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Analyse critique du plan de féminisation de la fédération de Tennis de Table (FFTT)

S. Lajaumont - 31 mars 2021

Dans le cadre de son master Egal’APSA, Sonia Lajaumont, professeure EPS [1] dans l’académie de Limoges a étudié le plan de féminisation de la Fédération Française de Tennis de Table au prisme de l’innovation sociale. Son analyse est d’autant plus intéressante qu’elle est révélatrice des choix de nombreuses autres fédérations sportives.

En 2013, le Ministère de la ville, de la jeunesse et des sports a rendu obligatoire un plan de féminisation pour toutes les conventions passées avec les fédérations sportives « affirmant ainsi l’engagement ministériel en matière de promotion et de développement du sport féminin ». Comme 77,5 % des fédérations agréées, la fédération de tennis de table (TT) a défini son plan de féminisation [2]. Etait-il une innovation sociale ? au sens d’une invention qui répond à des besoins sociaux, non satisfaits, dans une dynamique de changement social pouvant aller jusqu’à une transformation plus radicale de la société [3] ?

Après un état des lieux, et une analyse critique, quelques perspectives sont envisagées.

Etat des lieux en 2013

La FFTT fait le constat récurrent [4] d’un « sport de tradition masculine avec une participation des femmes ».

  • Un faible taux de licenciées qui pratiquent surtout en « loisir » En 2014, sur 190 000 licencié.es, il y a 84% d’hommes et 16 % de femmes, Le nombre de licenciées diminue significativement à partir des catégories benjamines, minimes, baisse qui existe aussi chez les garçons dans une moindre mesure. Si le TT attire les filles (12 524 nouvelles licences/an) cette attractivité diminue avec l’âge (31% de poussines contre 12% de séniors). Au final, le taux n’évolue pas malgré la création de la licence « loisirs » en 1996 qui avait pour objectif d’attirer les femmes par une licence à prix attractif.
  • Des femmes absentes de l’encadrement et des fonctions dirigeantes à tous les échelons de la FFTT. Cadres d’Etat : 7 femmes pour 38 hommes. Dirigeantes : 6 femmes pour 31 hommes.

Le plan de féminisation de la FFTT

Une étude réalisée par le CDES [5]précise que les plans de féminisation mettent l’accent sur la pratique sportive, les instances dirigeantes fédérales, l’encadrement technique, les fonctions d’arbitrage et d’encadrement, le haut-niveau (HN). Par ailleurs, le Directeur des Sports recommande de « s’appuyer sur une méthode participative et coopérative favorisant les synergies entre les différents acteurs, la mutualisation des pratiques, des compétences et des connaissances » [6]
En 2013, l’ancienne équipe dirigeante de la FFTT se fixe les objectifs suivants pour répondre au plan de féminisation : attirer un nouveau public féminin, adapter les modalités d’accueil, faciliter l’accès aux responsabilités et définir un plan de communication. Une volonté de changement apparait avec pour enjeux les JO de Tokyo, une communication « le ping au féminin », une déclinaison territoriale du plan, le développement du fit ping tonic et une féminisation des instances dirigeantes.

Des acteurs/actrices se mettent en mouvement
avec trois actions ciblées : l’intégration des femmes dans les instances (par une formation des dirigeantes, cadres techniques), l’ouverture d’un « club des femmes dirigeantes » en 2014 et la création d’un « groupe féminisation » qui a suscité une adhésion d’actrices/acteurs (dont des élu.es fédéraux/ales).

« le ping-pong pour la forme (…) on travaille les fessiers ce dont nous avons besoin les femmes »

Les innovations sociales visées

- Une innovation de forme de pratique : une cadre de la FFTT constate « les filles à un certain âge se désintéressent de l’entrainement surtout à petit niveau car le TT est technique donc on ne transpire que quand on sait bien jouer ». L’idée a été de créer une activité inclusive, alliant TT, renforcement musculaire, fitness pour répondre à une demande de dépense physique, d’entretien en développant des sections fit-ping tonic. Cela rejoint l’analyse du CDES [7] « la demande sociale de pratique sportive s’articule désormais davantage autour de motivations liées à la santé, au bien-être (…) lié à la féminisation. Les acteurs de l’offre doivent donc s’adapter en proposant des pratiques sportives tournées vers ces préoccupations (..) ». On a ici une innovation sociale plutôt en rupture avec les pratiques existantes. En 2014, 80 clubs sont référencés avec une section fit-ping (marque déposée).

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- Une volonté d’empowerment dans les instances dirigeantes et l’encadrement : un changement organisationnel se fait sur plusieurs niveaux. L’idée d’ « empowerment » est d’élargir la capabilité des femmes afin qu’elles puissent agir sur leurs actions, soient parties prenantes de l’organisation et prises de décisions des diverses structures. Cela s’est traduit par :
*une modalité de participation directe, partagée, afin que les actrices se fédèrent pour créer des solutions ensemble. Des réunions du « club des dirigeantes » (avec des dirigeantes de clubs, comités, ligues, fédération) s’organisent deux fois par an pour un partage d’expériences, une mise en place de formations de cadres, des rencontres de représentantes d’instances sportives (collectivités territoriales...).

*une volonté de faire bouger les lignes par « petits pas » (innovation incrémentale) avec des femmes essayant de prendre leur place de manière croissante dans les instances. Pour donner du sens, perdurer, et être consolidée l’innovation doit être réappropriée par plusieurs acteur/trices (cela se traduit avec le fit’ping dans les ligues, les réunions de cadres par exemple).

- Enfin, un affichage politique, première concrétisation de l’innovation sous la forme de documents spécifiques, avec des moyens de communication, une campagne médias : des matchs sur la web tv FFTT, un site dédié aux évènements, des vidéos de pratique, des slogans : » le TT se vit aussi au féminin » et un label “ping au féminin“.

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Analyse critique du processus d’innovation en jeu

En 2013, la FFTT a conscience que son nombre de licencié.es stagne, aussi bien chez les filles que chez les garçons. Elle met en place des licences évènementielles pour « gonfler les chiffres » (Le manque de médiatisation, la concurrence des autres sports de raquette serait à analyser pour peut-être l’expliquer). La volonté de cibler les filles répond à une demande institutionnelle mais permettrait aussi à la FFTT de s’approcher de l’objectif de 200000 licencié.es.

3a. Le fit ping : des résultats modestes pour une activité naturalisante
Une cadre précise : « Sur 112 clubs en France en 2016, le fit ping a permis de toucher des profils de femmes tournées vers le loisir, la dépense physique, permettant une augmentation du nombre de pratiquantes les deux premières années de façon inégale sur le territoire mais après cela s’est estompé ». Il n’y a pas d’analyse chiffrée mais l’innovation sociale ne s’est pas concrétisée par une évolution du nombre de licencié·es (de 2014 à 2017 : baisse de 190 039 à 179 273 licencié.es).

Cette pratique a été médiatisée en 2013 dans l’émission « C’est au programme » [8] avec la présentation suivante « le ping-pong pour la forme (…) on travaille les fessiers ce dont nous avons besoin les femmes » « on se dépense tout en rigolant (…) quel que soit votre âge ». Ainsi, on observe une essentialisation des femmes comme public cible qui recherche le bien être. Cet outil d’accès à la pratique utilisée par des Ligues de TT comme stratégie n’est pas efficace. En valorisant les caractéristiques associées à la féminité on signifie aux filles qu’elles n’ont pas les ressources nécessaires pour pratiquer. Ce « sport pour les filles » vs un « sport universel » apparaît comme une activité de moindre valeur en les éloignant de l’entrainement, de la compétition. Convoquer les stéréotypes féminins pour les connecter au TT a pour conséquence d’activer ce que les études de genre appellent « la menace du stéréotype » [9] (Steele C.M.) au moment où on souhaite le contrer pour faire pratiquer plus de filles. Ne risque-t-on pas ainsi de les faire douter de leurs compétences à pratiquer (sans qu’elles ne s’en rendent même compte) ? Par l’adaptabilité des contenus, des pratiques on est sur une logique inclusive où à partir d’un point de départ asymétrique on traite différemment les unes et les autres sans souhaiter les mêmes résultats. Il n’y a pas de recherche d’égalité. En tant qu’« invention qui s’est répandue et qui a été adoptée, par et dans un milieu social » (Gaglio) cette innovation si elle s’est répandue dans quelques clubs n’a pas été adoptée, restant une pratique un peu à la marge.

on se dépense tout en rigolant (…) quel que soit votre âge

Répond-elle « à des besoins sociaux, non satisfaits, dans une dynamique de changement social plutôt incrémentale mais pouvant aller, dans certains cas, jusqu’à une transformation plus radicale de la société ? » (Richez-Battesti et Vallade) [10] Elle répond à une demande de pratique pour « transpirer, se muscler » mais pas à un changement social ni à une transformation de la société puisqu’elle vient renforcer une pratique « binaire » essentialisée où par la socialisation chacune apprend à être conforme aux normes sexuées attendues en « assimilant le fonctionnement du système de genre » (I.Collet) [11].

Par ce décalage entre projet politique et actions se développe une image inégalitaire au détriment des filles en signifiant ce qu’elles doivent faire, être. Ces normes sociales de séparation et de hiérarchisation des corps, des identités et des rôles sociaux sont naturalisantes.

Ces normes sociales de séparation et de hiérarchisation des corps, des identités et des rôles sociaux sont naturalisantes.

3b. La communication vient renforcer cette essentialisation
Comme le précise une cadre « nous avons réalisé des affiches, des vidéos sur les réseaux sociaux, un partage de bonnes pratiques et un label spécifique ». Des similitudes sont à observer dans ces formes de communication directes et indirectes. Le discours médiatique proposé [12] met en avant des stéréotypes au sens d’« idée conventionnelle, associée à un mot dans une culture donnée » (Amossy R [13]) associées à une forme de normes féminines qui aboutissent parfois à du sexisme. L’approche lexicologique renvoie aussi à un code précis au travers duquel les femmes doivent se reconnaitre par la symbolique féminine censée les représenter. Parmi ces pratiques de fitness et renforcement la logique sportive est effacée ou secondaire. C’est le cas au sein des affiches comme celle du « ping au féminin » où apparaît une femme en robe, à talons, stéréotype de la femme qui se doit d’être belle en toute circonstance, même pour pratiquer (seule une ombre en fond l’a fait apparaitre en tenue sportive). « Les artifices sont toujours les mêmes (…) supprimez le ballon (ici balle, raquette) et vous ne savez plus ce que dit l’événement » comme l’explique N. Charlier [14]. Parmi les moyens extralinguistiques le « label féminin » agrément de vitrine du club a pour but de valoriser l’inclusion. La couleur « rose » du signifiant, code défini dans notre système social de genre fait correspondre les signifiées-les filles- par usage. Le message véhiculé permet de montrer que le club labellisé fait des efforts pour les sensibiliser à la pratique.

Les « plans pour », « l’obtention des labels si » sont réalisés pour prendre en compte chacun.e mais sont-ils la meilleure entrée lorsqu’ils « naturalisent » les femmes en les renvoyant à une différence d’aptitude de performance avec pour conséquence un renforcement des stéréotypes de genre ? Comme le spécifie C.Pontais [15]« Il leur est proposé des pratiques dites féminines qui les éloignent davantage de la compétition, l’épreuve, la performance, apanage proclamé du sexe masculin ». Ces stéréotypes peuvent être discriminatoires car ils « limitent le développement, l’expression, ou l’exercice des droits des personnes auxquels ils s’appliquent » (B. Gresy) [16]. Le rôle attribué aux femmes est réducteur et, volontairement ou non, des stéréotypes de genre imprègnent un grand nombre de messages comme normes prescriptives.

Le rôle attribué aux femmes est réducteur et, volontairement ou non, des stéréotypes de genre imprègnent un grand nombre de messages comme normes prescriptives.

S’installe ici un paradoxe entre une volonté de promouvoir une égalité de pratique et une reproduction des stéréotypes de genre au sein de la communication et des pratiques.

3c. Le plafond de verre est-il brisé pour accéder aux responsabilités ?
Que ce soit dans la division verticale (hiérarchie) ou horizontale (nature des tâches) du travail, les femmes sont minoritaires et éloignées des postes valorisés. Cela se retrouve avec la faible féminisation des instances (encadrement technique, postes d’élu·es). C’est pourtant un réel enjeu « en termes de justice sociale, de promotion de la mixité, mais aussi de modernisation des instances sportives. Encourager l’accès des femmes, permettrait (..) d’augmenter la vigilance sur les problématiques de genre » (Revue Jurisport). En 2017 on compte 8 femmes pour 27 cadres d’état de la fédération et 10 cadres techniques de ligue autour du Directeur technique national (DTN) et du Président.

Comme l’explique C.Falcoz [17] sur les questions de mixité verticale le plafond de verre n’est pas brisé ici ni pour les dirigeantes, ni pour les cadres techniques sur le HN. Sur la mixité, à chaque étage, les cadres techniques femmes sont minoritaires et souvent responsables de la féminisation. Est-ce parce que cette mission est considérée comme secondaire ? La division verticale et horizontale se fait au détriment des femmes. Une cadre explique « si t’es pas athlète de HN les missions nationales sont peu accessibles aux filles, il faut du mentoring par une personne qui a du pouvoir ». On peut donc douter à cette période d’une réelle volonté des responsables majoritaires de laisser de la place aux femmes.

Les résultats quantitatifs ne sont pas là, le réseau ne s’est ni élargi ni solidifié et qualitativement et en tant que processus cette innovation interroge en termes d’évolution vers davantage d’égalité hommes-femmes. Si des besoins sont identifiés, la capabilité des femmes ne semble pas élargie. Finalement l’analyse du plan de féminisation de la FFTT au prisme de l’égalité interroge : les pratiques de bonne volonté sont-elles suffisantes ? Pourquoi le site du TT au féminin n’est-il plus actualisé et pourquoi est-il difficile d’entrer en contact avec les responsables du plan ? Est-ce le signe d’une innovation à l’arrêt parce qu’elle n’a pas réussi à convaincre ?


Les résultats quantitatifs ne sont pas là, le réseau ne s’est ni élargi ni solidifié et qualitativement et en tant que processus cette innovation interroge en termes d’évolution vers davantage d’égalité hommes-femmes.

D’après certaines cadres le plan a « permis de répondre à des injonctions institutionnelles ». Ce plan précisait lui-même « outre l’importance de développer la pratique féminine, la déclinaison d’un plan de féminisation est une obligation … » Le terme « outre « fait penser qu’il repose plus sur une obligation que sur une volonté. Cela interroge de manière plus globale : est-ce que dès le départ avec le terme de « Plan de féminisation » le ministère n’a pas incité les fédérations à penser les sexes comme deux catégories sociales distinctes en renforçant une bi-catégorisation hommes-femmes déjà, très prégnante dans le monde du sport renvoyant les femmes à une infériorité. La FFTT semble s’y être en tout cas perdue avec une posture « différentialiste » (renforçant les différences hommes-femmes) qui ne s’oriente pas vers une égalité réelle.

Perspectives

2020 voit une nouvelle équipe se mettre en place à la tête de la FFTT : un changement de Président en décembre, de DTN en perspective avec la volonté définir une organisation générale différente.

Les perspectives se construisent à côté du plan de 2013. Un virage s’opère avec des changements de dynamiques par des actrices/teurs qui ne sont pas toujours celles/ceux qui font partie du groupe « féminisation » officiel. Une cadre de la FFTT explique « il y a un déficit de forces vives d’où l’abandon de certains projets, on essaye de viser l’égalité dans la politique plus globale. » Le diagnostic semble aujourd’hui plus poussé, les expériences semblent servir de leçons. « La dynamique du ping féminin est retombée pour travailler et valoriser un ping mixte à tous niveaux de pratique ». Les perspectives pour favoriser l’investissement des femmes s’organisent autour d’un recentrage sur la mixité et un travail sur le HN en donnant des modèles à tou.tes ce qui semble s’inscrire dans la logique d’autres plans de féminisation. « Nous sommes tourné.es vers des actions de communication vers la mixité et l’égalité des compétences. Au niveau sportif, nous essayons de tendre vers une égalité de moyens (…) et aussi le parcours vers l’excellence sportive ». Donner des modèles aux filles pour les faire venir au TT (HN, dirigeantes, cadres) est un objectif avec l’idée d’un fonctionnement par « tutorat ». « Faire briller les équipes aux JO est un enjeu important pour avoir des retombées en « offrant des modèles de pratiques aux filles », en les faisant connaître, en créant l’histoire du sport féminin. »

« Aux JO de Tokyo, une compétition double mixte va voir le jour pour la première fois. En vue de cet objectif, filles et garçons de l’équipe de France se sont mis à travailler ensemble et cela paye. Une équipe, classée aujourd’hui 7ème mondiale composée d’Emmanuel.Lebesson et Jianan Yuan est sélectionnée pour les jeux. Le fait que les Jeux créent des disciplines mixtes incite les fédérations à faire travailler joueurs/joueuses ensemble. A Paris, l’objectif de parité est mis en avant, il y aura autant de filles que de garçons. Cela va avoir des répercussions sur les fédés. »

Cette même cadre, avec pour ambition des résultats aux JO fait état d’écarts sur le HN : « le meilleur français touche 300000 euro/an quand la meilleure fille est à 24000 euros. Les hommes peuvent vivre du TT, concilier vie professionnelle et personnelle, pas les femmes avec 800€ par mois. Les problématiques sont différentes. « Le meilleur niveau est atteint vers 26-27 ans or beaucoup de filles arrêtent de jouer à 24-25 ans en entrant dans la vie active, quittent l’INSEP ». La pratique des femmes au HN est conditionnée par la mise en place de moyens financiers pour apporter des réponses structurelles. Cependant il y a un constat amer d’une diminution des budgets des conseils régionaux et donc d’une baisse de moyens pour tou.tes.

Des perspectives modifiées, un pilotage différent. Il semble important de faire un diagnostic, d’établir des indicateurs permettant de déconstruire des stéréotypes. Par les mesures mises en place la FFTT n’a pas essayé de supprimer le système qui produit des inégalités. Avec les « labels » on incite à créer des catégories, à essentialiser. On pourrait chercher à imaginer un plan pour l’égalité où chacun.e serait pris en compte en même temps avec des objectifs communs. Ce serait peut-être là un réel processus d’innovation sociale. S’inscrire dans l’activité TT en ayant des modèles de sportives, dans l’encadrement, dans les instances dirigeantes peut peut-être aider à faire boule de neige afin que les femmes se sentent à leur tour légitimes, capables de pratiquer, se former, encadrer, diriger donc de dégager des savoirs, savoir-faire, savoir être et devenir compétentes. L’UNSS a par exemple valorisé aussi des modèles de sportives (M.Hurtis, N.Dechy) afin de montrer que chacun·e peut avoir des ambitions. Ce signal est riche pour des filles en pleine construction sociale qui avaient jusqu’à présent presque exclusivement des modèles masculins pour s’identifier et se sentir acceptées par un groupe.

Conclusion

Le plan de féminisation a permis à la FFTT de s’interroger sur les pratiques et les responsabilités des femmes. Si les « obligations » semblent avoir été à l’origine de la définition du plan peu d’évolutions sont à noter afin de répondre aux objectifs prioritaires d’augmentation du nombre de pratiquantes, de cadres techniques, de dirigeantes. Cependant, sur le processus si une innovation demande un temps long, il semble nécessaire de transformer le projet initial non revu depuis 2013, cette innovation semblant avoir été « figée » sans avoir réussi à convaincre.

On peut y voir un effet d’annonces concernant les actions, les éléments de communication et aussi observer des maladresses sur les choix opérés concernant les processus d’innovation activés et le peu de résultats obtenus. La FFTT est tombée dans le piège d’une analyse naturalisante des femmes n’oeuvrant pas à davantage d’égalité. Un virage semble s’opérer avec une volonté de passer réellement d’une « prévalence séparatiste à une dynamique égalitaire » (C.Ottogali). Ainsi, si le constat reste celui d’un manque de pratiquantes et de dirigeantes le diagnostic réalisé aujourd’hui est plus réfléchi et les moyens pour atteindre ces objectifs moins « différentialistes » avec le développement du HN pour offrir des modèles à tou.tes, une formation des cadres afin qu’ils/elles se sentent légitimes à encadrer, à briser le plafond de verre vertical et horizontal. Renforcer le partage d’expertise pour apprendre collectivement par une co-construction des savoirs (avec le club des dirigeantes, sans que ce soit une fin en soi) peut être une piste pour que chaque personne se sente légitime à pratiquer, faire de la compétition, encadrer en prenant confiance en ses capacités. Ce processus est sûrement long à mettre en place comme enjeu d’appropriation et de diffusion mais indispensable si le TT veut entrer dans une « boucle de l’égalité » sans doute là où se situerait une réelle innovation sociale. Comme le spécifie Bouchard (1999) si « les innovations sociales sont mises au point pour améliorer une situation ou résoudre un problème social » encore faut-il être persuadé du problème social à résoudre et ne pas le mettre en place uniquement parce qu’il s’agit d’une injonction institutionnelle.

Complément au Contrepied Hors-série n°28 Tennis de Table

Portfolio


NOTES

[1Travail effectué dans le cadre du master Egal’APS à Lyon, sous la direction de Cécile Ottogalli en 2018-1019

[3L’innovation sociale, une notion aux usages pluriels : quels enjeux et défis pour l’analyse ? N.Richez-Battesti, F.Petrella, D.Valade, dans innovations 2012/2 (n°38),De Boeck supérieur, Cairn Info, p15 à 36

[5Centre de Droit et d’Economie du Sport, 2017, Le sport féminin, Etude du panorama du sport féminin et Enjeux stratégiques, p20

[6op.cit

[7 Centre de Droit et d’Economie du Sport et la FDJ, 2017, Le sport féminin, Panorama du sport féminin et Enjeux stratégiques, p20)

[9(Steele C.M. « A threat in the air : how stereotypes shape intellectuel identity and performance, American Psychologist, n°52, 1997, p613-629)

[10op.cit

[11Collet, Isabelle. (2016). L’école apprend-elle l’égalité des sexes  ? Paris, p 31-32

[13Amossy, R., Herschberg Pierrot, (2016). Stéréotypes et clichés. Armand Colin.

[14Nina Charlier, Des savoirs émancipateurs pour tous et toutes, Contrepied Egalité, Hors-série n°7, 2013, p34

[15Claire Pontais, Des classes mixtes à l’égalité, encore du chemin à parcourir. ContrePied Egalité Hors série N°7 septembre 2013, p4

[16Collet, Isabelle. citant Brigitte Gresy, membre du conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, (2016). L’école apprend-elle l’égalité des sexes  ? Paris, p66

[17Falcoz Christophe, L’égalité femmes-hommes au travail, Perspectives pour une égalité réelle, Editions EMS, management et société, 2017, p 35-36

Pour continuer ...
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Egalité filles-garçons : l’influence des interactions non-verbales sur la construction du genre en EPS, une étude de cas en Badminton

Martine Vinson, Université de Limoges ESPE, UMR EFTS Toulouse - 11 novembre 2015

Les communications non verbales (la gestuelle, la distance d’enseignement…) en EPS sont peu étudiées. Les observations, menées en contexte d’enseignement du badminton, révèlent qu’à l’insu des enseignant-es d’EPS, les interactions non verbales sont très différenciées selon le sexe des élèves, révélant des attentes et des contrats didactiques différenciés.

Dans sa thèse, en étudiant de près les comportements des élèves et des enseignant-es, Martine Vinson participe à une meilleure connaissance des outils nécessaires à un enseignement égalitaire de l’EPS, déjoue les pièges de la « fausse neutralité » et les « impensés du genre". Cette recherche en didactique éclaire sous un autre jour les inégalités entre les filles et les garçons produites au cours de l’enseignement.