Des quotas femmes-hommes pour les STAPS

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Par Christian Couturier. En 2015, EPS et Société participait, avec le SNEP-FSU, à une recherche « Les lycéen·nes, leur sportivité et leur orientation en STAPS »[1]. Partant d’une inquiétude provenant de la baisse tendancielle du nombre d’entrantes en STAPS, la volonté était d’en comprendre les mécanismes pour, éventuellement, apporter les solutions.

Cet article est extrait du ContrePied « Egalité, construire du commun » n°HS 37, mai 2026

Depuis cette recherche, le pourcentage à l’entrée en STAPS pour les filles s’est stabilisé autour de 30 %[2]. Nous sommes donc très loin de la parité. Parmi les pistes pour y remédier, dans la conclusion de l’étude, on pouvait lire : « Travailler sur les critères de sélection, les attendus de Parcoursup ou d’autres modalités de sélection (par exemple une politique des quotas afin d’améliorer la mixité) “.

Rappelons que des quotas pour accéder au métier de professeur d’EPS ont existé jusqu’en 1989, qu’ils ont été supprimés par une directive européenne… au nom de l’égalité entre les hommes et les femmes ! Le SNEP s’était alors affiché contre la disparition d’un concours « séparé » qui permettait d’avoir un rapport H/F relativement équilibré[3] . Les arguments évoqués à l’époque étaient majoritairement essentialistes et stéréotypés et ne seraient plus audibles aujourd’hui (filles et garçons étaient encore souvent séparés en EPS, les APSA enseignées pouvaient être différentes selon le sexe). Quels arguments apporter aujourd’hui alors que pendant 40 ans le sujet n’a plus été évoqué ?

Les arguments contre sont connus : mettre des quotas signifie favoriser les filles et potentiellement se priver de garçons « performants » ! Ou encore : si on met des quotas pour l’EPS, pourquoi pas partout et sur tout, dans chaque discipline, pour toutes les catégories socioprofessionnelles ou les personnes racisées, etc.

La question principale est donc la suivante : pourquoi faudrait-il la parité dans le métier d’enseignant·e et plus largement dans les métiers du sport ?

Pour y répondre, nous avons discuté avec des représentant·es d’autres secteurs. Les filières scientifiques étant notamment, avec les STAPS, les moins féminisées. Mais nous avons aussi convoqué chercheurs et chercheuses.

En particulier, Isabelle Collet (Professeure des Universités, Genève) nous a interpellé ainsi : si vous estimez que la question de la place des femmes, en STAPS, et plus précisément en EPS, est un problème professionnel important, alors il faut agir. Et dans ce cas, la mise en place de quotas peut être efficace…  même si cette solution n’est pas intellectuellement des plus satisfaisantes !

Nous retiendrons les 2 parties de la problématique : est-ce un problème important ? Et s’il l’est : que faire pour y remédier ?

Est-ce un problème important ? La réponse tend vers le oui à plusieurs égards

En termes d’égalité hommes-femmes, la non-mixité des métiers (ultra-majoritaire aujourd’hui) est un problème qui contribue à entretenir des stéréotypes sur les capacités ou incapacités des unes et des autres, des discriminations et des dominations, aussi bien dans le cadre des carrières et des salaires que dans la vie citoyenne ou familiale. Dans nombre de métiers, la mixité s’est dégradée depuis une vingtaine d’année : professeur·e des écoles, infirmiers et infirmières, CPE, professeur·es d’EPS dans des proportions importantes. Si l’on veut une éducation émancipatrice qui n’enferme pas les élèves dans des stéréotypes, il est essentiel de travailler sur cette mixité des métiers.

Dans le monde du sport, la majorité des métiers sont masculins et continue à accréditer l’idée dans l’opinion publique que le sport est une affaire d’homme. Nous manquons de dirigeantes sportives, d’entraîneures et d’arbitres de haut-niveau… le sport médiatise très peu les femmes… D’où un détournement de ces métiers pour beaucoup de femmes.

Dans les métiers ou groupes professionnels, différentes enquêtes montrent que lorsque les femmes sont moins de 30 %, les risques de comportements inappropriés de la part des hommes augmentent[4]. D’autres recherches, notamment dans le monde de l’entreprise[5], mettent en évidence la plus-value de la mixité des équipes, plus performantes que des équipes uniquement masculines ? Or, en EPS, il est de plus en plus courant d’avoir des équipes uniquement masculines. Dans un contexte où les socialisations sont encore très différenciées entre garçons et filles, celles-ci manquent de modèles féminins auxquels s’identifier.

Les quotas existent dans de nombreux secteurs

La loi Rixain impose au 1er mars 2026, que les organisations de plus de 1 000 salarié·es comptent au moins 30 % de femmes parmi les cadres dirigeants et les instances dirigeantes, avec un objectif final de 40 % à atteindre au 1er mars 2029, sous peine de pénalité financière. Outre les enjeux d’égalité salariale, l’argument est simple : les entreprises sont plus performantes quand leurs instances dirigeantes se féminisent !

Aux JOP de Paris, pour la première fois, la parité entre hommes et femmes a été imposée.

Des règles existent pour les jurys de concours qui fixent à 40 % minimum pour chaque sexe… La liste est plus longue qu’on ne le croit, dans l’administration, en politique, dans les directions d’entreprises où la mise en place de quotas s’est imposée.

Les quotas en EPS, un horizon

Il s’agit de fixer un horizon. Soutenir la mise en place de quotas est non seulement une mesure concrète qui fonctionne à court terme, mais c’est aussi un outil pour une prise de conscience généralisée de l’importance de la mixité.

C’est pourquoi, au congrès du SNEP-FSU qui vient d’avoir lieu (mars 2026), une partie du texte voté à la quasi-unanimité précise :

« Parmi les mesures qui peuvent être prises, l’imposition de quotas pourrait être une étape, si elle est accompagnée d’autres mesures et de réflexions autour de la pratique sportive des filles à l’école et dans la société. Les quotas peuvent engager une dynamique vertueuse pour réajuster le problème dans un premier temps. Le SNEP-FSU demande l’instauration de quotas progressifs, à l’entrée en STAPS ainsi qu’au CAPEPS pour rééquilibrer la place des femmes dans nos métiers. »

Pour les STAPS il y a plusieurs leviers, à l’entrée et à la sortie (CAPEPS).

Pour l’entrée, procéder par étapes pour atteindre à terme 40 % d’entrantes serait un premier signe fort. Certes, on rétorque que ce n’est pas possible techniquement et que de toute façon il n’y a pas le vivier. « Techniquement », c’est un détournement de sens, car si « politiquement » le choix des quotas était fait, on trouverait, en STAPS comme ailleurs les solutions pour les mettre en place, en commençant par changer les textes réglementaires. C’est donc d’abord une question de volonté.

Quant à la question du vivier, Isabelle Collet rappelle que la mise en place de quotas est une arme efficace à court et moyen terme : savoir que dans telle ou telle branche professionnelle « je ne serai plus en minorité » est un élément déclencheur.

Pour le CAPEPS, c’est-à-dire la porte d’entrée dans le métier, l’argument de l’équité est majoritairement invoqué pour refuser les quotas. Rappelons que dès la suppression des concours séparés, l’érosion s’est amorcée au profit des garçons. Pour compenser, puisqu’il s’agit d’un concours, les jurys ont aujourd’hui une attention particulière aux notes entre filles et garçons. Le phénomène d’harmonisation joue son rôle et malgré la baisse des entrantes en STAPS, le taux de réussite au CAPEPS est plus élevé que le taux d’entrée. En 2025, alors qu’il n’y avait que 30 % d’inscrites, on a in fine 38 % de filles admises. La question est : pourquoi ne pas assumer la volonté d’aller vers un équilibre et afficher clairement un quota ? L’affichage donnerait une orientation politiquement claire.

C’est donc possible et faisable, même s’il faut changer certaines habitudes de fonctionnement.

Pour attirer les filles en STAPS, et vers le métier de prof d’EPS : changer de logique

Bien entendu les quotas ne règlent pas tout, d’autres mesures sont nécessaires pour faire système. La question de l’orientation est évidemment un levier clé.

L’EPS devrait avoir un rôle majeur qu’elle ne joue pas ou plus actuellement. L’institution devrait reconnaitre que les mesures proposées ces dernières années ont renforcé les stéréotypes (réévaluation artificielle des notes, essentialisation des APSA et rééquilibrage des programmations), et que les solutions sont ailleurs que dans le maintien des filles dans un univers non sportif.  Par exemple, mieux former les enseignant·es sur les contenus des APSA, mais aussi multiplier et envisager des quotas pour les sections sportives. La recherche sur l’orientation en STAPS a montré que les filles qui font des options EPS ont une estime de leur sportivité bien plus objective que les moins sportives. Resportiviser l’EPS au lycée permettrait sans doute également de donner plus envie aux filles sportives de devenir professeures d’EPS…

Ensuite, il faut surtout revaloriser le métier d’enseignant·e dont les conditions continuent de se dégrader…

La mixité a été et est toujours revendiquée par la profession pour une EPS à l’image de la société. Pourquoi cette profession échapperait à ce qu’elle souhaite pour les élèves ?


[1] Cécile Ottogalli et Mary Schirrer. Les lycéen·nes, leur sportivité et leur orientation en STAPS (site EPS & Société)

[2] La baisse tendancielle s’est stabilisée ces deux dernières années.

[3] La parité n’a jamais été totale, mais le nombre de postes offerts au concours garantissait a minima entre 40 et 45 % de femmes

[4] Ce qui tend à être le cas en STAPS. Voir l’étude de N. Drivet.

[5] Lorsque les femmes représentent au moins 30 % des membres, les indicateurs économiques affichent en moyenne de meilleurs résultats.