Athlétisme : lancer d’anneau et de disque 

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Nombre d’activités athlétiques ont aujourd’hui disparu des programmations de lycée, à cause des contraintes imposées par les programmes et la certification notamment. Pour autant elles restent possibles et présentent évidemment un intérêt éducatif. Daniel Janin propose des pistes pour le lancer du disque. 

L’athlétisme permet de développer les qualités physiques fondamentales et plus particulièrement : la vitesse, la résistance, l’endurance et la détente. Cette activité mobilise et sollicite les ressources énergétiques, musculaires, respiratoires et cardiaques. Elle permet aussi la construction d’habiletés motrices spécifiques à chacune des spécialités athlétiques. Elle confronte les élèves à des problèmes clairement posés et permet à l’enseignant de mettre en place une démarche expérimentale d’appropriation des savoirs. L’élève pourra identifier des problèmes, émettre des hypothèses d’actions, essayer, observer, apprécier les résultats faciles à exploiter, confirmer l’hypothèse, éventuellement en formuler une autre, jusqu’à la construction des règles d’actions permettant des réponses stables. Elle permet enfin de mettre en œuvre des comportements citoyens par l’apprentissage des différents rôles sociaux indispensables à l’enseignement efficace et en toute sécurité de ces activités.

Dans le collège où j’enseignais l’année dernière nous avions mis en place le système suivant : 80 heures d’athlétisme répartis en

  • 20h de saut,
  • 20h de lancer,
  • 20h de vitesse, haies relais,
  • 20h de demi-fond.
  • En 6e : vitesse, relais
  • en 5e: haies, relais
  • en 4e: vitesse
  • en 3e: relais 4x50m.

Pour les sauts nous privilégions la hauteur pour des raisons d’installation, en lancers, le disque et le javelot, avec des engins adaptés (anneaux, vortex, balondes, c’est plus motivant pour les élèves), du demi- fond court (4×3’ par exemple au brevet des collèges), du demi-fond long.

Le brevet des collèges porte sur quatre épreuves : vitesse (50m), relais (4x50m) disque et 1/2 fond court, évaluées en fin de chaque cycle 

Lancer du disque : quelques repères pour un cycle

Nous avons décidé de commencer par utiliser les anneaux, une fois acquis un certain nombre de compétences, on abordera le lancer du disque proprement dit.

Le lancer d’anneau

Ce qui est proposé dans un premier temps : 

A partir d’un élan en rotation, avec un anneau de 400 à 500g, dans une bande d’élan de 70cm de largeur et de 2,50 à 3m de long, réaliser un lancer départ de face où l’élève aligne son trajet avec la trajectoire de l’engin, pour le faire chuter dans un secteur rétréci de 30°.

Schéma n°1 : espace de lancer fiche niv1

Ce que nous visons, c’est un lancer avec élan tout en étant capable de viser une cible. La liaison trajet-trajectoire de l’engin est la compétence fondamentale à acquérir à un premier niveau de pratique. Ceci est vrai pour toutes les disciplines athlétiques. 

 Pour atteindre cet objectif, les élèves doivent maîtriser un certain nombre de compétences :

– Utiliser toute la bande d’élan, en effectuant la rotation sans sortir sur le côté, mais avec la possibilité d’accompagner l’engin en sortant devant. 

La bande d’élan permet de comprendre que s’élancer c’est aller vers l’avant. Autoriser à dépasser la limite est nécessaire pour que l’élève puisse continuer et finir sa rotation. A ce niveau, l’élève n’a pas construit « la cale », c’est à dire qu’il ne sait pas bloquer son appui pour transmettre de l’énergie. Si on met une limite stricte, il va se centrer uniquement sur cette contrainte qui est trop forte pour lui, et il n’arrive pas à prendre un élan efficace. 

– Faire en sorte que le trajet de l’engin se déroule au niveau de la ligne d’épaule.  

A ce niveau, nous ne cherchons pas à ce que le bras prenne du retard, on recherche l’alignement trajet-trajectoire, c’est à dire la continuité entre le déplacement du lanceur et la trajectoire de l’engin. 

– Enfin ne pas serrer l’anneau et le lâcher en haut et à droite, dans une direction annoncée à l’avance et alignée avec le trajet du lanceur. 

Utiliser d’abord l’anneau permet de mieux construire la liaison trajet-trajectoire parce qu’il libère l’élève de la contrainte du maintien de l’engin. Il peut mieux sentir ce que fait son bras (si l’élève n’a pas de vitesse, l’anneau tombe, avec de la vitesse, il monte). Il peut donc se centrer sur son élan ce qui est très intéressant du point de vue de la motricité puisqu’il nécessite un travail de translation/rotation.

L’anneau est aussi intéressant du point de vue des performances possibles. Beaucoup de filles arrivent à lancer à 20-25 mètres… Elles ont le plaisir de voir voler l’engin !

L’acquisition de ces compétences ne peut se faire que si le groupe classe est bien organisé. La sécurité doit être assurée. Il faut qu’un maximum de répétitions soit possible pour fixer les apprentissages. La fiabilité des réalisations des élèves est indispensable. Enfin l’aide à la construction des repères et des premières règles d’action indispensables aux progrès doit être mise en place avec précision. Les élèves travaillent donc par groupe, ils sont répartis en pratiquants, futurs pratiquants et aides, dans un espace au centre du terrain de football, le rectangle central étant la zone de sécurité, les lancers se faisant aux quatre coins1

Schéma 2

Pour assurer la sécurité et rendre les élèves autonomes

A ces conditions, l’autonomie des élèves avec l’assistance de l’enseignant, peut s’exercer utilement et faciliter les apprentissages et les progrès.

En fonction du temps disponible on peut caractériser les passages obligés à faire acquérir de la façon suivante : 

Dans ce premier temps, l’élève construit assez globalement la tenue de l’engin, le lancer avec élan et l’alignement trajet trajectoire. Le lanceur part de face sur l’axe du lancer, les pieds décalés, les bras écartés, l’anneau est pendu, non serré dans la main, sur les phalanges. Il y a plusieurs essais pour lancer en rotation (une seule et en petits pas) et viser un plot. Les futurs pratiquants émettent des hypothèses pour atteindre les plots, les aides observent la position des bras et notamment l’alignement bras épaules. Ils renseignent les pratiquants sur leurs réalisations. C’est l’ensemble de ce dispositif qui permet les régulations, les perceptions, les ajustements lors des répétitions. Ils doivent comprendre et réaliser que s’élancer c’est aller vers l’avant et qu’il faut avoir l’intention de viser une cible avant de lâcher l’anneau. 

Dans un deuxième temps, on peut faire construire un élan plus long, plus rapide et plus rectiligne. A partir de variables (réduire la zone d’élan, l’allonger, la dépasser), les élèves font varier la vitesse de leur déplacement et cherchent un compromis entre vitesse et longueur d‘élan, en rapportant ces essais à leurs performances. Ils trouvent l’élan adapté à leur morphologie et progressivement, le pivot se construit. 

Mais pour améliorer les résultats, il est nécessaire que les élèves aient des repères qui permettent d’assurer au mieux le lancer dans l’axe : quel trajet du bras, que faut-il viser, quand faut-il lâcher l’engin ? Les lanceurs lancent alors dans des secteurs choisis avant et changent de cible tous les trois lancers.

Schéma 3

Ils cherchent à faire varier le trajet du bras lanceur et le moment du lâché. Ce travail est facilité par les aides qui renseignent le lanceur sur le trajet du bras et le moment où l’anneau a été lâché. Pendant ce temps, les futurs lanceurs font le bilan de leurs lancers précédents pour retenir les actions les plus efficaces. On peut considérer l’objectif atteint quand les élèves atteignent les cibles visées deux fois sur trois.

L’organisation d’une première évaluation sera mise en place à ce moment des apprentissages. Les performances seront relevées et deux critères de réussite seront retenus: les élèves lancent dans leur zone de performance maximale ou la dépassent; ils lancent dans le secteur et dans l’aire d’élan quatre fois sur six.

Ces compétences stabilisées pour la majorité des élèves, il convient de construire la prise d’avance des appuis et le lancer en double appui. Ces acquisitions exigent des pratiquants d’engager une foulée rasante sur le balancer arrière du bras lanceur, et de pivoter sur le pied de réception de la rotation, en recherchant la pose presque simultanée des deux pieds.

Pour réaliser cet élan en rotation les élèves doivent lancer en franchissant une zone interdite de 50 à 70cm, dans leur zone d’élan. Les répétitions doivent les conduire à faire varier cette zone afin d’en trouver les bonnes dimensions. Ils réussissent s’ils lancent dans leurs zones de performance maximale ou s’ils battent leur record et s’ils stabilisent leurs réponses quatre fois sur six. Là encore les aides apportent une contribution importante, à la fois en renvoyant aux lanceurs leurs façons de faire, mais aussi en relayant les consignes et corrections du prof. De leur côté les futurs lanceurs s’imprègnent de leurs sensations et comparent avec ce que leurs camarades du groupe réalisent sous leurs yeux.

Le lancer de disque

Il est temps d’aborder le lancement du disque. Les dernières séances seront consacrées à des jeux de manipulation du disque en visant des cibles (plots au sol). La tenue horizontale se vérifie par la capacité à le faire ricocher au sol par exemple, le lâché par l’index se travaille avec des exercices de type bowling (viser des cibles au sol, les atteindre 4 fois sur 6). Une dernière évaluation fait un relevé des performances avec le disque à la place de l’anneau. 

Lors de cette dernière évaluation, on veille à la bonne répartition des tâches dans le groupe et au respect des consignes. Les aides constatent si l’engin est à plat au sommet de sa trajectoire (quatre fois sur les six lancers auquel chacun a droit) et si le lanceur reste bien dans l’aire d’élan et n’empiète pas dans la zone interdite (quatre fois sur six). Ces critères sont notés et un barème différent pour les garçons et les filles est utilisé pour noter les performances. 

Nous évaluons les compétences méthodologiques et l’autonomie du groupe en chronométrant l’épreuve. Ce n’est pas une contrainte de temps pour aller le plus vite possible, c’est une contrainte-repère pour une bonne organisation. Par exemple, s’il n’y a pas un lancer toutes les 40 secondes, c’est que quelque chose cloche dans l’organisation ! Ce repère de temps varie selon les classes, mais je l’utilise comme critère dans toutes les pratiques athlétiques.

Compte-rendu de pratique signé Daniel Janin (enseignant au Lycée Elie Cartan – La Tour du Pin) et paru dans le Contrepied n°6 « L’athlétisme en EPS« 

  1. proposition de M.Auzeil, académie de Grenoble