Entretien mené par Jean-Pierre Lepoix en 2017 auprès de Nicolas Sauerbrey, DTN à la fédération française de Volley-ball, chargé de la formation. Confronté à la pérennisation de ses effectifs, il s’est interrogé, avec d’autres, sur les questions d’apprentissage et a participé à des actions de formation auprès des enseignants d’EPS. Il nous montre comment évolue la formation au sein de la fédération française de Volley-ball, notamment en lien avec les évolutions constantes du règlement du jeu. Si en 2017 les résultats internationaux pouvaient être caractérisés de modestes, on sait ce qu’il en est aujourd’hui.
Article paru dans la revue ContrePied HS n° 18, juin 2017.
Comment caractériseriez-vous la politique de formation de la fédération ?
Il n’y a pas de politique fermement établie, nous sommes plutôt dans une évolution qui tend à se stabiliser. Sous la pression de l’état nous avons dû revoir l’ensemble de notre dispositif. En effet nous avions jusqu’à 13 diplômes, des tous petits aux professionnels, un diplôme par niveau. Nous devions revoir cela pour pouvoir établir des équivalences avec les diplômes d’état, et supprimer des redondances qui n’avaient pas de justification.
Qu’en est-il donc aujourd’hui ?
Compte tenu de la diversité de formation de nos cadres, nous avons voulu les recentrer sur deux aspects fondamentaux : les contenus pédagogiques des séances d’apprentissage et les réinstaller sur le cœur de l’activité. Nous avons en effet constaté que dans le règlement du VB nous avons « les gènes de l’échec » ! Cette activité où on ne peut attraper la balle empêche d’emblée les débutants de jouer, d’y prendre du plaisir et d’y progresser rapidement. Toutes nos observations convergeaient vers ce constat. Nous avons donc choisi de changer radicalement nos manières de faire et aujourd’hui la balle bloquée comme modalité momentanée d’apprentissage n’est plus un débat. Nous sommes passés de la construction technique à la construction du placement qui se traduit par : bloquer, renvoyer, bouger. On ajoute aussi, selon les cas, le rebond-drible volontaire pour donner le temps au joueur de se réorganiser. Le blocage ponctuel correspond à environ 4 à 5 mois d’apprentissage soit sur les deux premiers niveaux. C’est un blocage haut, au-dessus de la tête qui va déboucher sur la passe, avec interdiction de la manchette. C’est une construction du placement -déplacement avant la construction de la technique. On s’est mis en situation de construire un VB avec les yeux et les pieds avant un VB avec les mains. Les résultats ont tout de suite été spectaculaires : augmentation de la vitesse d’apprentissage, fidélisation des pratiquants, création de liens avec les enseignants d’EPS.
Pour nos entraineurs la consigne devenait simple : faites-les jouer en attrapant et en se déplaçant : en 1×1 en opposition on développe la motricité, un maximum d’activité et de touches de balle, puis en 2×2 après épuisement du jeu direct, avec autorisation du blocage éventuellement sur réception de service ou pour la passe.
Cette logique nous a permis de déterminer facilement des niveaux de jeu et nous a conduit à ne plus jouer en catégories d’âges mais par niveaux de jeu, garantissant bien mieux l’égalité des chances dans les rencontres et donc l’intérêt du jeu. De la sorte, les équipes mixtes dans les premiers niveaux de jeu ne posent aucun problème.
Que dire des évolutions de la formation des joueurs de haut niveau ?
Globalement on s’attache à une formation à la polyvalence avant la spécialisation. Bien sûr le travail physique est important mais on s’intéresse plus particulièrement à la motricité générale : la qualité du placement, la lecture des trajectoires, l’orientation des appuis, la prise d’information… les perceptions et sensations fines. Il y a une vraie recherche de qualité dans ce domaine d’autant que le plus souvent les formations antérieures étaient marquées par la prééminence de la répétition technique. On est passé du tout technique à un apprentissage plus global où il s’agit d’amener les joueurs à donner du sens à ce qu’ils font : qu’est-ce que tu vas faire de la balle et pourquoi ?
On est passé du tout technique à un apprentissage plus global où il s’agit d’amener les
joueurs à donner du sens à ce qu’ils font : qu’est-ce que tu vas faire de la balle et pourquoi ?
Aujourd’hui le recueil de données dans un match est tel qu’on décortique tout, de telle sorte à pouvoir établir des plans de jeu, une organisation collective de l’équipe rapportée à celle de l’équipe adverse, de ligne à ligne, de joueur à joueur. Un joueur qui n’est pas capable de s’inscrire dans ces contraintes ne rentre pas sur le terrain.
Percevez-vous aujourd’hui la nécessité de nouvelles évolutions réglementaires ?
Le jeu en tie-break a constitué une vraie rupture : la faute implique désormais la perte du ballon et le point à l’adversaire, c’est la double peine. Mais en même temps ça a renforcé la concentration et la responsabilisation : toutes les balle doivent être jouées à fond : il y a une pression incroyable sur chaque balle jouée ce qui explique sans doute pourquoi, il y a des fois des séries de points parfois incompréhensibles à ce niveau.
L’apparition du libéro, en mettant en cause la rotation obligatoire de tous les joueurs à tous les postes a permis, en même temps, de compenser des écarts de compétence dans les différents registres du jeu.
Aujourd’hui on a atteint un assez bon équilibre dans le rapport de force attaque-défense : l’amélioration des qualités physiques des joueurs a conduit aux services en puissance mais fait réapparaitre les services flottés, les blocs sont plus efficaces…je ne vois pas d’évolution immédiate des règlements actuels susceptibles de faire évoluer sensiblement le jeu, même si, sur des détails, on ne joue pas tout à fait avec les mêmes règles aux USA ou en Belgique qu’en France.
La fédération affiche un nombre insolent de licenciées, et en même temps des résultats très modestes au niveau international. Comment expliquer ce paradoxe ?
Il y a en effet quasi autant de licenciées féminines que d’hommes. Ce succès relatif tient essentiellement à une représentation durable et erronée de ce sport : c’est peu exigeant physiquement, on y vient avec les copines, il n’y a pas de contacts physiques violents, donc c’est bien « fréquenté », et quand ça devient trop dur on s’en va…En effet on note une désaffection très sensible après le bac, (même avant dans le scolaire) à l’entrée en fac puis après ça revient vers 25-28 ans. Les jeunes filles viennent au VB par défaut : c’est trop dur au HB et au BB, le FB et le rugby c’est pour les garçons etc. C’est la conséquence du statut du sport en France, en tous les cas dans certains milieux, conçu longtemps comme une activité de loisir pour l’essentiel, avec une élite réduite qui en paye le prix. Pour avoir travaillé au pôle espoir, je peux dire combien il était difficile de faire sortir les filles de leur famille pour participer à un stage de formation. Ca semble s’être amélioré aujourd’hui. Ce qui fait que nous avons très peu de filles dans les instances, peu de cadres, peu de stagiaires. Ceci explique les résultats encore insuffisants au plus haut niveau.
Entretien réalisé par Jean-pierre Lepoix



