Paul Goirand est décédé le 24 juillet 2026. C’est un grand acteur de l’EPS qui disparait. Il nous lègue une oeuvre considérable qu’il convient aujourd’hui de faire fructifier. Compagnon de route du SNEP-FSU dès les années 70 et co-créateur du Centre EPS & société avec Jacques Rouyer. Voici l’hommage que nous lui avons rendu lors de ses obsèques. Nous avons le projet d’honorer son travail et le personnage qu’il fut en organisant, dès que ce sera possible, des temps de réflexion et de prolongement des préoccupations qui l’ont animé : une EPS de qualité, une EPS culturelle, une EPS pour tous et toutes.

La disparition de Paul est pour le syndicat de l’EPS une grande tristesse car il a été plus qu’un compagnon de route de notre organisation, depuis la que la majorité Unité Action (1969) pilote le SNEP, jusqu’à la création du Centre EPS et Société et l’édition de la revue ContrePied.
Plus qu’un compagnon, un éclaireur ! Il fait partie, selon nous, des pères de l’EPS moderne, lui donnant assise pratique et théorique. Pratique en sortant la gymnastique des ornières du « simple et correct » vers une gymnastique enthousiasmante ou « s’envoyer en l’air » devenait possible. Théorique en participant et impulsant, avec d’autres, la mise en place d’une didactique des APS (à l’époque le « A » de artistique n’était pas encore présent). Sa capacité de « modélisation », de mise en schémas qu’il affectionnait particulièrement (un bon schéma vaut mieux qu’un long discours disait-il parfois à Contrepied), a permis sans aucun doute, l’appropriation par le plus grand nombre de visées transformatrices pour la discipline. Il a aussi écrit dans le bulletin national, dès les années 70 pour donner à la culture sportive ses lettres de noblesse, ou plutôt, puisqu’il était issu du peuple et aurait détesté ce terme « noblesse », sa puissance populaire…
Une quantité impressionnante d’enseignants et d’enseignantes se sont construit-es dans les années 70-90, pour ne prendre que cette période de construction disciplinaire, en référence à sa production et sa participation, sans exception aux rencontres professionnelles organisées par le SNEP. Ces dernières auront permis à un tout aussi grand nombre de le rencontrer, en vrai ! Il savait allier écoute et force de persuasion, parler simplement de choses complexes.
Pour le SNEP, c’est surtout son travail de mise en oeuvre d’une FPC « de combat » lors de son arrivée dans l’académie de Lyon qui marque son activité concrète pour engager l’EPS dans une voie émancipatrice. Il relatera plus tard cette dynamique notamment dans la revue ContrePied.
Nous ne parlerons pas du groupe SPIRALES, d’autres ici l’ont vécu et le feront mieux que nous, mais il est clair que cette production a participé construction de nombreux militants et militantes de l’EPS et du SNEP.
Revenons enfin sur le Centre EPS et Société qui ne serait sans doute pas ce qu’il est sans lui. En 1996, au colloque de Creteil, Jacques Rouyer avait le projet de créer, auprès du SNEP, un institut de réflexion sur l’EPS et le Sport. En clair, un centre d’étude marxiste qui travaillerait le champ spécifique des pratiques culturelles et sociales. Il lui fallait un « directeur d’études ». Paul était alors un peu en « vacances », et l’occasion de continuer à « oeuvrer » était trop belle. Sa notoriété et son engagement politique faisait de Paul, au yeux de Jacques, un artisan évident. Paul s’attelle alors à la structuration de ce « centre » et modélise (avec un schéma !) son activité dans le n°1 de la revue ContrePied (page 63), dans un article, qui relate son intervention au premier conseil scientifique et social du Centre, dont le titre est « le pluralisme, une question d’orientation et de méthode ». On y voit ses préoccupations. Et si Jacques donne l’impulsion politique, Paul lui donne un cadre concret et une base de travail qui permet de rallier nombre d’acteurs à notre cause.
La quantité d’écrits de sa part, publiés ou non, est impressionnante. Le nombre de conférences, de tables rondes, de stages, de réunions auxquels il a participé est tout aussi impressionnante. Il est même probable qu’aucune personne dans notre champ n’ait eu la même quantité et qualité de production. Tout cela constitue aujourd’hui littéralement une oeuvre au sens fort du terme. Et pour le SNEP, le Centre et au-delà pour toute la profession, un patrimoine inestimable. Il avait l’EPS chevillée au corps, mais pas une EPS rêvée et fantasmée, une EPS militante et transformatrice. Notre rôle sera maintenant de faire fructifier son oeuvre, nous nous y attellerons dès la rentrée prochaine !

