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Basket : des savoirs émancipateurs pour toutes et tous ! - EPS & Société

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Des pratiques

Basket : des savoirs émancipateurs pour toutes et tous !

Nina Charlier - 26 novembre 2018

Nina Charlier enseigne le basket au collège de Blainville sur Orne. Pour elle, la question des inégalités se règle d’abord par le choix judicieux et pertinent des contenus, et l’acquisition par tous les élèves de savoirs et pouvoirs nouveaux. Aussi bien techniques que tactiques, les apprentissages sont essentiels pour que tous les membres d’une équipe apportent leur contribution au collectif.

L’objectif du cycle est que l’ensemble des élèves accède aux mêmes compétences : acquérir et maîtriser toute une chaîne de stratégies pour accéder au tir. Alors, le jeu sera mieux partagé.
Je valorise l’attaque rapide et la montée de balle vers le panier adverse. Les séquences de jeu sont privilégiées, mais entre 2 phases de jeu, il peut y avoir des situations pour apprendre à pivoter pour protéger son ballon, à réaliser des passes longues, à shooter en course.

La situation de référence : 3X3 bingo

Dispositif

3c3, 3 mn, la première équipe qui marque 3 paniers reste sur le terrain, l’autre sort.
Le terrain : 20 m x 15 m (3 terrains dans un gymnase C).
Les cibles : paniers surbaissés, planche réduite.
Lancement du jeu par entre deux.
3 équipes par terrain, tournoi au sein de chaque terrain.

Règles
Pas de marché avec le ballon.
Pas de reprise de dribble.
Le ballon est joué dans les limites du terrain.
Pas de faute de contact, si contact, réparation par lancer franc en fin de match.
Tir de près, sinon il n’est pas pris en compte.
Je fais des équipes homogènes entre elles dans le respect du principe de l’égalité du rapport d’opposition. Elles sont forcément mixtes et mélangent obligatoirement 2 niveaux supposés.

Ce que font les élèves
Aucune équipe ne réussit un bingo !
Il y a beaucoup de pertes de balles, l’accès au tir s’en trouve réduit. Chaque élève agit individuellement ce qui génère beaucoup de confusion sur le terrain rendant aléatoire la circulation des joueurs/joueuses et du ballon. Le ballon est peu transmis. Le jeu se déroule dans l’axe central du terrain, avec quelques contournements de dribles pour continuer l’action. Passer le ballon dans ces conditions devient très difficile.

2e séquence

Après le premier tournoi, le bilan avec les élèves met l’accent sur le peu de paniers marqués. Pour mettre à jour le problème, j’utilise le même système de jeu (bingo), mais j’introduis une nouvelle règle : 3 paniers avant l’autre équipe en 3 minutes ET ne pas perdre la balle plus de 5 fois. à la 6e perte de balle, l’équipe a perdu et quitte le terrain.
Pour rendre visible la marque, un système de plots de couleur est mis en place : rouge à chaque panier et bleu à chaque perte de balle.
Le bilan permet de mettre à jour que c’est le plus souvent au niveau de l’avancée du ballon et/ou de sa transmission que le jeu perd de son efficacité ; on peut alors agir sur différents aspects :
La marque : afin de favoriser la prise de risque (oser tirer) on valorise toute action sur la cible : une planche touchée (carré) = 1pt, un panier marqué = 3 points.
La passe : la comptabilisation des balles perdues rend plus attentif-ive aux conditions dans lesquelles on donne la balle. Il s’agit alors de donner à chacun-e des pouvoirs d’agir qui concerne les contraintes techniques de la passe longue (savoir passer loin devant), et la prise d’information (savoir à qui donner).

L’attaque au chrono

à ce moment il faut réussir à faire juger par les élèves de l’opportunité de différentes actions possibles sur le ballon par un jeu en 3c3 non réversible où il s’agit de réussir une attaque le plus vite possible. Chaque attaque est chronométrée. On repère pour chaque attaque le nombre et l’identification des actions sur le ballon (dribbles/passes).
Très rapidement, nous mettons en relation que plus il y a d’actions sur le ballon, plus la durée de l’attaque augmente. Plus le temps s’allonge, moins la réussite est assurée. Il y a donc une première stratégie qui se met en place : agir le moins souvent possible sur le ballon. La passe devient alors un patrimoine commun.

Des techniques à s’approprier

La passe longue
La passe longue vers l’avant est à ce moment un enjeu d’appropriation pour toute la classe, en particulier pour les petits gabarits, filles comme garçons. En donnant ces pouvoirs moteurs à tous-tes, on peut les inscrire dans des stratégies prometteuses individuellement (réussir une passe décisive) et collectivement (placer le ballon sous le panier). Je propose de travailler cette passe avec une main derrière la tête, (type javelot).
• D’abord contre le mur avec des zones de départ différentes, matérialisées au sol, puis en enchaînant 2 dribbles, 2 appuis, passe. On retrouve la même coordination qu’en tir en course.
• Puis en situation de montée de balle rapide. C’est réussi quand il y a tir de près.
On mesure les progrès en faisant évoluer le bingo : 5 pertes de balle, puis 4 voire 3… ce qui permet de pouvoir suivre les difficultés éventuelles des élèves.
En accentuant le modèle de jeu « progression vers l’avant par une passe longue », l’ensemble des élèves peut repérer un modèle de jeu explicite. Cette reconnaissance permet de limiter les actions de dribble qui ne sont pas toujours en adéquation avec ce modèle de jeu (sans interdire le dribble ce qui serait inadapté dans certaines situations de jeu.)

Le tir
C’est un acte majeur de l’égalité dans le jeu, un instrument pour gagner de la confiance en soi et être suffisamment reconnu-e par les autres. C’est aussi un puissant moteur de motivation. Pour que tous-tes accèdent à la cible, il faut donner des pouvoirs moteurs pour s’approprier le tir et la marque. Cela suppose de comprendre ce qu’il faut faire : se placer au bon endroit (côté de la cible), utiliser une technique appropriée (shoot en course), dédramatiser l’échec (tout tir qui touche le carré marque des points).
L’objectif est que l’ensemble des élèves tire mais aussi marque.
Le tir en course est la forme de tir exclusivement travaillée. Il pose des problèmes de coordination (un nouveau pouvoir d’agir), et comme le jeu en contre attaque est très présent, le tir en course permet de s’avancer plus près du panier, de perdre moins de temps et de garder la distance avec les défenseurs qui poursuivent. Il place le joueur/la joueuse en position favorable de marque.
L’apprentissage est systématisé tout au long du cycle sous forme de niveaux à franchir : 3 ateliers de tirs avec 3 niveaux différents. Ils-elles disposent d’une fiche de suivi.
• N1 : apprendre la coordination du tir en course. Dribbler jusqu’au tapis, continuer de courir et passer par dessus le tapis en récupérant le ballon, et tirer. L’obstacle est placé de manière à ce que s’enchaînent 2 appuis.
• N2 : tir après une passe. PdB sur la ligne de touche, passe à son/sa partenaire en tête de raquette, reçoit le ballon et enchaîne le tir en course sans dribbler.
• N3 : tirer malgré l’urgence. Tir en course avec défense et poursuite. Ce que les élèves doivent viser : le côté du carré noir.
C’est le moment que je choisis pour leur raconter l’histoire du panier de basket.

La construction des actions décisives
Ayant acquis la passe longue et le tir en course, les élèves sont à même de construire un modèle de jeu type contre-attaque plus collectif et surtout de pouvoir juger des actions entreprises (adéquation avec le modèle en construction).
Petit à petit se construit le code de jeu et la liste des actions dites décisives. Les élèves ayant souvent une approche globale du type « il/elle est trop perso » peuvent alors exprimer concrètement un avis argumenté sur les choix opérés par les autres.

• Accéder à la zone de marque
Pour shooter en course et marquer, il faut que le ballon arrive en zone de marque.
Ce que je dis aux élèves : « 2 alternatives se présentent : soit je suis le ou la plus avancé-e sur le terrain et je dribble, soit j’ai des partenaires en avant, que dois-je faire alors ? »
Après échanges, je propose de vérifier : « Suis-je bien le ou la plus avancé-e ? Si oui, je ne me pose pas de question, je dribble. Si non, je ne peux pas dribbler. »
Cela implique les partenaires. Et c’est possible et crédible car les élèves ont appris à réaliser des passes longues.
Mais ce sont souvent les mêmes qui sont les plus avancés.
Je mets alors en place une fiche Egalité pour assurer que ce ne sont pas toujours les mêmes qui finalisent le jeu.
Pour chaque membre de l’équipe, le nombre de tirs marqués est limité.
Les fiches donnent des indications efficaces pour refaire les équipes si besoin.
Dès que le tir en course est construit, la stratégie d’accès à la zone de marque passe par les couloirs latéraux.

• La passe décisive
C’est celle qui permet d’accéder au tir directement et qui limite donc les actions sur le ballon. Réussir une telle passe est valorisé (autant de points que réussir un shoot en course) car elle accentue le modèle collectif dans lequel on a décidé de faire fonctionner les élèves. On se détache alors sensiblement d’un regard centré sur la marque en visionnant la totalité des porteurs-es de balle.

L’évaluation

Les critères
Je suis attentive à ne pas évaluer plusieurs fois la même chose.
Mon évaluation est en deux temps et se construit en plusieurs séances : je fais toujours une séance pré-évaluative dans les mêmes conditions afin que les joueurs et les joueuses soient bien imprégné-e-s du modèle de jeu et afin de construire le barème (nombre d’actions décisives sur une durée de match)

• L’évaluation individuelle
– Je prends en compte le nombre d’actions décisives :
les tirs arrêtés et en course (planche ou marqués).
– Les passes vers l’avant.
– Les passes décisives.
Je mets aussi en place des bonus qui représentent ce qui a été travaillé pendant le cycle :
– utilisation du pivot pour protéger son ballon d’un défenseur, d’une défenseuse.
– gain de la balle sur l’adversaire.
– dribble si on est le/la plus avancé-e.
– départ rapide vers l’avant de l’attaquant-e non PdB.
J’observe et les élèves notent sur des fiches avec des bâtons.

• L’évaluation collective
Elle a lieu sur 2 matchs de 8mn contre 2 équipes différentes.
Le goal-average est pris en compte pour que les équipes qui perdent continuent d’être motivées par le jeu. Il n’y a pas de points (note) pour un match gagné.
Je m’appuie sur les feuilles de match Egalité : les équipes doivent avoir marqué au moins 20 pts, tous les élèves doivent avoir marqué.

Une évaluation tout au long du cycle
L’observation est menée tout au long du cycle grâce à des fiches de suivi, individuelles et par équipe. Ces fiches me permettent de vérifier les progrès de chaque élève et d’être attentive aux éventuels décrocheurs-euses.
L’évaluation terminale est préparée par une pré-évaluation 1 ou 2 séances avant autour des actions décisives pour faire le point avec chaque élève.
Elles me donnent des indicateurs précis pour la constitution des équipes, mais elles donnent aussi de précieux repères aux élèves. En repérant le nombre d’actions décisives produites, on peut comparer les équipes entre elles, les joueurs/joueuses entre eux/elles. Si les écarts entre les membres d’une équipe ou entre les équipes sont importants, on peut constituer des équipes plus homogènes afin que chaque élève puisse exprimer dans des conditions optimum (un rapport de force équilibré) ce qu’il/elle sait faire. Ce sera donc éventuellement avec ces nouvelles équipes que s’effectuera l’évaluation terminale.

Construire un cycle de basket nécessite, comme dans tous les sports collectifs, une attention particulière sur l’ensemble des élèves afin de lutter contre les effets de domination de certain-e-s. Il faut toujours prêter la plus grande attention à la fois à la constitution des équipes qui est un élément organisateur des contenus d’enseignement, aux choix des contenus enseignés et à la manière dont les élèves comprennent ce qui est en jeu dans chaque activité. Les choix, s’ils sont réduits, ne sont pas réducteurs. Il ne s’agit pas de noyer les élèves dans les règles et techniques prolixes du basket, mais de choisir celles qui seront les plus à même de faire comprendre le jeu à un niveau de développement donné. Les choix sont parfois douloureux mais sans ce travail qui détermine le pas en avant pour des élèves de 5e en basket, on ne pourra mettre en œuvre ce qui devrait garantir l’égalité devant la formation : l’accès à la culture spécifique dans une APSA donnée.

Feuille de match Egalité n°1

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Feuille de match Egalité n°2 Tous les élèves marquent

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Cet article est paru dans Contrepied - Égalité ! - Hors-Série n°7 - Septembre 2013