partent du mur, repèrent la zone d’équilibre sur la base des sensations de tonicité et gainage acquises.

Je leur propose un nouveau mode d’emploi basé sur le fait de tenir un temps de plus en plus long où ils tiennent l’équilibre sans aucun support : avancer d’un pas/reculer d’un pas (5/20) ; avancer et reculer sur ¼ de tapis (2 ou 3 pas) en avant/ en arrière (10/20) ; avancer et reculer sur un ½ tapis (15/20) ; marcher sur les mains ½ arrière puis avant sans redescendre (20/20).

Ce mode d’emploi est complété par deux types d’exercices qui eux aussi ont leur mode d’emploi :

  • un exercice avec un pareur qui assure un maintien de plus en plus bas (mains ouvertes) : le pareur tient au niveau des jambes (5/20), parade au niveau des poches (10/20), parade aux hanches (10/20), parade aux épaules (20/20) ,
  • la valse : qui n’est pas si difficile que l’on croit parce que c’est la dynamique qui crée la statique. …. C’est un autre mode d’emploi : monter et descendre l’équilibre (5/20) ; sur un contre bas, équilibre, avancée de la main avec ¼ tour (10/2°) , idem, équilibre tenu 3 sec ½ tour (15/20), idem équilibre tenu 5 sec (20/20)
Repérage de la zone d’équilibre Equilibre avec parade aux hanches
Equilibre ¼ de tour en contrebas Equilibre quart de tour

Parfois, des élèves qui entre 18 et 20 tentent des actions que je n’ai pas prévu, la souplesse arrière, par exemple. Au début, je la rajoutais au mode d’emploi, mais je me suis aperçu que ça n’était pas très porteur sur le plan de l’apprentissage de l’ATR. Donc, maintenant, je les laisse faire, pour le plaisir, mais je ne l’intègre pas dans la progression. Si leur trouvaille vaut le coup, je l’intègre.

Quelles interactions avec les élèves et entre élèves ?

Le dispositif, et sa compréhension dans le détail des exigences de gainage, de durée, de distance …, permet aux élèves d’acquérir les techniques. Je ne fais pas d’exercices supplémentaires. Mais tous les quarts d’heure environ (3 fois par séance), il y a des temps d’entraide entre le groupe entre 15 et 20 et les autres groupes. Cela ne dure pas longtemps (5 mn), ils se mettent par affinité en doublette, j’ajuste si besoin. Le plus faible montre ce qu’il fait, explique ses difficultés, ils discutent entre eux, le plus fort montre, explique, aide comme il peut. Ce n’est pas fait pour remplacer la parole du prof, mais cela a un puissant effet motivationnel. Pour les plus faibles, c’est important que l’écart ne s’agrandisse pas. Les deux prennent conscience que ce n’est pas une honte de ne pas savoir, qu’on peut être apprenti- gymnaste, comme apprenti nageur, comme apprenti coureur. Je fais cela dans la plupart des APSA. Ce sont des compétences méthodologiques totalement intégrées à l’apprentissage de techniques : ils doivent s’expliquer avec le bon vocabulaire, reprendre les exigences du référentiel commun, etc. Cela les mobilise au plan cognitif, ce que certains élèves ne font pas spontanément. Parfois j’interviens, ou alors ils me sollicitent « regardez Monsieur comment il fait : qu’est-ce qu’il faut que je lui dises ». Pour qu’ils deviennent autonomes dans leurs apprentissages, je fais référence en permanence au mode d’emploi. Je n’utilise pas encore les tablettes et le feed-back vidéo, mais je vais le faire pour qu’ils mettent encore mieux en relation ce qu’ils observent sur les autres, sur eux-mêmes et leurs propres sensations. Il n’y a pas de recette miracle…mais ça fait plaisir d’entendre « regardez Monsieur, ça y est, il y arrive ! ».

Serge Reitchess, novembre 2017

Tous mes remerciements à Claire Pontais pour son aide à l’écriture de ce compte rendu de pratique.

Débats lors du colloque

Suite à l’intervention de Serge Reitchess les questions ont fusé : « avec 20 séances d’ATR, tes élèves ne se lassent jamais ? », « Comment gères-tu la séance ? », « Si tu demandais aux élèves de s’aligner au départ, tu aurais de meilleurs résultats ! », « On ne peut pas dire que tu travailles l’TR, tu travailles un renversement, mais pas l’ATR et encore moins le gainage ! » « Que fais-tu avec les élèves qui ont 20 en début de cycle ? »

Serge Reitchess a répondu à ces questions, dont le compte rendu de pratique ci-dessus tente de rendre compte.

Témoignages reçus après le colloque

Sophie Deslaurier – Rouen

Ce qui m’a particulièrement plu dans ta présentation :

  • oser le ’ mode d’emploi’ : aussi utile pour les enseignants que pour les élèves ; il permet de préciser ce qui est attendu : chacun sait où il en est, et ce qui lui reste à faire ;
  • identifier toutes les étapes à franchir, dans l’ordre : c’est clair, pratique, injonctif : passages obligés ; on gagne en temps et en efficacité ;
  • l’encouragement à progresser puisque les étapes sont franchissables et immédiatement valorisées par un pouvoir moteur supplémentaire et une meilleure note ;
  • le fait que ce soit à la fois le fruit d’une expérience longue, collective, exploratoire et présentée malgré tout sous forme d’hypothèses. Je pense que les vidéos sont indispensables pour accompagner la proposition.
  • le fait d’assumer l’apprentissage technique et assumer aussi le fait de faire répéter, et surtout revendiquer et assumer la durée du cycle ;
  • la perspective de travailler collectivement pour faire d’autres propositions professionnelles comme celle-ci dans d’autres APSA, tous préoccupés par le noyau des APSA.

Coralie Duverger- Aix-Marseille

Voici ce qui ’m’a retourné’ dans ta présentation :

  • 1 Contraste entre une présentation « pleine de certitudes irritantes » ET ta proposition innovante...(Mais qui c’est celui là ??? Qu’est-ce qui nous veut ? ).
  • 2 La réaction des collègues : choqués , énervés... fermés par ta façon d’aborder l’ATR qui est complètement à l’opposé de tout ce qu’on a toujours entendu et toujours fait, qu’on pensait jamais remettre en cause un jour !!! Concrètement, au vu des images vidéos : Le ’fracassement ’ contre le mur, le ’corps des élèves’ à l’envers, en vrac ... la tête écrasée au sol, l’éloignement/mur ; le placement des mains ; le ’gigotement’ et surtout , surtout : la courbure du dos...
  • Les collègues ont été choqué (moi pas du tout) par le seul et unique objet d’Enseignement : ATR en 20 séances de 1h30

Sandra Decoq Aix Marseille.

Les vidéos sont essentielles comme démonstration des hypothèses, du processus de progrès et des acquisitions des élèves
Les explications sont nécessaires pour comprendre le cheminement professionnel qui a conduit à Ces hypothèses.

Il est indispensable de comprendre l’ensemble développé du mode d ‘emploi, c’est à dire l’articulation entre le noyau que constitue l’acquisition de l’ATR et la « diversification » des apprentissages qui suivent : repérage de la zone d’équilibre, marche sur les mains , quart de tour, roue, rondade… etc

Il est très important de comprendre les acquisitions clefs du noyau ATR : l’alignement, le gainage et la tonicité du corps se construisent progressivement par le recul des mains avec les pieds sur le tapis ; ce qui dans un premier temps nous fait dire « ce n’est pas de la gym, ce n’est pas un ATR, c’est seulement un travail de renversement acrobatique ».

Ce n’est que par la suite, avec le mode d’emploi et les réalisations des vidéos, que ces renversements divers, se transforment en ATR, alignement du corps, avec l’exercice des pieds décollés du tapis de parade et la recherche de la zone d’équilibre, notamment.

Hélène de l’académie de Corse .

J’étais présente à ton intervention gym au colloque Snep. Tout d’abord merci pour le travail et la démarche de réflexion que tu as mûri et mise en œuvre sur le terrain. Moi qui ne suis pas très gym, j’ai le sentiment d’avoir reçu un déclic ! Loin des modes d’entrée classique dans lesquelles je ne me retrouvais pas beaucoup.… Un peu de tout mais au final un peu de rien… Bref, j’adhère beaucoup et je vais tenter de m’inspirer de tes propositions tout en gardant ma façon de transmettre avec mes compétences qui sont loin des tiennes... là ou peut-être j’aurais souhaité des apports complémentaires, c’est sur la notion de remédiation pour les élèves… "Comment je peux t’aider pour transformer ", ce que j’appelle les petits rien qui changent tout...de plus, que proposer aux élèves ayant déjà un fort vécu gym dans ce dispositif… voilà pour mon petit retour… J’attends avec impatience tes retours n’ayant pas pu tout noter...

Simon, jeune collègue de l’équipe EPS du collège des Lilas

En arrivant en tant que néo-titulaire au collège l’an dernier, ma première interrogation a été sur le ’6 mois de gym centré sur l’ATR’ que tu proposes aux élèves. Ce choix tranche avec la formation initiale et les repères construits (pratique/théorique) à la fac : influences des textes de 2008 ...

- Proposition de l’équipe d’un travail collectif à partir de tes travaux sur : quels repères donner aux élèves au cours de l’apprentissage, passage d’un niveau à l’autre et temps pour y parvenir et comment créer de la continuité pour eux (programmation, passeport, situations clés, noyau de l’activité ...)

- Mise en place de certains dispositifs en équipe : le savoir courir ; l’ATR comme noyau en gymnastique ; le jeu de passe en effectif réduit au rugby ...Le reste est encore à creuser ensemble

Voici mes premiers retours sur ces choix dans mon expérience de jeune prof (gym, course) :

  • Moins d’élèves posent des problèmes de comportement : détournement de l’exercice, jeux entre eux, matériel détourné ...
  • Aucun élève n’a pas envie ou n’accepte pas de faire l’exercice demandé, tous ont cette année été plus investi dans mes cours
  • Un gros progrès sur l’autonomie des classes (flagrant chez les sixièmes) 
  • Un rôle de coach perçu plus positivement pour les coaches qui joue leur rôle avec plus d’envie (ils savent ce qu’ils ont compris pour y arriver). En gym :
  • Après six séances consacrée uniquement à l’ATR la plupart des élèves en redemandent et acceptent volontiers de poursuivre ce travail pour une partie de la séance.
  • Ils sont maintenant capable de gérer 25 mn de travail autonome et de qualité en ATR me laissant me consacrer à un atelier ’salto’ plus compliqué à gérer pour moi sur la sécurité (cela avait été impossible l’année dernière avec un travail des familles d’acrobatie dès le début du cycle où tout le monde voulait faire le salto et ne se consacraient pas sérieusement aux autres ateliers)
  • Un travail des coaches qui n’est plus vécu comme un contrainte pour les coaches (à plus de 15/20) qui se consacre 5/10 min par cours à ce rôle sans difficulté pour la plupart d’entre eux

Arnaud, collègue de BESANCON

Comme je te l’ai déjà dit à la fin de ton intervention, tu as jeté un beau pavé dans la marre et tes vidéos ont vraiment appuyé et validé ton hypothèse de départ.

Il faudrait je pense faire le lien avec des vidéos de tes classes de 5è pour montrer au collègue ce que la maîtrise de l’ATR permet de déclencher dans la pratique gymnique de l’élève par la suite (roue, saut de main, rondade, saltos ...).

Cette démarche est bien sûr transposable à toutes les activités mais elle suppose au préalable une analyse et une connaissance sans faille de l’activité pour faire émerger le noyau dur et déclencheur.

Cela va à l’encontre des programmes, du zapping et même de la pratique de beaucoup de collègues.

Si la disposition matérielle et les différents niveaux de compétence sont à la portée de tous par rapport à ton témoignage en gym, l’analyse au départ est déterminante et là se situe la bataille si l’on veut pouvoir engendrer des progrès durables chez les élèves.

Bien sûr tu prêches un convaincu et j’aimerais que tu me fasses parvenir ce que tu as formalisé en handball, en volley-ball et en course de demi-fond, juste au sujet de ton hypothèse de départ pour ces activités, les situations péda j’en fait bien-sûr mon affaire.

L’enjeu de fournir des contre-propositions réalistes et efficaces est fondamental pour notre métier, tu sais mieux que moi la perte de crédibilité occasionnée par le peu de transformation motrice que l’on est capable de réaliser chez nos élèves (sans parler des fédés qui nous prennent pour des cons depuis un bout de temps).
Encore merci à toi pour ton intervention.

Claire Pontais, formatrice ESPE, académie de Caen

Je suis convaincue de l’intérêt de ce type de code de pointage très explicite pour les élèves, ainsi que du processus de réflexion théorique sur la gym qui l’accompagne. J’apporterai une modification dans le code que tu proposes. En effet, personnellement, je bannis le trépied parce que je pense que ça n’est pas bon pour le cou, d’autant plus quand les élèves sont en surpoids. Je proposerais donc que les 4 premiers niveaux soient la continuité du niveau 1 (appui sur les mains, pieds surélevés), à savoir : rapprocher de plus en plus ses mains (placement de dos) et monter de plus en plus les pieds (sur un espalier par exemple, puis le mur). le degré de difficulté pourrait croiser les deux paramètres. Le critère de réussite serait de tenir x secondes et de revenir sur ses pieds sans s’écrouler (ce qui oblige à avoir un appui de plus en plus solide sur les mains). Je fais l’hypothèse que les progrès seraient ensuite plus rapides…mais c’est à vérifier !

Buisson Guillaume, professeur EPS dans l’académie de Lyon

Lors de ce colloque, j’étais venu chercher une ligne de conduite de l’EPS, peut être aussi pour me rassurer sur la mienne. Je l’ai trouvé dans divers récits de pratiques, notamment la tienne Serge.

En effet, j’ai saisi la ligne de conduite d’une exigence d’apprentissages moteurs, une exigence de progrès. Cette exigence est celle du professeur mais à travers les vidéos, nous voyons que celle ci devient celle de chaque élève. Une exigence vis à vis de lui même, de ses propres apprentissages qu’il construit.

J’ai remarqué surtout la démarche pédagogique et didactique faite d’étapes d’apprentissage strictes, indicateur de progrès, étape de construction très précise. Les gamins semblent trouver une motivation d’apprendre car ils savent ce qu’ils font, ce qu’ils ont à faire pour et ou ils doivent aller.

Mais ce qui a modifié ma pratique depuis, c’est bien cette notion de ’noyau d’apprentissage’, ici l’ATR, qui permet l’apprentissage du reste. Ainsi, cette notion de noyau est devenue transversale pour moi dans ma pratique.

Je croyais à la notion d’entraînement, de répétition, guidé par le ’je sais ce que je fais’, ’je sais ce que je dois faire’ et ’je sais qu’il y a à faire’ pour réussir.

C’est à mon sens ce que j’ai observé dans ton intervention.

Les vidéos sont justes la justification simple de l’exigence motrice, l’analyse et l’identification des noyaux d’apprentissage et des étapes de construction de la compétence. Ces images sont aussi la justification du temps donné pour apprendre.

Tu as utilisé le ton de la provocation lors de cette conférence pour dénoncer l’orientation donnée par les textes vers le zapping d’APSA, l’absence de contenus exigeants et le confort dans lequel certains d’entre nous peuvent se mettre. Il est vrai que programmer des Apsa sur 15 à 20 leçons, il faut réfléchir à son contenu et sa démarche didactique, ce que tu fais avec brio.

Je te remercie pour ton intervention qui après 15 ans d’enseignement m’a en quelque sorte conforté dans ce que je crois et aussi remis un petit coup de pied au cul.

A moi maintenant d’inonder de cette idée l’académie de Lyon.

A bientôt pour d’autres échanges.

Pour débattre, échanger, témoigner de vos expériences…n’hésitez pas à utiliser le formulaire ci dessous.


NOTES

[1 J-F Robin, Contrepied n°16, « Osons la gym », 2005

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