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Contenus et démarches sont essentiels pour la réussite d’un sexe ou d’un autre

Geneviève Cogérino - 18 avril 2019

Les éditons AFRAPS viennent de publier un ouvrage coordonné par Geneviève Cogérino, en écho à une thématique du Capeps. Au-delà de sa fonction de préparation
aux concours pour les formateurs et les étudiants, il se révèle être un formidable regard sur l’EPS d’aujourd’hui.

Vous venez de coordonner « Rapport au corps, genre et réussite en eps » est-ce que c’est un livre de plus sur le genre ?

Le livre n’est pas seulement sur le genre. Il traite de la question du rapport au corps et au genre. Dans les formations, ce rapport au corps est souvent traité à partir des travaux de sociologues, historiens et philosophes (Vigarello, Lebreton…), parfois très « datés » (Schilder).
Très peu de cours abordent le rapport au corps en relation avec l’observation des pratiques physiques.

L’ouvrage cherche donc à actualiser les références et les outils.

Par exemple, les cours donnent rarement aux étudiants des repères sur les savoir-faire perceptifs, la liaison entre sensations et savoir-faire perceptifs, leur élaboration inscrite dans la culture sociale et familiale.
Beaucoup d’écrits sur le genre sont souvent binaires, avec des caricatures qui conduisent à l’effet inverse de celui recherché : ils tendent à bi-catégoriser garçons/filles, là où ils devraient montrer la pluralité des filles et des garçons.

L’approche très partielle des travaux sur le genre suggère de s’occuper des filles. On enferme d’une certaine façon les garçons et les filles dans une forme de pratique qui serait déterminée par le sexe. Par exemple, une survalorisation de l’esthétique pour les filles et de la force pour les garçons.

C. Menesson et S. Barrau, C. Guérandel montrent que cette construction s’inscrit dans une dynamique sociale et qu’elle varie au sein du groupe des filles et de celui des garçons.
Certains garçons peuvent aimer « l’esthétique » sans pour autant faire une « pratique de fille ». Alors que les discours professionnels typologisent les formes techniques en fonction des garçons et des filles, participent de cette production des caricatures.

Lorsque l’on continue de lire que les garçons vont smasher et que les filles jouent avec agilité et finesse, on lie les techniques avec le sexe d’un élève et, de fait, on court le risque de renforcer ces stéréotypes.

La CP5 ou la volonté d’écarter la CP4 ont toujours été avancées pour favoriser l’implication des filles. Pourtant plusieurs auteurs semblent montrer que ce choix enferme les élèves dans la reproduction de stéréotypes

De manière synthétique, je rappellerais qu’une pratique physique n’est jamais porteuse en elle-même d’enjeux, d’apports, d’intérêts. Ceux-ci sont liés d’une part à la manière dont elle est enseignée, d’autre part aux représentations, attentes, niveaux qu’ont les pratiquants ou élèves. D’où les débats entre passionnés qui ne voient que des aspects positifs à une pratique pour laquelle ils sont justement passionnés (que ce soit les échecs, la couture, ou le rugby..), et inversement pour ceux qui ne sont pas « branchés ».

La CP 5, n’est donc pas une pratique qui libère des stéréotypes genrés et favorise la réussite de tous : c’est surtout la manière dont elle est enseignée, avec tous les micro-comportements, remarques, attitudes qui échappent à la conscience des intervenants.

C. Vigneron dans l’un de ses chapitres questionne l’impact du dispositif spatial sur la motivation des filles qui devraient réaliser des exercices au vu de tous, au centre de la salle, car les graçons sont sur les appareils et ont un peu de temps libre (on dit : « temps de récup’ »…).
La nature des contenus d’enseignement et des démarches d’apprentissage ont un impact essentiel sur l’engagement des élèves, et donc la réussite spécifique d’un sexe ou d’un autre. Il ressort de tout cela que ce n’est pas « l’étiquette » de la pratique qui fait réussir ou limite la démobilisation de certaines filles et de certains garçons (ne pas oublier les garçons désengagés) : c’est essentiellement la manière dont elle est enseignée : les choix de contenus et des démarches, mais aussi tous les comportements et interactions des enseignants.
Pour résumer, l’implication des filles est trop souvent approchée sur un mode « pessimiste » (« on ne peut rien y faire, c’est comme ça les filles »). Alors que les raisons de leur faible engagement ou faible réussite ne sont que partiellement analysées.

Ne plus faire de sports co et y substituer une CP5 (compilation irréfléchie sur le fond de pratiques physiques disparates- voir études de sociologie, psychosociologie et psychologie clinique publiées par les chercheurs à propos de musculation, yoga, etc) n’est en rien un gage d’implication plus intense des filles dans une pratique physique qui, telle qu’elle est enseignée, ne fait que renforcer les stéréotypes sociaux relatifs au rapport corps/pratique physique chez les filles .

Entretien réalisé par Bruno Cremonesi et paru dans le Contrepied EPS & Numérique - HS n°19 – octobre 2017

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